RD Congo: la forêt équatoriale

Publié le par Vieuxvan

RD Congo : La forêt équatoriale

 

             YouTube - Indépendance cha cha

 

Dans mon dernier article intitulé « RD Congo- Kabila=Mobutu : pas d’accord ! », je me suis trompé de chiffres. Lorsque s’est déroulée la pendaison des quatre conjurés de la Pentecôte, je n’avais pas 17 ans mais 23. Veuillez m’en excuser.

 

Thysville alias Mbanza-Ngungu est une ville dont j’ai gardé beaucoup de souvenirs. Il m’arrive de me demander si j’avais bien 10 ans quand je quittai définitivement cette ville. C’est peut-être ma curiosité qui me permit de poser un regard sur des rencontres et des événements qui n’étaient pas de mon âge. Tenez ! J’ai connu Pierre Mulele à l’hôpital de Nsona-Nkulu en 1052. Sa chambre d’hôpital était mitoyenne à celle de mon père. Il était caporal à cette époque-là et faisait partie de la garnison du camp Hardy. Il a sympathisé directement avec moi puisque mon père était demeuré 10 jours dans le coma et que, lorsqu’il en est sorti, il avait perdu et la mémoire et la parole !

 

Par contre, auparavant, avant que mon père tombât malade, il lui arrivait d’héberger des Congolais venant d’autres provinces qui venaient passer des examens pour se trouver un emploi à l’OTRACO (ONATRA) avant le transfert du siège social à Léopoldville( Kinshasa) Je vous ai déjà dit que mon père était un des responsables du bureau de recrutement pour la main-d’œuvre dite indigène (M.O.I) Comme c’était un homme au grand cœur, il lui arrivait de loger temporairement chez-nous quelqu’un venant d’ailleurs, juste le temps qu’il passe son examen. Ce fut la première fois que je rencontrai un gars de l’Équateur. Mes sœurs et moi riions de lui parce qu’il avait un accent particulier caractéristique de ceux qui parlent le lingala dit « ya Makanza ».  Nous nous rappelions une des phrases qu’il avait dites à mon père : «  Mon district s’appelle Mongala  et mon territoire Ingende » Il s’adressa ainsi en français à mon père, lequel ne pipait pas un mot du lingala. Moi-même, à l’époque, je comprenais un peu à cause des chansons de Wendo, Camille Ferruzi, Adou Elenga, Lucie Eyenga, Siluvangi et autres. La phrase de ce compatriote est restée longtemps gravée dans ma mémoire de mes sœurs aînées Cécile Kiandumba et Marie-José Dikumba ainsi que mon grand cousin Ambroise Fukilwa. Je ne sais pourquoi.

 

Quand j’ai étudié à Mbansa-Mboma, j’ai eu un collègue de classe, un certain André Ilongo, de la tribu Mongo. Il était très doué. Nous avons fini nos humanités gréco-latines ensemble en juin 1962 au Collège Albert 1er (Boboto) Depuis, j’ai perdu tout contact avec lui. C’est quand je suis devenu secrétaire communal à Ndjili que j’ai mieux connu les concitoyens originaires de l’Équateur. Il y a eu le vieux Luc Ebumba alias « Tarzan » alias « Piola », son frère Likimba et leur famille. Je me suis familiarisé aussi avec Zouzou Jean qui fut propriétaire de « Télévision-bar » et membre de notre club d’amis dénommé « Avantageux ». Il avait aussi ses frères et sœurs dont Marie Zouzou et John. J’ai connu aussi Paul Mokalu, président de notre club. Tous ces amis étaient de Bumba, des Budja, ayant généralement un gros gabarit, sauf Likinga.  On les appelait les « bandibu » de l’Équateur car ils étaient des bagarreurs terribles et leurs fêtes se terminaient souvent par quelque empoignade, sauf nos membres à nous qui étaient bien sages. Bien plus tard, j’ai fait la connaissance de quelques « Ngombe » de Lisala. Ils étaient moins costauds et passaient pour une tribu plutôt sage. Ma sœur Bibiane a cohabité avec François Babaye, journaliste à Elima,  qui était cousin de notre ancien ministre Mbuse, tous deux neveux de feu le général Nzabi, mort lors d’une mission officielle au Tchad où il était allé au secours de François Tombalbaye alors que ce dernier était victime d’un coup d’état.

 

Plus tard, à Limete, j’ai connu Antoine alias « Taba » sur la 10ème rue, un mulâtre au grand gabarit qui travaillait en qualité de chauffeur à la STK. Il était le fils du général Louis de Gonzague Bobozo, de la tribu Ngbandi. La femme et certaines filles de ce dernier tenaient un petit bistrot non loin et presque en face de l’hôtel « La Rigole » J’allais souvent y prendre un verre. Tout le monde là-bas aimait mes réalisations avec le groupe « Théâtre de Chez-Nous » Ce fut la même chose avec les gens ordinaires. Pour ce qui est de mes relations avec certains hommes politiques et dirigeants de grandes entreprises, cela découlait de mes  tournages pour le compte de Télé-Zaïre.

 

Si je vous ai parlé des ressortissants de l’Équateur, « les Bana Ekanga », c’est du fait que ce sont des gens très sociables. L’idée que je m’en étais fait lorsque j’étais adolescent, à cause des commentaires négatifs de certains Bakongo, était tout à fait erronée. Dans le milieu où j’ai grandi, tous ceux qui n’étaient pas des Bakingo étaient considérés comme des Bangala. Or, il y a les gens du Kasaï, de la province orientale, du Katanga, du Kivu, de Bandundu, etc. qui ont leurs propres tribus. Qui plus est, on attribuait aux ressortissants de Mbandaka certaines épithètes peu élogieuses. Je me suis rendu compte qu’ils étaient victimes de préjugés. Je vous dirai même que je me suis senti souvent plus à l’aise avec les « Bana Ekanga » Ils sont spontanés, aiment se parler les yeux dans les yeux et ne sont pas rancuniers.

 

Passons, si vous le voulez bien, au sujet principal de notre article ! Le président Mobutu était originaire de l’Équateur. Il a beaucoup fait pour certains hommes politiques qui se ont gravi les hauts échelons grâce à lui. Mais il n’a pas fait que des heureux. Certains ressortissants de l’Équateur lui ont reproché d’avoir délaissé Mbandaka, ville qui l’a vu grandir et s’instruire, au profit de Gbadolite. Est-ce vrai ? J’ai déjà séjourné deux fois à Mbandaka au cours de missions officielles, une fois lorsque j’ai réalisé un documentaire sur la Régie des Voies Fluviales ( RVF) ; l’autre fois, j’accompagnais une équipe de télévision allemande qui réalisait, elle aussi, un documentaire sur le fleuve Congo. Je dois vous avouer que la ville de Mbandaka n’avait rien  d’extraordinaire à part le quartier résidentiel des citoyens aisés, vestige de la colonisation.

 

Et pourtant, la province de l’Équateur a beaucoup de potentiel ! J’ai toujours été impressionné par ses étendues de forêts.  Qu’on les surveille en avion ou qu’on les longe en bateau, elles sont impressionnantes. On a souvent vanté le bois de cette province comme on peut le constater en lisant l’article ci-dessous.

J.C Baende: « Le bois de l’Equateur doit aider la population de l’Equateur à se développer un jour »

José Endundo s’oppose à la décision interdisant l’exportation des grumes brutes de l’Equateur

 

Deux fois, en bateau, j’ai remonté le fleuve Congo. Je me suis rendu compte de la richesse de la faune de cette partie du pays. Le gibier et le poisson y foisonnent.  J’ai connu des compatriotes originaires de Lisala, de la tribu Ngombe. Ces gens-là se nourrissaient rarement de légumes et oléagineux à part le « pondu ». Je me souviens d’ailleurs d’une époque où l’épidémie de la fièvre Ebola avait sévi à Kinshasa. On avait prétendu que quelqu’un de la région de Lisala avait mangé de la viande de gorille ou de chimpanzé, contaminée suite à la morsure d’une chauve-souris infectée ; cette personne avait contacté la maladie avant de la transmettre à des proches puis à une partie de la population de la capitale.

 

Actuellement , je suis très enthousiaste suite aux progrès concrets enregistrés dans le développement économique de notre pays.  Comme j’aime apporter mes idées de temps à autre, je reviens sur ce que j’ai affirmé dans certains de mes derniers articles à l’effet qu’il existe un potentiel de développement économique dans chacune de nos régions dont la province de l’Équateur.

 

Depuis que je suis établi au Canada, j’ai beaucoup appris grâce à mon sens de l’observation.  J’ai découvert ici plusieurs sortes de jus en cannettes. Parmi eux figurent ceux à base de plantes d’ici : le gingembre, la fraise, la framboise, la poire, la pomme, l’abricot, la pêche ainsi que ceux provenant  de fruits exotiques surtout ceux que j’ai connus en République Démocratique et que nous cueillions dans les arbres ou les champs sans que je me doute qu’on pouvait les mettre en bouteille ou en cannettes : la papaye, la goyave, la mandarine, le cœur de bœuf, la noix de coco,  le melon, l’ananas, la mangue et tant d’autres qui pullulent dans les magasins chinois de variétés entre autres. Ces fruits en cannettes proviennent d’Amérique latine et des Caraïbes. Ces mêmes pays fabriquent du rhum à base de cannes à sucre.

 

J’en suis arrivé à me demander si notre pays, la République Démocratique du Congo, ne pouvait pas se doter d’usines et de fabriques qui produiraient ce genre de jus en bouteille ou en cannettes pour des besoins locaux et surtout d’exportation.  Je crois que, grâce à un trafic fluvial amélioré entre l’Équateur et Kinshasa, d’une part, et à la modernisation du chemin de fer entre Kinshasa et la ville portuaire de Matadi, d’autre pat, nous pourrions exporter ces produits vers l’Europe.  

 

Nous pouvons aller encore plus loin et produire du rhum congolais à base de cannes à sucre (« lungwila »), de bananes (« bitatila ») et de maïs (« lotoko ») et d’autres spiritueux comme le vin de palme (« nsamba ») qui pourraient être commercialisés aussi.  Quant à la fameuse « Supu ya ntulu », je ne l’ai pas connue ; j’ignore donc tout d’elle.

Les fruits ne sont pas les seuls produits que nous pourrions exporter.  Si à Paris, où j’ai séjourné quelques fois, les Congolais de notre époque se préparaient de la semoule de blé en remplacement de notre foufou (bikedi) traditionnel, au Canada et aux Etats-Unis la mode est à la chikwangue. La raison en est bien simple. Les gens trouvent que la semoule de blé fait engraisser. Depuis, plusieurs femmes d’origine congolaise fabriquent des chikwangues. Celles-ci se vendent bien. Des Congolais des deux rives en sont les consommateurs attitrés mais des Camerounais, Gabonais et même des Chinois et des Québécois les achètent de plus en plus. J’ai même rencontré des Chinois qui voulaient apprendre à en fabriquer. J’ignore cependant si leur projet s’est concrétisé.

Le manioc vendu ici provient du Cameroun et d’autres pays africains. Il y en a même qui est déjà transformé en pâte. Sur des cartons d’emballage, on peut bien lire « bimpuka » Juste quelques 20% proviennent de la République Démocratique du Congo. Je connais deux entreprises, l’une d’un compatriote et l’autre d’un Hindou, qui exportent du manioc de Bandundu en Amérique du Nord.

Avec ses étendues de forêts à perte de vue, l’Équateur pourrait développer l’industrie agroalimentaire et jouer un rôle important dans l’économie nationale. La ville de Mbandaka, chef-lieu de cette province, pourrait alors se doter de tours administratives et de buildings comme on en voit dans les villes modernes.

Tout ce qu’il faut, ce sont des promoteurs,  des investisseurs et surtout une volonté politique !

À demain !

 

        

             YouTube - ‪Gerev 5/5 :Kintweni (Konono /

 

 

 

Commenter cet article