Où sont allés les droits d'auteur?
Où sont allés les droits d’auteur ?
Dans mon article intitulé « Le culte de la peur », j’ai évoqué l’exploitation dont les artistes qui ont œuvré au sein de Télé-Zaïre à l’époque, moi y compris, se sont fait abuser par cette institution. Ce matin, en arrivant dans mon bureau et avant de me consacrer à mon nouveau scénario, j’ai lu comme d’habitude quelques articles consacrés à la R.D.C. J’ai ainsi pu voir et lire cet article consacré à Maman Ewasso Catarina qui devait être interviewée par Radio Okapi.
Il y a un an ou deux, la même ancienne comédienne a fait l’objet d’un article. Elle était malade et l’on se plaignait de son sort. Heureusement, Dieu merci, elle est encore en vie. D’autres comédiens et comédiennes ont, avant elle, connu la même situation. On n’a qu’à penser à Kidiamfuka et Doudou dont on diagnostiquait la mort deux ans avant qu’elle intervienne simplement parce qu’ils étaient souffrants et que personne ne pouvait leur venir en aide. En R.D.C., on attend toujours la dernière minute, quand les dés sont jetés, pour acheminer un malade en Afrique du sud. Qu’est-ce que ce pays a de particulier pour qu’il devienne un mouroir au service de notre pays ?
C’est moi qui ai recruté Kidiamfuka et Monzele pour le groupe Salongo, comme bien d’autres :mediacongo.net. Je ne les connaissais même pas. Comme ce sont des personnes qui habitaient Limete dans le même quartier que moi, mes sœurs me les ont présentés en disant qu’elles voulaient intégrer le groupe. Kidia était tailleur et Monzele une voisine à ma sœur Marie Claire Ndongala Matondo (décédée), celle qui venait avant Léontine Ndongala Kediamosiko alias Bomengo alias Maman Bonheur. Je leur ai donné leur chance.
Je reviens sur ce que je disais dans mon article pré- rappelé. À ma connaissance, de fin 1974 à janvier 1982, date à laquelle j’ai réalisé ma dernière émission puisque je devais quitter le pays pour aller étudier en France au compte de Télé-Zaïre, le groupe Salongo est passé à la télé un minimum de 182 fois. L‘émission était diffusée deux (2) fois par mois en version originale et cela a duré sept (7) ans. Faites vous-même le calcul (7 x 26). Or, il y a eu des événements spéciaux et des rediffusions. Après mon départ, la troupe a continué à s’illustrer sous Tshitenge N’Sana jusqu’au décès de celui-ci en 2000. C’est vous dire que le groupe Salongo s’est produit plusieurs centaines de fois en 26 ans depuis sa création jusqu’à la disparition de son fondateur. Pendant toute cette période et jusqu’à ce jour, aucun des acteurs de la réussite ce cette troupe n’a touché aucun droit ni d’auteur ni d’accompagnement comme cela aurait dû se faire et se fait avec les artistes musiciens. C’est insensé ! Quand je pense à tous ces comédiens et comédiennes disparus : Monoko, Bébé, Ebale, Inga, Dzele, Monzele, Kidiamfuka, Doudou, Mandalala, Mabaku, Mopepe, Kingo Mwambe etc. qui sont morts pauvres et n’ont rien légué à leurs descendants !
Quand nous avons débuté avec le groupe Salongo, Tshitenge N’Sana et moi, nous étions disposés à tendre la main à certains d’entre eux. Deux d’entre eux nous ont ri au nez: « Bana ya nkolo lopango bafutelaka te» Ils disaient cela pour se moquer de nos comédiens qui venaient de débuter et n’étaient que des contractuels à l’époque. Nous n’avons donc pas insisté.
J’ai essayé personnellement de collaborer avec Maboke Ngaliema et Moussa dans d’autres de mes productions. Ils avaient de bons contacts mais ils avaient acquis certaines mauvaises habitudes. J’avais connu auparavant Molangi ya pembe alias Texera. Ce fut un excellent joueur de football, un avant-centre émérite. Ce fut un feu-follet qui fit le malheur des autres équipes aux parcs 1 et 2 en face du Stade Tata Raphaël, où s’affrontaient les clubs de la deuxième division, avant d’intégrer le F.C. Daring. Il avait un petit-frère, qui jouait aussi. Je vois encore notre Tex, au cours d’une mêlée générale lors d’un match contre le F.C.Vaticano, asséner un coup de tête au visage d’un adversaire. Sans effet ! Il s’était pourtant sûrement fait tatouer le « camon », « camionnette » ou « Coup di ntu » ! Lorsqu’on s’est mieux connu, je lui ai rappelé cet épisode. Je lui ai dit : « Si tu avais eu à affronter Edingwe, je n’aurais pas donné cher de ta peau ! » Nous avons, tous deux, éclaté de rire. Bref, j’ai toujours sympathisé avec les acteurs du groupe Maboke.
Que ce soit le groupe Maboke ou le groupe Salongo, les acteurs de ces troupes-là ont joué dans des films radiophoniques et télévisés diffusés sur les ondes et les antennes de la R.T.N.C. On aurait dû les aider à faire valoir leurs droits ! Imaginez-vous ! Maman Ewasso a joué dans des sketches (films) radiophoniques pendant près de trente (30) ans !
Je ne connais pas les statuts et règlements de la SONECA non plus que le concept de « droit d’auteur » au sein de cette institution. S’agit-il tout simplement des artistes musiciens ou des écrivains, peintres et comédiens aussi ? J’espère que quelqu’un va se lever pour s’occuper de ce litige. La R.T.N.C. est réputée mauvaise payeuse si j’en crois des entrevues livrées par des responsables de la SONECA. Celle-ci devrait peut-être aussi se pencher sur le sort des auteurs et des acteurs qui ont, des années durant, fait la pluie et le beau temps et ont amusé tant d’auditeurs et de téléspectateurs de la Voix du Zaïre et de Télé-Zaïre ? Le sort de Maman Ewasso devrait servir de bougie d’allumage à tous ces auteurs et acteurs floués pour revendiquer leurs droits à qui de droit. Mieux vaut tard que jamais !
J’y reviendrai ! Je vous le promets !