RD Congo: le foufou au jambon

Publié le par Vieuxvan

RD Congo : le foufou au jambon

 

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Le titre va peut-être vous faire sourire mais elles existent les personnes qui mangent du foufou ou plutôt de la chikwangue avec de la charcuterie. Je connais au moins deux familles québécoises de souche- entendez des Blancs- dont les enfants raffolent de chikwangues. Et, puisque le « foufou » alias « Badi » et le kwanga proviennent de la même racine, le manioc, cela revient presque au même. Au fait, il existe combien de sortes de condiment au pays ? Je n’en sais rien. À l’époque, j’en ai connu plusieurs: la « Nsesa », le « Munguele » « Mumbanda » alias Kin 7 jours », le « Ntinga »,  qui est rond et ressemble à une soucoupe ; le « Ntolola  » qui est dur et filiforme , qui se mange avec le « Kindungu », le « Nkiabu, qui se mastique bien dans la main et se consomme avec le « Makanzenze ». Il y en a sûrement d’autres selon les régions.

 

Il est, par contre, de jeunes enfants congolais de la diaspora qui, eux également, ne jurent que par la chikwangue. Ici, c’est le « Mungwele » qui est à la mode, Rassurez-vous. Ici, l’eau est propre ; pas de mouches ; pas de poussière ! Leurs parents en sont ravis. Là où je veux en venir cependant, c’est le fait triste de constater que nombre de nos filles nées ici ne savent pas cuisiner. La plupart de celles que je connais sont encore adolescentes. Je me demande comment elles vont se débrouiller lorsqu’elles seront mères ou chefs de famille ? J’ai posé la question à une compatriote qui gère un « fast food » à la congolaise. Elle m’a répondu qu’elle recevait aussi la visite de femmes adultes. Mal mariées ou vivant en concubinage, qui viennent acheter des mets à emporter. Souvent, elles sont même accompagnées de leurs petits copains. Heureusement qu’il y a ces restos bon marché.

 

Les restaurants conventionnels, même les Harvey’s, Tim Hortons et McDonald’s, on le sait, ne sont pas toujours à la portée de nos bourses et, de toute façon, ce n’est pas dans nos habitudes d’aller tous les jours manger dans un restaurant à part, bien sûr, lorsqu’on se trouve au travail et que nous avons la dent aux heures du repos de midi.

 

Nos femmes congolaises au pays savent se surpasser. Dans toutes les familles que j’ai connues et fréquenté, manger était un véritable régal. Aussi, Kin pullule de ces « nganda » célèbres pour leurs variétés de « maboke » Il faut être prudent, cependant. J’ai visionné jadis un témoignage de Maman Kalenga, une ancienne agente de Mobutu convertie, qui en avait gros sur le cœur et a révélé la manie qu’ont certaines femmes de recourir à des ingrédients « indésirables »,  les unes pour séduire un beau garçon, les autres pour augmenter la clientèle. Il y en a déjà qui ont ingurgité des matières innommables ! Comme l’a chanté Vicky Longomba : « Heureusement, nkisi ya mabe te ! » Mais ça, c’est une autre paire de manches ! À l’époque de l’émission « Ezaleli ya bankoko », nous avons une fois été invités, feu Katuku wa Yamba et moi, à Yolo-Nord, chez une certaine tante du président Mobutu. Nous y avons goûté à une dizaine de plats cuisinés à base de « pondu » avec des sauces et des ingrédients différents. Ce fut tout un délice et une grande découverte pour nous !

 

Par contre, ceux qui prétendent que les femmes blanches ne savent pas faire à manger sont des menteurs.  Dans tous les couples de Québécois que je fréquente, les épouses sont d’excellentes cuisinières. Certaines possèdent même des livres de recettes culinaires qui leur permettent d’expérimenter des plats de tous genres. « Kolia eleki campus » !

 

Si nos filles d’ici ne savent pas cuisiner, c’est à la fois un phénomène de génération et de désintéressement. J’en jette le blâme à nos épouses qui ne font aucun effort pour apprendre à cuisiner à leurs filles. Pourtant, il n’en faut pas tellement d’heures pour leur montrer quoi et comment faire d’autant qu’elles-mêmes savent préparer des haricots, du « mfumbwa », du « pondu », des « mbika », des « biteku-teku », du poisson, de la viande et tant d’autres mets de chez-nous. Les Haïtiennes le font, pourquoi pas nos femmes ? J’ai connu une femme québécoise qui avait fréquenté des milieux haïtiens. Elle mettait plusieurs heures à faire mijoter viandes et poissons dans sa casserole. Elle y mettait vraiment du cœur. Quand on goûtait à ses plats, on était ravi ! Certaines de nos ménagères se contentent des plats traditionnels. Je leur reproche surtout de bâcler leur besogne. Il m’est déjà arrivé de manger un poulet mal cuit. J’ai dû me battre avec parce que la chair n’était pas assez tendre. À quoi bon manger si, au lieu d’avoir du plaisir, on se fait mal aux dents ? 

 

Certains hommes de la diaspora, cependant, ceux qui y tiennent, savent cuisiner. Lorsque je vivais au pays, il était insensé de voir un homme le faire. Si mes sœurs étaient venues nous rendre visite et m’avaient trouvé en  train de préparer à manger, elles auraient tiré les oreilles de mon épouse. En Occident où nous avons immigré, la donne n’est plus la même. À cause des contraintes professionnelles, les hommes sont devenus de « maboko na moto », une expression jadis réservée aux « monzemba » (célibataires) C’est de bonne guerre et je n’ai rien contre. Moi-même, depuis que j’ai commencé à voyager en 1970,  laissant provisoirement ma famille à Kinshasa, j’ai appris à faire à manger comme si j’étais célibataire. Si je m’étais permis de dépenser tout mon fric au restaurant, c’est ma bourse d’études qui en aurait pris un sacré coup.

 

Personne ne m’a appris à faire la cuisine. J’ai vu faire ma mère, ma femme, mes sœurs et toutes les femmes alentour. Je me demande comment nos filles qui ont entre quatorze et seize ans n’observent pas comment font leurs mères ou encore pourquoi celles-ci ne leur demandent pas de les aider lorsque vient le temps de préparer des repas ? N’est-ce pas « en forgeant qu’on devient forgeron » ?

 

Je m’adresse aux compatriotes de la diaspora. Je les exhorte à ne pas hypothéquer l’avenir de leurs filles. Manger au restaurant tous les jours n’est pas à la porte de toutes les bourses. « Demain prépare l’avenir »

Il faut donner à nos adolescentes le goût de cuisiner et de faire de bonnes recettes culinaires. Il faut tout simplement les motiver à exceller dans la préparation des mets succulents. L’art culinaire est un vrai domaine et ceux qui savent faire des plats particuliers sont fiers d’eux. Je regarde la télévision d’ici et je me rends compte que de plus en plus de cordons bleus présentent leurs réalisations au grand public. Certains d’entre eux ont passé par des écoles spécialisées pour ce faire. Pourquoi n’enseignerions-nous pas à nos filles sans qu’elles aient besoin d’aller suivre des cours ?

 

La balle est dans le camp des parents de la diaspora congolaise !

 

À demain !

 

YouTube - ‪Gerev 5/5 :Kintweni (Konono /

 

 

 

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