Tintin raciste?

Publié le par Vieuxvan

Tintin, raciste ?

Sacha Distel - Monsieur Cannibal

Nouvelle du jour

Trois décès ont été annoncés ces deux derniers jours. Jean Ferrat, célèbre chanteur français, Peter Graves, chef de mission dans la série Mission impossible et Charles Moore, photographe américain de renom sont tous décédés.


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Ecce Tintin au Congo !

Lorsque Johnny Hallyday a chanté « Noir c’est noir », il ne pensait pas aux hommes de race noire.

Lorsqu’on dit de quelqu’un qu’il broie du noir, on ne fait pas non plus allusion aux Noirs que nous sommes.

Vous voulez savoir où je veux en venir ?

Revoici Tintin au Congo ! On crie à cors et à cris qu’il faut interdire sa lecture et le retirer des rayons. Hé ! Minute ! J’en ai « mangé » du Tintin depuis ma jeunesse ! J’ai pratiquement lu toute la série. J’ai appris beaucoup de choses sur les autres pays du monde et certains de leurs modes de vie. Je vous en cite quelques-uns :

Les Cigares du pharaon.

J’étais jeune et j’ignorais qu’il existait des sociétés secrètes. Je ne connaissais encore rien des sarcophages d’Égypte. Hergé m’a appris tout cela.

Au pays de l’or noir.

J’ignorais ce que signifiait « l’or noir » Je n’avais jamais vu un désert à l’époque. Grâce aux aventures de Tintin, j’ai découvert tout ça !

Le Crabe aux pinces d’or.

Un mirage, je ne savais pas que cela existait. Des chameaux et des dromadaines non plus. Hergé mes les a fait connaître.

La danse des scalps, la façon de s’habiller des Peaux-Rouges et d’autres coutumes indiennes, je les ai apprises grâce aux aventures de Tintin et Milou.

 Je n’avais aucune idée des Incas, de leurs temples et trésors ni des éclipses du soleil. J’ai appris leur existence grâce à Tintin.

Bref, grâce à Hergé et son journaliste justicier- aventurier, j’ai voyagé dans le temps et l’espace et nourri mon imaginaire.  Ne perdons pas de vue que, dans les années 50, la télévision n’existait pas chez-nous. Les réseaux hertziens étaient inconnus. C’est grâce à la lecture que nous avons appris ce qui se passait ailleurs. J’ai aussi lu les aventures de Blake et Mortimer, ceux de Lucky Luke et bien d’autres plus tard : Mandrake, Fantôme, etc. Beaucoup de ces livres ont été tous écrits lors de la colonisation. Je me demande même si les auteurs de ces bouquins savaient à l’époque qu’ils portaient atteinte, le cas échant, à la Charte des droits et libertés. C’est seulement le 10 décembre 1948 que l’Assemblée Générale de l’Organisation des Nations Unies adopta la Déclaration universelle des droits de l’homme qui établit un standard universel en matière de Droits de l’homme ! Si Hergé et les autres ont péché par ignorance, errance ou masochisme, faut-il pour autant faire disparaître ces vestiges du passé ? Personnellement, Tintin au Congo ne me choque pas et ce, pour maintes raisons :

 Je n’ai ni la bouille ni le profil des Congolais du livre 

 Nous avons affaire à des personnages caricaturés.

 Une fiction reste une fiction et qu’il n’y a pas lieu d’en faire un drame

 Ce n’est pas la peau qui fait l’homme, c’est son intérieur

 Je ne crois pas aux couleurs des races telles qu’attribuées

Moi, je ne m’en offusque pas. Je suis fier d’être un Noir. Pour parodier La Castafiore, je dirais plutôt :

« Je ris de me voir si beau dans la peau d’un Négro! »

Les Afro-Américains  ne disent-ils pas avec fierté « Black is beautiful » ?

Je vois tous les jours des chefs d’État et hommes politiques caricaturés. Si cela s’était passé en RDC à notre époque, celle de Mobutu, il y a bien de caricaturistes qui se seraient retrouvés derrière les barreaux si pas sous terre!

Il faut laisser les gens libres de s’exprimer du moment qu’ils ne portent pas atteinte à la vie privée d’autrui.

Il ne faut surtout pas museler les artistes. Laissons-les plutôt faire éclater leur imagination. Ce sont les créateurs qui font évoluer le monde par leurs découvertes et prévisions. « On a marché sur la lune », cela vous rappelle-t-il quelque chose ? Hergé a prédit cette aventure bien avant qu’elle se réalise concrètement. Il faut être un génie !

C’est quoi, une fiction ? Étant un auteur et réalisateur de films de ce genre, je vous réaffirme qu’une fiction ne reflète jamais tout à fait la réalité. Connaissez-vous le terme « dramatisation » ? Avez-vous le film « Le Dernier roi d’Écosse » qui a fait gagner un Oscar du meilleur acteur à Forest Whitaker ? La famille d’Idi Amin devrait-elle porter plainte ? Voyons donc !  Ce n’est pas pour rien que les réalisateurs de films biographiques collent à leur produit la mention : « Toute ressemblance n’est que le fait d’une pure coïncidence » À l’époque de Tintin, peu de Congolais étaient instruits ! Ma propre mère, qui m’a légué tant de contes, était analphabète mais pas bête ! Quant à Milou, allez donc sur google à « sauvé par son chien » ! Et que dire des dauphins qui ont volé au secours de quelqu’un qu’un requin s’apprêtait à attaquer et d’autres qui font de la gymnastique ou jonglent avec un ballon pour le plaisir des touristes ? Connaissez-vous l’histoire des aigles entraînés pour la chasse ? Ces bêtes-là ne sont pas si bêtes !

Je ne sais pas qui a attribué les couleurs de peau aux humains ni sur quels critères il s’est basé. Les Occidentaux  sont-ils blancs ? Tendez donc du papier blanc à un Blanc et demandez-lui s’ils ont la même teinte. Présentez une banane mûre à un Chinois et voyez s’ils lui et la banan sont tous deux jaunes ! Demandez à un Amérindien, qui vient de se couper le doigt, si son sang a la même couleur que sa peau ! Observez un maître d’école africain devant un tableau noir ! Ont-ils la même teinte ?  Nenni ! 

Peu importe la couleur de notre peau, si nous représentons le Bien, nous sommes propres, purs, blancs. Mais si, au contraire, nous incarnons le Mal, nos pensées sont noires, nos actes sont souillés. Les occidentaux que je côtoie savent que je ne ressemble pas à ce Tintin au Congo tant décrié. Ils savent eux-même qu’il n’est pas besoin d’aller chercher bien loin pour trouver des Blancs crasseux au propre comme au figuré.

Tintin au Congo a-t-il peint un Congolais ou une tribu en particulier ?J’ai déjà entendu un musicien congolais de l’ère coloniale chanter « Ngala kikadi ye ngangu ko, nga Bangala bandidi» ( Si je n’avais pas été prudent, les Bangala m’auraient mangé) Cet artiste mukongo traita les Bangala de cannibales. J’ai expliqué que c’était sûrement par ignorance. En effet, au temps de la construction du chemin de fer Kinshasa-Matadi, des paysans disparaissaient mystérieusement, paraît-il ! La rumeur a couru qu’ils avaient été enlevés et dévorés par des Bangala. Et pour cause ! Les Bakongo non instruits de l’époque croyaient dur comme fer que tous ceux qui ne parlaient pas kikongo étaient des Bangala. Or, le chemin de fer en question a employé des ouvriers de plusieurs pays ! Je n’ai plus entendu cette chanson après l’indépendance. Elle fut censurée sans aucun doute. Mais le souvenir m’en est resté !

Les Droits et libertés individuelles doivent s’appliquer dans le cas du controversé Tintin au Congo. Si des libraires ont accepté de le retirer de leurs rayons, par peur d’être traités de racistes, c’est leur droit. Ceux qui refusent de le faire n’ont pas tort non plus. En ce qui me concerne, j’estime que celui qui trouve ce bouquin insultant n’a qu’à s’abstenir de le lire. C’est son droit. Mais, par contre,  il ne peut pas obliger son propre fils adulte de suivre son exemple. Nul n’a le droit de dire aux autres quoi faire ! Chacun est libre de ses choix. En tout cas, le débat et la controverse sont bien engagés !

La colonisation africaine, la traite des Noirs, l’esclave dont ont souffert les Afro-Américains, la conquête de l’Amérique, les atrocités en Chine au temps de Mao Tsé-Toung, etc., c’est dépassé ! Les atrocités perpétrées sur des Africains par leurs propres frères présidents (Mobutu, Bokassa, Eyadema, etc.) sont à reléguer aux Calendes grecques ! Les génocides et crimes de guerre, le Tribunal pénal international (TPI)  s’en occupe.

Ô complexe, quand tu nous tues ! Oublions les affres du passé. Nous ne pouvons rien y changer.

Tournons-nous plutôt vers l’avenir ! Lui,  il nous appartient et nous pouvons le changer.

Barack Obama n’en est-il pas l’exemple le plus vivant ?

À demain !

Sacha Distel - Monsieur Cannibal

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