Slumdog millionnaire: la leçon de cinéma

Publié le par Vieuxvan

Slumdog millionnaire, la leçon de cinéma

 

 SACHA DISTEL & DALDA " SCANDALE DANS LA FAMILLE

 

C’est rare que j’encense une chanson, un livre ou un film. Mais, je dois vous avouer que j’ai été séduit par le film Slumdog Millionnaire de Danny Boyle. De prime abord, lorsque, auparavant dans les bandes annonces, j’ai vu ces petits garçons des bidonvilles hindous courir ici et là, je me suis dit que cela n’en valait pas la peine. Ceux qui me connaissent savent que je déteste le désordre et la saleté. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles je m’en prends à quelques réalisateurs occidentaux qui vont tourner des films documentaires sur l’Afrique dont les caméras ne sont tournées que vers les quartiers et faubourgs miséreux de notre continent.

 

L’impression que m’a laissée ce film est indescriptible. J’ai beau chercher les mots, je n’en trouve pas  assez.

Mes félicitations s’adressent en premier lieu à l’écrivain du livre original, Vikap Swarup, et au scénariste Simon Beaufoy, qui ont su écrire une histoire tout à fait originale. Ils nous ont présenté les misères de l’Inde moderne d’une façon positive qui efface toute la saleté et la pauvreté, sans choquer. Au contraire,  on éprouve de la sympathie envers les Hindous qui, malgré des conditions de vie assez difficiles, savent s’organiser pour  mener une vie normale et garder le sourire. Les jeunes enfants qui dorment à la belle étoile vivent d’expédients comme des rats, toujours prêts à se fondre dans la nature à la moindre alerte.  Courir derrière ces petits garnements équivaut à vouloir attraper un de ces rongeurs qui trouvent toujours un trou ou une fissure pour s’éclipser.

 

Les figures de style méritent aussi nos éloges, tels ces trois mousquetaires qui sont tout petits, hindous et dont d’un est une fillette ; tel ce jeune homme qui subit des sévices de la police et qui, au grand dam de celle-ci, doit être escorté pour aller terminer son jeu concours à la télé avec ces millions de téléspectateurs rivés à leurs petits écrans et ceux qui ont pris d’assaut les grandes artères de la ville pour se joindre à la kermesse ; tel ce même héros qui vient de gagner des millions mais qui ne s’en satisfait pas, son cœur ne battant que pour sa petite amie d’enfance à laquelle il est resté fidèle malgré les circonstances souvent dramatiques qui les ont séparés l’un et l’autre. Et que dire du même garçon, à son jeune âge,  qui, pour avoir un autographe de son acteur préféré, se plonge carrément dans la fosse septique et en ressort couvert de matières fécales et brave quand même la foule qui entoure la vedette en question.  Cette longue séquence m’a vraiment impressionné du fait qu’elle veut nous faire comprendre que les Hindous sont tellement familiers avec la merde au propre comme au figuré qu’ils ne voient même pas cet enfant transformé en monstre de caca  et ne sentent même pas l’odeur qu’il dégage. Il faut le faire !

 

Mon admiration, je la dois surtout au réalisateur Danny Boyle. Il a su nous présenter un film où le détail est omniprésent sans cependant s’y attacher et où les rapports de force – dominant vs dominé- sont mis en exergue. Les décors changent constamment. Tout bouge sans déranger : les sujets filmés et la caméra elle-même. Les profondeurs de champ, angles de prise de vue,  mouvements de caméra, échelles de plan et la ponctuation sont utilisées à bon escient. Moi, ce qui m’a séduit le plus, ce sont, sans besoin de faire des zooms in ,  ces coups d’oeil à travers des judas, fissures et trous de serrures en plans fixes ; ce sont ces plongées et contre-plonges ; ce sont ces ombres et lumières qui donnent aux bidonvilles et à leurs habitants cette impression qu’ils vivent avec un pied sur terre et un autre dans l’au-delà.

 

Ce film-là restera longtemps dans ma mémoire. Je me dis sincèrement qu’il existe encore de ces réalisateurs d’une étoffe particulière. Jadis, mes réalisateurs préférés étaient Charlie Chaplin et Steven Spielberg.

Désormais, j’ajouterai Danny Boyle à ma liste. Il vient de me donner, par son œuvre,  une leçon vraie leçon de des possibilités inouïes du 7ème art quand on veut bien travailler professionnellement et méthodiquement..

Voilà qui s’appelle faire du cinéma !

 

À demain !

 

Sacha Distel - Monsieur Cannibal

 

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article