RD Congo -pourquoi je me tais
Le 16 novembre dernier, c’était mon anniversaire de naissance. À cette occasion, j’ai reçu plus de 142 messages de vœux, excluant ceux de membres de ma famille résidant soit au pays soit dans d’autres pays. J’ai été très touché par ces marques de sympathie. Je l’ai même payé très cher : les gens ne peuvent plus m’adresser des demandes d’amitié sur facebook. Je m’en « crisse » !
Cependant, parmi les derniers messages, il y en a eu d’une certaine Cathy Nzwela ainsi stipulé:
Cathy Nzwela16 novembre 2010, à 13:13
Salut Masévani! Aujourd'hui ce ton Anniversaire, mais pourquoi tu te tais? Ok ce ne pas grave, Joyeux Anniversaire.
Pourquoi je me tais ? Vous, qui êtes mes fervents lecteurs, vous savez pertinemment que je ne me tais pas. Au fait, j’aurais bien raison de me taire car primo, je n’ai aucune formation ni expérience en politique ; secundo, je ne suis pas un journaliste mais un professionnel du cinéma et de la télévision. C’est ce métier qui est mon gagne-pain.
Pourquoi me tairais-je ? Je ne le puis, hélas, car j’éprouve beaucoup d’amour pour mon pays et son sort me préoccupe au plus haut point. J’ai déjà rédigé des centaines d’articles dans lesquels j’ai traité de plusieurs sujets touchant la politique, l’économie, la foi chrétienne, la culture et les arts, la sécurité et le progrès social.
Je ne sais si certaines de mes prises de position sont prises en considération. Si oui, tant mieux ; si non, j’aurais au moins fait mon devoir de citoyen.
Hier, j’ai reçu un courriel adressé à des dizaines personnes dont moi-même par le truchement d’une liaison instantanée adressée à ce qui semble être un réseau de Congolais qui s’échangent des informations sur Internet. Il émanait d’un certain docteur Katalayi de Kinshasa-Gombe mais un autre nom figurait au bas de la page, celui d’un certain Bongua Justin Mayunga. La teneur de cette lettre-là me paraît subversive. Je ne puis souscrire à ce genre de discours basé sur du colportage et n’apporte aucune preuve concrète. Et, quand bien même preuve il y aurait, nul n’a le droit d’aller fouiller dans la vie privée d’autrui et de s’en servir à des fins de propagande haineuse. Je tiens à me dissocier catégoriquement de ce groupe de contestataires « échangistes » Je demande à la personne qui y a inséré mon nom de l’enlever illico presto. Je ne connais pas ces gens-là et ils ne m’ont jamais consulté pour que je fasse partie de leur réseau. Je hais être pris au dépourvu.
Si vous voulez savoir ma vision du pays, je vous dirai ceci : tout enfant préférera un beau-père attentionné à un père qui ne s’est jamais occupé de lui. Un réalisateur, c’est quelqu’un qui rend un scénario concret ; c’est aussi quelqu’un qui se base sur les réalisations concrètes . Cela pour vous dire que je ne me soucie guère de savoir qui dirige ou dirigera le pays. Je m’interroge plutôt sur le « comment » est dirigé le pays hunc et nunc (ici et maintenant)
Dans la position où je me trouve, ce sont les dépêches et articles des autres qui me servent de référence. Je lis entre autres les journaux électroniques de notre pays qui publient sur Internet ainsi que ceux des autres pays d’Europe et d’Afrique qui se livrent au même exercice.
D’une part, j’ai assez de jugeote et d’expérience pour pouvoir faire la part des choses entre ceux qui disent la vérité et ceux qui font du journalisme partisan. D’autre part, je vis dans un pays où la démocratie s’exerce comme il se doit, avec ses qualités et ses défauts bien sûr.
Je suis de ceux qui défendent la liberté d’expression, mais je suis également farouchement opposé au libertinage. Or, d’une part, dans la société occidentale, qui nous sert souvent de référence, les mœurs et valeurs sont au plus bas, et, d’autre part, en Afrique, on aime spéculer et propager des rumeurs.
J’ai souvent souri en comparant ces deux énoncés on ne peut plus contradictoires, l’une de la justice, qui nous invite à dire « la vérité, rien que la vérité », et l’autre qui découle de cet adage : « toute vérité n’est pas bonne à dire » Qui dit vrai ?
Rome n’a pas été bâtie en un jour, dit-on. De toute façon, cette Rome-là n’existe plus. Son apogée l’a précipitée dans la déchéance. Nous, en Afrique et au Congo, tout est à bâtir. Hier, je suivais avec mon épouse un documentaire sur le Taj Mahal, ce temple et monument historique de l’Inde, construit en guise de tombeau par un musulman en l’honneur et mémoire de sa dulcinée, une fille hindoue décédée. Quelle preuve d’amour ! La construction de ce monument a duré 20 ans, mais c’est un vrai bijou en matière de structures et de décorations. Je me suis posé la question de savoir si tous les monuments séculaires ont nécessité des ingénieurs en bâtiment, dès lors que les universités n’existaient pas à ces époques lointaines ? J’en reviens toujours aux mêmes questions : Pourquoi les Chinatown, les restaurants chinois, la médecine traditionnelle chinoise et les fruits mis en cannette et bouteilles provenant de Chine ont-ils envahi les grandes villes du monde, alors que nous, nous sommes incapables de nous implanter au même titre ? Pourquoi nos paysans à nous vivent-ils encore dans des cases en paille et en pisé ?
La construction de certaines merveilles du monde, telles la Grande Pyramide d’Égypte, le temple Aztèque au Mexique, le Taj Mahal en Inde, la Grande Muraille de Chine, etc. a occasionné beaucoup de morts parmi les ouvriers. Voici ce qu’on peut lire sur certains documents à ce sujet :
Grande Muraille de Chine (Wikipedia) : Cependant malgré les débats entre historiens et l'absence de récits historiques, la Grande Muraille construite par la dynastie Qin reste dans l'imaginaire populaire chinois une œuvre colossale, fruit du travail forcé de milliers de bagnards, soldats, ouvriers et paysans, vision notamment renforcée par la réputation de l'empereur Shi Huangdi qui a laissé l'image d'un monarque cruel.
Grande Pyramide et autres (selon la Bible) Exode 1:13 Alors les Egyptiens réduisirent les enfants d'Israël à une dure servitude. 1:14 Ils leur rendirent la vie amère par de rudes travaux en argile et en briques, et par tous les ouvrages des champs: et c'était avec cruauté qu'ils leur imposaient toutes ces charges.
Si l’un des nos dirigeants actuels recourait aux mêmes méthodes pour bâtir un gigantesque monument à nous, comment réagiraient les Occidentaux ? Ne le traiteraient-ils d’assassin et de dictateur ?
Autant il est difficile de répondre à ces questions, autant je crois que nous avons besoin de temps pour sortir de notre coquille. Dans Matthieu 15, versets 16 à 20, la Bible nous parle de ce qui souille les hommes.
L’Afrique a pratiquement le même profil. « Ennemi ya motu moindo motu moindo » Toute maison divisée ne peut subsister. Le diable en profite souvent pour l’ébranler et lui asséner des coups mortels. Mon impression est que l’Afrique est envoûtée, ensorcelée, livrée à des forces occultes qui semblent s’acharner à la maintenir dans son état actuel. Il va falloir s’armer de patience, prier et encore prier, pour qu’émerge une nouvelle génération de citoyens avec de nouvelles mentalités.
Et encore ! Depuis que les missionnaires belges et étrangers ont quitté le pays en 1960, nos institutions n’ont pas pu préparer cette relève. Une génération avant la mienne, les écoles moyennes et normales s’arrêtaient à la 4ème année du secondaire mais les finalistes occupaient avec compétence les postes les plus élevés réservés aux cadres congolais de l’époque. Aujourd’hui, que ce soit en Afrique ou au Canada, les élèves du secondaire ont des carences incroyables.
Ce que je reproche souvent aux Africains, au risque de me répéter, c’est le manque de rigueur et leur incapacité à planifier à long terme. Ils affectionnent improviser et vivre au jour le jour. Pourtant, que ce soit dans la Bible ou dans la sagesse humaine, il est une vérité incontestée : un gros arbre a besoin de racines fortement implantées au même titre qu’un édifice, au propre comme au figuré, doit être bâti sur de solides bases. Les Occidentaux, eux, l’ont compris depuis longtemps. Si vous allez solliciter un prêt bancaire pour vous lancer en affaires, vous aurez à présenter un plan d’affaires : un véritable casse-tête pour nous, qui sommes habitués à improviser.
Cinquante années d’indépendance sont-elles suffisantes pour suppléer à des centaines voire même de milliers de siècles d’assoupissement comparativement aux civilisations anciennes qui, tout en s’affaissant, ont rebâti de nouvelles sociétés à partir de leurs ruines à force de savoir planifier ? Tout est possible quand on a de la volonté.
Aujourd’hui, la Chine est en passe de voler au secours de l’économie mondiale. Qui l’eût cru ! On a beau fustiger Mao Tsé Tong et sa révolution tranquille. En tout cas, il a fait des Chinois un peuple discipliné, travailleur, solidaire, mais surtout patient et planificateur..
Il serait peut-être temps que, du côté des Africains, on se pose la question de savoir quel genre de révolution il faudrait mener. Le jour où quelqu’un répondra à cette question, ce jour-là je me tairai. En attendant, je ne me tais pas mais je le fais sans condescendance ni parti pris ni animosité ! La politique, ce n’est pas du cinéma !
À demain!