Kgalewood, le Hollywood africain?
Kgalewood, le Hollywood africain?
Hier soir, j’ai regardé un épisode de la série télévisée intitulée “Agence numéro 1 de femmes détectives, diffusée depuis un certain temps déjà à l’antenne de Super Écran. Cette histoire m’a replongé dans le passé. Je me suis rappelé les années et moments inoubliables passés avec le groupe Salongo à l’époque où j’étais auteur, scénariste, metteur en scène, réalisateur et directeur adjoint de la troupe.
Voici le résumé de cette série à succès par Par Madame Figaro.
Mma Ramotswe (Jill Scott), unique femme détective du Botswana, a du souci à se faire. Les finances de l'Agence n° 1 des Dames Détectives et le moral de son fiancé, Mr J. L. B. Matekoni ( Lucian Msamati ), sont au plus bas. Sans compter cette enquête pour le moins délicate qu'elle doit mener loin de Gaborone dans la famille d'un membre du gouvernement ! Heureusement, la très efficace Mma Makutsi ( Anika Noni Rose), secrétaire émérite de l'Agence et assistante détective, prend les choses en main. Promue directrice par intérim du garage de Mr J. L. B. Matekoni, elle remet tout en ordre, dirige les apprentis à la baguette et trouve encore le temps de faire son travail de détective dans le milieu trouble et superficiel des concours de beauté. Au Botswana, lorsque les femmes s'en mêlent, tout finit par s'arranger !
Le résumé a omis de mentionner la présence de deux zigotos qui lui cherchent noise, à savoir son ex. mari (Colin Salmon), un trompettiste porté sur la bouteille ainsi que le propriétaire d’une agence rivale. Tous deux échouent cependant dans leur tentative de contrecarrer les succès de l’agence de notre héroïne ainsi que ses projets de mariage.
Cette série est adaptée du livre de l’écrivain McCall Smith, un Américain, un Blanc, qui a séjourné au Botswana et a bien aimé ce pays. Elle a été portée au petit écran par la société américain HBO et la BBC. Écrite en collaboration avec Richard Curtis, nominé aux Oscars, la série a été réalisée par Anthony Minghella. Les actrices principales sont en fait des Américaines mais l’histoire se déroule au Botswana.
Voici des commentaires émis à son sujet.
IVQC
Dans la série télévisée, filmée à Gaborone, c’est Jill Scott qui interprète Precious Ramotswe. Mais ce n’est pas tellement la réputation de cette actrice et chanteuse américaine de soul, R&B, et jazz, qui a créé la sensation au Bostwana. C’est plutôt le fait que le tournage de la série a servi en quelque sorte d’embryon à l’industrie du cinéma du pays, le gouvernement ayant décidé d’investir 5 millions de dollars dans le secteur, pour faciliter ce tournage, et d’autres.
Tim Race, directeur de l’African Insight Tour.
« Nous avons Hollywood, nous avons Bollywood et nous avons maintenant Kgalewood, qui est le centre de l'industrie du cinéma de Botswana... dans les rêves de certains »
Les gens du Botswana rêvent peut-être en couleurs. Hollywood et Bollywood n’ont pas été bâtis en un jour ! Par contre, leur détermination me plaît. Il y a un commencement à tout. Cinq millions, ce n’est pas les yeux de la tête pour une série télévisée qui comporte plusieurs épisodes.
Mon appréciation personnelle est que c’est une belle série humoristique. On y retrouve l’humanité, la simplicité et la joie de vivre qui caractérisent les Africains. On est loin des séries américaines qui souvent sont consacrées à pourchasser des tueurs et à élucider des meurtres avec du sang en prime. En tout cas, la violence n’est pas au rendez-vous. Les personnages sont sympathiques. J’ai bien aimé la prestation de Jill Scott (Mma Ramotswe) qui prend tout avec un grain de sel, celle de Anika Noni Rose dans le rôle de Mma Makutsi, sa secrétaire avec ses lunettes qui lui confèrent un air naïf ainsi que celle de Lucian Msamati , qui se met bien dans la peau de J. L. B. Matekoni, un homme ordinaire tant par son look que par sa façon de s’exprimer. Les décors sont superbes et nous montrent des quartiers africains modernes. Les costumes traduisent bien le mode vestimentaire africain :Super Wax colorés avec divers motifs, robes amples - en lieu et place des blouses et pagnes de chez-nous-, caractérisant la pudeur les femmes, etc.
Il n’y a aucune commune mesure avec ces sketches que les groupes congolais actuels nous balancent sur leurs DVD. Selon les témoignages de ceux qui les regardent, les scénarios manquent de rigueur et de logique ; les comédiens sont indisciplinés (dialogues improvisés, « mabanga », tous parlent à la fois provoquant une cacophonie) Par contre, les séries ivoiriennes et nigérianes pourraient rivaliser avec celle-ci si seulement les scénarios étaient mieux construits et les dialogues mieux travaillés. Il ne faut jamais perdre de vue que, au cinéma, c’est l’image qui prime. Les sons, musiques et bruitages ne sont là que pour appuyer et compléter les images. C’est comme avec les recettes culinaires. Quand on prépare du pondu, c’est lui le plat principal. L’huile, le sel, le pili-pili et autres assaisonnements ne sont là que pour lui donner plus de goût mais ils sont aussi nécessaires.
J’ai eu à faire analyser mes premiers projets de scénarios par des experts de Los Angeles ainsi qu’un professeur d’Oxford. Je peux vous affirmer qu’ils n’aiment pas tout ce qui est invraisemblable ni les redondances. Qui plus est, ils sont très pointilleux s’agissant des mobiles des actes commis, des traits caractéristiques des personnages ainsi que de la pertinence du propos et des dialogues. Ceci dit, ce ne sont pas des raisons pour se laisser intimider ni impressionner, surtout quand on est sûr de soi. « Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage ! »
Je crois sincèrement que, pour un ballon d’essai, c’est bien réussi. Cette série T.V. est la preuve que, par ses thèmes tirés de la vie quotidienne, le cinéma africain est capable de séduire le monde. Nous devons simplement veiller à ce que toutes les conditions artistiques et techniques soient réunies dans nos productions. Les grands diffuseurs et producteurs sont très ouverts à la nouveauté du moment qu’on leur présente des scénarios originaux. L’Afrique est pour eux une mine d’or non encore suffisamment exploitée à cause de ses mythes et de ses particularités culturelles.
Je souhaite longue vie à cette série et j’espère que d’autres, venant d’autres pays dont la R.D.C., lui emboîteront le pas. Tout est possible. Il suffit d’y croire et de foncer.