007 Quantum.

Publié le par Célestin S. Mansévani

007Quantum.

Je viens de visionner la dernière version de la saga des James Bond intitulée 007Quantum, qui en fait est la suite du précédent : Casino Royale. Elle n’a pas dérogé au pattern habituel à savoir les changements de pays et des décors ; l’exploitation de l’espace avec ses éléments clés dont le ciel (avions), l’eau (océan), la terre ferme (palais somptueux, forêts, désert, routes; les beaux costumes, les soirées mondaines, les décors et accessoires luxueux) etc. Parmi plusieurs résumés qui diffèrent en divers points, je vous ai retenu celui-ci de Torrent.

Même s'il lutte pour ne pas faire de sa dernière mission une affaire personnelle, James Bond est décidé à traquer ceux qui ont forcé Vesper à le trahir. En interrogeant Mr White, 007 et M apprennent que l'organisation à laquelle il appartient est bien plus complexe et dangereuse que tout ce qu'ils avaient imaginé...Bond croise alors la route de la belle et pugnace Camille, qui cherche à se venger elle aussi. Elle le conduit sur la piste de Dominic Greene, un homme d'affaires impitoyable et un des piliers de la mystérieuse organisation. Au cours d'une mission qui l'entraîne en Autriche, en Italie et en Amérique du Sud, Bond découvre que Greene manoeuvre pour prendre le contrôle de l'une des ressources naturelles les plus importantes au monde en utilisant la puissance de l'organisation et en manipulant la CIA et le gouvernement britannique...Pris dans un labyrinthe de traîtrises et de meurtres, alors qu'il s'approche du vrai responsable de la trahison de Vesper, 007 doit absolument garder de l'avance sur la CIA, les terroristes et même sur M, afin de déjouer le sinistre plan de Greene et stopper l'organisation...

J’ai lu quelques critiques sur le film. Elles sont partagées. Autant vous dire que ce n’est pas facile de plaire à tout le monde, surtout pas aux critiques de tous bords qui disent avoir de l’expérience mais qui, ne l’oublions pas, ont aussi chacun leur vision particulière des choses. C’est difficile de faire l’unanimité en matière de critique de film.

Quantum of Solace: affreusement mal réalisé

Isabelle Hontebeyrie

Toutes – et je dis bien toutes – les scènes d’action sont ratées. Filmées presque sans arrêt en plan rapproché, elles perdent rapidement de leur intérêt. En effet, quel plaisir à voir une course de voitures où les plans alternent entre les pneus, la carrosserie des véhicules et les visages des conducteurs? Comment admirer la synchronisation de la poursuite dans les rues de Sienne (surtout la fin, qui aurait pu être superbe) si les seules choses qu’on voit sont les visages des protagonistes, leurs armes et de gros plans des échafaudages? Pour avoir lu les notes de production, pour avoir visionné quantité de reportages sur le making of, sur les lieux de tournage, je m’attendais à nettement mieux. Au fond, Quantum of Solace aurait pu être tourné n’importe où, nul besoin pour l’équipe de se déplacer aux quatre coins du monde. Tous ces endroits exotiques auraient aussi bien pu être reproduits en studio, Marc Forster ne profitant absolument pas de la beauté des lieux. J

Cinemaniac

Retour à la vengeance et à l'évolution du personnage de Bond à travers presque un demi-siècle : Depuis Craig, on a clairement admis que James Bond a des sentiments, que c'est un personnage humain avec des zones d'ombre, bien au contraire d'un Sean Connery parfait en tout et n'ayant aucun mal à terrasser l'adversaire ou séduire la partenaire. Idem pour le méchant qui s'est "psychologisé" avec le temps, petit à petit, le méchant est sorti de son statut de monstre pour avoir des raisons d'être méchant...Quoiqu'avec le choix de Mathieu Amalric, ce n'est pas tant la psychanalyse du méchant qui est mise en exergue mais son comportement qu'il fait évoluer de façon drastique : MA interprète un méchant qui n’en a pas l'air (ou à peu près), comme c'est le cas aujourd'hui où l'assassin, le terroriste, a la figure de tout le monde . Psychopathe introverti, Greene (MA) a des éclairs de pulsions monstrueuses qu'il réprime en public, plutôt timide, réservé, discret, c'est à la fin qu'il perd le contrôle, qu'il explose jusqu'à déployer une violence animale face à Bond : ce qui nous amène au tertio : c'est en effet aussi la première fois que James Bond a un vrai duel avec le méchant de l'histoire, ça se passera dans le désert entre Craig et Amalric qui n'auront pas les mêmes armes, le premier agent secret surentraîné, le second, businessman corrompu, devenu fou de rage, ça tombe bien, compte tenu des aptitudes sportives de MA voisines de zéro... Enfin, 4° première fois, M va désavouer Bond à mi-film, ne lui octroyant plus une confiance totale, dès le début, M, professionnellement parlant, craint que Bond transforme sa mission en vengeance tout en lui donnant secrètement raison humainement parlant. Paradoxalement, plus on humanise tous les protagonistes, Bond n’est plus un  surhomme, M a des doutes, les James Bond girls sont des beautés naturelles qui ont un cœur, Greene est un homme d’affaire véreux et cupide plus qu’un fou mégalo idéaliste, etc... Plus l’action est mécanisée, déshumanisée, et s’emballe…

 On dirait que c’est inversement proportionnel, l’action est d’autant moins crédible (réaliste) que les personnages les sont davantage… Je ne sais plus qui le dit dans le dossier de presse ; dans la scène d’ouverture de "Quantum of solace", il y a autant d’action que dans tout "Casino royale" ! C’est le Jason Bourne syndrome qui frappe encore, vengeance et montage incroyablement syncopé, montage mitraillette, action au superlatif, saturation du film en scènes d’action, cascades ludiques pourtant sur le fil (Bond n’est plus invincible à tous les coups), doublé d’un 24hchronoisme pour les téléphones mobiles (et autre informatisation de tout et tout le monde, même M est informatisée, face à ses écrans) plus performants qu’on pourra en trouver dans le commerce dans dix ans !

Au final, si je demeure sous le charme de Daniel Craig, le meilleur et le plus charismatique Bond depuis Sean Connery, si la performance d’Amalric n’étonnera que ceux qui ne le connaissent pas, ce James Bond amoureux, puis dépité, me dérange un peu, je le préférais invincible et sentimentalement et agent secrètement… Que le fantôme de Vesper, la femme aimée et morte dans l'épisode précédent, plane sur le récit tout au long du film, n’est pas l’idée de génie de ce scénario signé d’un des maîtres Paul Haggis (double oscar du scénario pour son propre film "Collision" et "Million dollar baby" de Clint Eastwood). Mais, ensuite, tout se tient : comme Bond parle sans cesse de Vesper, il aurait été inconvenant de lui concocter une liaison passionnée avec une autre femme : avec Camille, la James Bond girl majeure, il n’aura qu’une alliance de vengeance (sa famille à elle ayant été décimée par un des dictateurs avec qui traite Greene), la jeune femme (sosie de Sophie Marceau) étant présentée un peu comme un alter ego féminin de Bond.

Jean-Philippe Garneau Est-ce que Quantum of Solace, 007 Quantum en français, arrive à la hauteur de son prédécesseur ? Je ne crois pas. Le film est très beau avec des poursuites et cascades spectaculaires, mais le retrait de personnages et de phrases classiques peut se faire ressentir. Notamment le retrait de Q, gourou des gadgets qui n'est pas dans le film ou la fameuse phrase : '' My name is Bond, James Bond.''

Ces trois exemples illustrent parfaitement le genre de critiques que peut susciter un film. Au fond, on ne peut jamais plaire à tout le monde, chacun se disant compétent,  démontrant qu’il maîtrise bien son domaine. Les points de vue d’un anthropologue, d’un psychologue, d’un sociologue ou d’un psychanalyste divergeant souvent.  Dans ces conditions, il est très difficile de convaincre un jury composé de plusieurs analystes, tous des érudits en la matière. Ceux qui remportent des Oscars doivent bien dire merci à la chance car convaincre tous ces examinateurs n’est pas toujours évident. Il existe des personnes qui ont suivi des cours de critiques de films et d’autres qui le sont devenus par expérience. Je ne suis pas de ceux-là. Moi, je vous donne mon point de vue en tant qu’auteur réalisateur.

C’est vrai que tous les James Bond se ressemblent en divers points. L’action, le suspense et les surprises se succèdent à un rythme d’enfer. Les intrigues non plus n’ont pas tellement changé. La cupidité, la trahison, le sadisme, les collusions, les rivalités, la vengeance, l’insubordination, etc. sont aussi au rendez-vous. Et, comme toujours, ces belles filles espionnes qui tombent amoureuses du héros et qui le paient de leur sang et de leur vie. Il y a aussi le fait que cet agent bien habillé n’hésite pas à salir ses beaux Smokings en livrant une bagarre ou en étreignant un cadavre couvert de sang.

Ce qui m’a toujours fasciné dans les James Bond, ce sont les dialogues. Ils sont brefs et vont à l’essentiel mais, surtout, ils sont écrits avec beaucoup d’esprit. Derrière Robert Wade, Paul Haggis, Neal Purvis, Ian Fleming se cachent des éminentes têtes grises qui possèdent une haute culture et savent exploiter les figures de style et de rhétorique. J’ai rarement vu des dialogues aussi intelligents.

J’aime bien cet esprit indépendant, un tantinet rebelle, qui caractérise le nouveau James Bond incarné par Daniel Craig. C’est vrai qu’il est impitoyable mais c’est un introverti qui cache sa souffrance et qui nous donne la preuve qu’il éprouve des sentiments comme l’amour, le remords et la frustration. Ses décisions vont souvent à l’encontre de celles de M Judd  et ses patrons. Je le comprends. Personne, à part lui-même, ne peut comprendre ce qu’il ressent et qui le pousse à n’en faire qu’à sa tête.

Quand vous voulez venger un être cher et que vos patrons veuillent vous en empêcher, que faites-vous ? En tout cas, force est à M. d’admettre qu’en fait c’est sur le terrain que se découvre la vérité et non dans les bureaux.

Les ordinateurs ont beau être sophistiqués, ils ne sont pas à l’abri des erreurs et fausses données. La machine ne peut jamais  remplacer l’homme.

D’aucuns ont reproché à Marc Forster, le réalisateur, d’avoir mal réalisé ce film. Si au niveau des changements de pays et décors les transitions ne sont pas évidentes, sur le plan technique et du langage cinématographique, moi je ne trouve rien à redire. Les gros plans et plans rapprochés sont justement là pour illustrer mieux les réactions suscitées par les sentiments de l’homme en opposition avec la matière. Le héros, dans 007 Quantum, est un homme qui est noyé dans un univers trop grand avec ces décors de murs et ferrailles témoins tacites d’un agent taciturne qui doit lutter seul contre ses démons dont l’amour, la perte d’êtres chers et la crainte de voir les coupables s’en tirer sans coup férir.

Nous assistons dans ce film à un conflit entre l’homme et la matière. C’est justement ce que je trouve intéressant.  Si la machine peut se gourer des fois, elle n’a visiblement pas grand chose à se reprocher puisque, après tout, c’est l’homme qui la nourrit de données. Par contre, l’homme, lui,  est un être imprévisible. Lorsque je me réfère à la Bible, en Genèse 6 versets 5-6, je me rends compte que le travail des espions n’est pas de tout repos. La trahison peut venir d’un collègue servant de taupe au camp adverse ou même de ses propres patrons lorsque, pour une raison ou l’autre, ces derniers décident de se débarrasser de leur propre agent.

Que de fois, dans notre vie professionnelle, ne faisons-nous pas face à ce genre de situations ? Nous nous heurtons parfois à un collègue ou même notre employeur qui  nous en veut ou nous hait  tout simplement par jalousie. Bien des gens ont payé de leur vie le fait d’avoir une belle femme, de s’être acheté une belle voiture, de s’être fait construire une belle maison ou et surtout le fait d’être devenu une célébrité. Matthieu 15:19  J’en ai observé quelques cas isolés dans les pays occidentaux mais en Afrique, c’est monnaie courante. Imaginez un père de famille qui a tout misé sur l’un de ses fils. Il lui a permis d’aller à l’université en sacrifiant sa vie et ses économies. L’enfant se fait embaucher quelque part. Il a du succès et bang ! Il n’est plus, victime de jalousie ! Diabolique !

Bon. Revenons à notre agent 007. Je suis heureux de constater que la corruption des politiciens et officiers militaires ne sont pas une exclusivité des Africains. Dans les pays latino-américains dont la Bolivie, la Colombie et le Mexique, pour ne citer que ceux-là, la corruption fait partie des mœurs. L’argent, dit-on,  n’a pas d’odeur et tant qu’il y aura des hommes…

Ce que j’aime moins dans les 007, ce sont ces assassinats cyniques à bout portant, c’est cette violence permanente, c’est ce luxe outrancier que l’on retrouve dans ce film depuis qu’il existe. S’agissant de violence, il existe des procédés au cinéma pour la substituer. On peut utiliser des ellipses ; on peut aussi utiliser le montage suggestif. Pourquoi Marc Forster et d’autres  réalisateurs de ce célèbre film avant lui ne l’ont-ils pas fait? Ce film est classé dans la catégorie « 14 ans et plus » Moi, je pense qu’il est choquant pour les moins de 18 ans, justement à cause de cette violence.

Il est vrai que les enfants nord-américains n’ont pas peur des cimetières ( j’aimerais bien les voir dans ceux de nos villages quand on est seul par une nuit sans étoiles)  et qu’ils adorent les films d’horreur ( La Momie, Frankenstein, Dracula), ceux de science-fiction( X-Men, Matrix, Robocop) ainsi que les monstres (Dinosaures, dragons, extra-terrestres)  Cependant, pour de jeunes africains de bonnes familles,  j’estime qu’ils seraient choqués.

L’autre constat, c’est que les décors, les grandes installations mécaniques, les explosions de véhicules, bateaux, avions et autres engins coûtent les yeux de la tête. Est-ce indispensable de les avoir ? En d’autres termes, si elles ne faisaient pas partie du film, est-ce que cela nuirait à l’intérêt de celui-ci ? Je ne sais pas.

En tout cas, à ce rythme-là, ce n’est pas demain la veille que nos pays en voie de développement vont pouvoir produire des films du calibre de 007 !

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