RD Congo: un homme qui crie; l'Afrique qui rit
Le dernier Festival de Cannes a couronné un film africain qui désormais est entré, timidement certes, mais quand même avec beaucoup de prestance dans l’histoire de ce festival et- pourquoi pas- du cinéma mondial. « Un homme qui crie » du Tchadien Mahamat-Saleh Aroun a fait honneur au film africain. De quoi s’agit-il ?
L’Afrique sub-saharienne a été confrontée, durant ces cinq décennies d’indépendance, à la guerre et à la violence. Le Soudan, la République Démocratique du Congo, l’Angola, la République populaire du Congo, le Rwanda et le Tchad sont parmi ceux-là. Le quotidien africain est pourtant simpliste et même très coloré. Mais, quand survient la violence, cette accalmie s’émiette et étale sa fragilité.
Les critiques ont été unanimes. Le film a convaincu ; le réalisateur s’est bien exprimé. On n’est plus à l’époque où les sujets étaient mal traités et où les réalisateurs péchaient soit par manque d’imagination soit par non-maîtrise du langage cinématographique, du moins à en croire une critique comme celle-ci :
Critique Un Homme qui crie - Critique des…
Bien plus que les dessous de la guerre, l’Afrique vit présentement une grande crise d’identité au niveau de ses valeurs fondamentales, surtout de la cellule de base qu’est la famille. À la sagesse et à la soumission légendaire, aux dogmes et principes ancestraux ont succédé la rébellion et la contestation.
Un homme qui crie: le combat d’un père ...
La crise des générations entre père et fils décrits par le cinéaste Haroun n’est qu’euphémisme quand on considère de nombreux récits qui nous ont été contés.
Des enfants ont spolié leurs parents ; d’autres ont vendu la parcelle familiale pour s’acheter un billet aller simple vers quelque pays occidental ; d’autres encore ont délaissé leurs parents qui avaient tout investi pour leur permettre de fréquenter les meilleures écoles. Beaucoup d’espoirs ont été déçus et de nombreux parents ont versé des larmes. Atteints par le poids de l’âge, ils ne pouvaient plus compter sur des enfants qui les ont payés en monnaie de singe.
Je l’ai toujours dit et répété : l’Afrique est fertile en sujets et thèmes à exploiter. Il nous incombe à nous, qui exerçons ce métier, de saisir les opportunités qui s’offrent à nous pour nous faire entendre.
Depuis une trentaine d’années, des films africains sont projetés tantôt à Montréal (Vues d’Afrique) tantôt à Ouagadougou (Fespaco) En ce début de 21ème siècle, des pays européens en ont organisé des tonnes. À vrai dire, les organisateurs font de leur mieux mais la qualité n’était pas toujours au rendez-vous pour la même raison : le manque d’argent. Le 7ème art et les gros sous sont indissociables. Ceux qui ferment les yeux sur cette réalité nous ramèneront toujours au cinéma amateur qui, à mon avis, n’a pas d’avenir.
Je vous ai dernièrement expliqué comment les productions sont classées aux États Unis. Il y a les méga-productions dont la production requiert plus de 100 millions. À titre d’exemple, voyons combien a coûté Avatar.
Le budget d'Avatar est de 500M$ | Raoul Volfoni
Il y les professionnelles qui se situent au-delà de 50 millions ; puis, il y a les indépendantes qui vont chercher entre 10 et 50. Cela n’enlève rien à la qualité de ceux-ci. « Démineurs » n’a-t-il pas damé le pion à « Avatar » ?
En dessous des 10 millions, tu tombes pratiquement dans l’amateurisme. Ce sont les règles incontournables du métier et c’est pourquoi il est un des plus courus. Voici deux exemples susceptibles de mieux éclairer votre lanterne.
Revenons-en, à présent, au cinéma congolais. C’est en parcourant les critiques du film « Un homme qui crie » que j’ai découvert cet autre film africain, congolais cette fois, qui s’intitule Kafka au Congo. J’en ai été agréablement surpris.
Auparavant, j’avais consacré un autre article au documentaire « Benda Bilili »
RD Congo - Benda bilili (14/09/2010 )
Celui-ci sillonne présentement les villes européennes et s’affiche dans sur les grands écrans. Petit à petit, notre cinéma fait son bonhomme de chemin.
Je ne peux pas émettre davantage de commentaires sur les films énumérés ci-dessus. Je me fie tout simplement à la critique qui, somme toute, s’avère très favorable, venant d’experts internationaux en critique.
J’invite le gouvernement ainsi que les grandes entreprises congolaises de prendre conscience du rôle important que joue le cinéma et de s’impliquer davantage dans la production des films. Je réitère mes affirmations à l’effet que nous avons sur place, en RDC, des cinéastes émérites prêts à foncer tête en avant dans l’aventure pourvu qu’on leur en donne les opportunités. En tout cas, de mon côté, je continuerai à me faire l’avocat du diable de notre cinéma.
Avant de terminer, je vous laisse sur la bande annonce de « Un homme qui crie »
À demain!