RD Congo: la meilleure école de réalisation
Je viens de lire sur Evéne.fr un article où l’on pose la question de savoir pourquoi les acteurs passent derrière la caméra. La réponse, à mon avis, est toute simple : ils veulent être les maîtres absolus de leurs œuvres puisqu’un réalisateur est le directeur d’un film.
ACTEURS
Pourquoi passent-ils derrière la caméra ?
La question qui devrait être posée devrait plutôt celle-ci : quelle est la meilleure école pour devenir réalisateur ? En effet, entre le vouloir et le pouvoir, il y a une grosse différence. J’ai vu de grands comédiens passer derrière la caméra. En dehors du légendaire et surdoué Charlie Chaplin, qui fut lui-même réalisateur, monteur et comédien, quelques acteurs ont réussi l’exploit. C’est le cas de Clint Eastwood, Forrest Whitaker et Spike Lee. D’autres ont eu moins de chance, tels que Mel Gibson, Sylvester Stalone et Kevin Costner.
Sans être catégorique, je crois que la meilleure école pour maîtriser tout métier est l’habitude. Ne dit-on pas, en effet, que « c’est en forgeant qu’on devient forgeron » ? Mais comment acquérir cette habitude ? Avant d’y arriver, je vais faire avec vous le tour des métiers susceptibles de former un réalisateur.
Au plan du langage cinématographique, l’homme le mieux placé c’est le monteur. C’est lui qui, sous la supervision du réalisateur, reste des heures durant devant la table de montage pour assembler, trier, ordonner puis donner forme au film, en utilisant les diverses techniques de réalisation tant au plan technique qu’à celui de la sémiologie.
Au plan de la direction des acteurs, le comédien est le plus à l’aise, ayant lui-même été dirigé de nombreuses fois et ayant évolué avec d’autres collègues aux talents divers.
Au plan de la direction artistique et de la mise en scène, l’assistant à la réalisation est la personne la mieux qualifiée. Et pour cause ! Un assistant de la réalisation est celui qui assiste le réalisateur à toutes les étapes et sauces. On peut le considérer comme l’homme à tout faire.
Si je compare les trois candidats ci-dessus nommés, je constate des lacunes chez les deux premiers. Le monteur demeure dans la salle de montage et n’a donc pas la possibilité de diriger une équipe sur un plateau de tournage. Le comédien, à l’inverse, ne maîtrise pas les subtilités et techniques de montage. Il reste donc l’assistant à la réalisation qui, lui, est le bras droit du réalisateur.
Cela commence avec l’apprentissage. Un bon assistant à la réalisation apprend la photographie dont les règles sont les mêmes qu’au cinéma à la différence que les images photographiques sont fixes alors qu’au cinéma elles ont des mouvements.
L’étudiant assistant à la réalisation apprend ensuite à faire des prises de vue et de son ainsi que du montage. Après quoi, il est invité à réaliser de courts métrages sous la direction d’un réalisateur chevronné. Avec le temps, à coups d’essais et erreurs, il se forge un chemin et devient lui-même un réalisateur.
C’est par cette école-là que l’Office de Radiodiffusion et de Télévision Française nous a fait passer en 1970-1971 et c’est le même procédé qui a fait de nous, quelques années plus tard, lors de notre stage de perfectionnement de deux ans à l’Institut National de la Communication Audiovisuelle de France, alors que nous étions déjà des réalisateurs confirmés dans nos pays respectifs, des cadres supérieurs-option réalisation. À chacun des passages dans cette école de formation, des réalisateurs chevronnés ont été engagés par l’institution pour nous suivre et nous encadrer tout au long de la formation. Celle-ci ne s’est pas arrêtée à la théorie. Nous avons réalisé des films et émissions de télévision. Dans mon cas, on se rappellera entre autres « Une Journée au paradis » où mon conseiller à la réalisation fut Gérard Gozlan, « Allô, Louise ? » où ce fut le gars qui a réalisé le film français –son nom m’échappe- et enfin « Luvumbu Ndoki » où j’ai été laissé à moi-même, assisté tout de même par un chef monteur (Maseke Muaninta)
Si vous lisez l’article d’Événe.fr cité ci-dessus, vous remarquerez que l’un des acteurs interrogés a travaillé longtemps, à titre d’assistant à la réalisation, des réalisateurs célèbres mentionnés dont Autant Lara.
« Il s’était essayé chez Autant-Lara, Chabrol ou Clouzot avant de diriger son premier court-métrage, 'Le poulet' et les vingt-trois longs qui ont suivi »
On semble cependant avoir oublié pour la Télé Jean-Christophe Averty, le maître des effets spéciaux de l’époque.
En lisant ce qui précède, vous comprendrez qu’en 1971, à mon retour de Paris, j’avais déjà la base nécessaire pour être un bon réalisateur, ce qui fait que Tshitenge N’Sana, que j’ai assisté à mes débuts, et Lutu Mabangu, qui m’a donné des conseils appropriés, n’ont fait que parfaire mon apprentissage de la réalisation débuté à l’O.R.T.F. Vous comprendrez donc pourquoi, lorsque nous produisions « Le Théâtre de Chez-nous », Tshitenge signait plus en tant que producteur et moi en tant que réalisateur. Quand je suis parti, Tshitenge a combiné les deux fonctions. En fait, la force du groupe Salongo de l’époque résidait dans le fait qu’il était encadré par deux réalisateurs qui étaient à la fois auteurs, scénaristes et metteurs en scène, qui s’entendaient bien comme larrons en foire et qui ont su diriger des acteurs talentueux.
Je n’aime pas généraliser. Je ne dirais donc pas qu’un caméraman, un comédien ou un scénariste ne ferait jamais un bon réalisateur. C’est aussi une question de talent. Cependant, assister un réalisateur durant de longues années est très payant.
En tant que directeur d’une équipe de production, le réalisateur interagit avec plusieurs équipes ; certaines sont artistiques, d’autres techniques, d’autres encore administratives, sans oublier ceux qui financent.
Pour un réalisateur moderne, il y a la aussi la dimension scientifique. Pour vous faciliter la compréhension, je m’explique à partir de mon expérience personnelle. Quand j’ai débuté à Télé-Zaïre, j’étais un bon artiste ayant un don inné, un talent brut. Avec le temps, grâce à mes formations professionnelles (ORTF et INA¨) et mon expérience (Télé-Zaïre), j’ai acquis des compétences techniques, dont l’utilisation des équipements mais les figures de style au cinéma. L’Université Laval, elle, m’a permis d’accéder au niveau scientifique. En effet, il existe des sciences comme la psychologie (étude des caractères des personnages), la sémantique (étude plus poussée des figures de style en général) et la visualisation pédagogique (le visuel subordonnant le verbal) etc. qui me servent beaucoup dans l’écriture de mes scénarios. Dernièrement, les analystes américains m’ont enseigné une nouvelle dimension : la rentabilité (l’intérêt pour le public) Avec toute la sévérité qui caractérise les grands producteurs et la forte concurrence qu’ils se livrent au box-office entre autres, d’autres éléments entrent en compte. En voici quelques-uns :
- l’originalité : est-ce que le sujet est intéressant ? N’a-t-il jamais été abordé
auparavant ? Si oui, qu’est-ce qu’il apporte de nouveau ?
- la faisabilité : est-il facile à réaliser avec le budget dont dispose le producteur ?,
- le casting : quels grands acteurs et actrices populaires tiennent les 1ers et 2èmes
rôles principaux (dans le cas des USA, les Afro-Américains sont-ils représentés ?)
- la tendance du moment : quels sont les genres de films préférés par le public en ce
moment (policiers, comiques, d’horreur, dramatiques, d’espionnages,
fantastiques, etc.) ?
- les revenus publicitaires : le scénario nous amène-t-il dans des situations (hôtels,
compagnies aériennes, maritimes, ferroviaires, terrestres, assureurs, grands
couturiers, concessionnaires automobiles, villes et autres sites) qui peuvent
intéresser des commanditaires ?
Avec le temps, l’assistant, qui est le bras droit du réalisateur - son adjoint - finit par apprendre toutes ces choses automatiquement. Le monteur, par exemple, qui est enfermé dans sa salle de montage, n’est pas vraiment confronté à ces réalités.
Bref, je crois sincèrement que, pour former de bons réalisateurs, la meilleure école est celle d’assistant à la réalisation. Et, ne l’oublions surtout pas : l’appétit vient en mangeant. Il faut donner aux aspirants réalisateurs, encadrés par les réalisateurs confirmés, la chance de réaliser petit à petit, en mettant, bien sûr, à leur disposition toutes les ressources humaines, techniques et financières possibles.
À demain!