Traite d'enfants en R.D.C. Depuis quand?
En parcourant les articles publiés ce matin sur Internet, j’en ai découvert un qui m’a fait sursauter. La RDC touchée par le fléau de la traite des enfants, hideux trafic qui n’appartient pas seulement au passé mais refait surface
L’article précité m’a poussé à aller explorer davantage les informations que contient Internet et de me rendre compte que, effectivement, certains esclaves n’ont pas quitté l’Afrique, que certains d’eux ont changé de pays et que d’autres sont restés dans leurs propres pays où ils ont été vendus à des familles et hommes plus nantis.
Jusque là, rien ne me choque vraiment d’autant que ces traites se sont déroulées à l’époque coloniale. Par contre, ce qui me fait sourciller, c’est cette nouvelle forme de traite apparue, semble-t-il, de nos jours impliquant des enfants, surtout dans notre pays. À notre époque, beaucoup d’entre nous ont été élevés par des oncles, tantes, frères, sœurs, cousins et cousines. Cela n’avait rien d’étonnant. Chez-nous, la famille traditionnelle est plus soudée que dans les pays occidentaux. Dans ma région d’origine, les fils et filles de mes oncles sont des frères et sœurs et non des cousins et cousines. Je n’appelle pas le frère de mon père « oncle » mais papa. Sa sœur est « tata mwasi » Les sœurs de ma mère ne sont pas mes tantes mais mes « mama kulutu » ou « mama leki »
J’ai été moi-même élevé par des sœurs aînées (Cécile Kiandumba et Marie-José Dikumba) et des grands-frères (Ambroise Fukilua, Joseph Salu Nkama et Emmanuel Silva) en réalité mes cousins puisque j’étais le premier garçon chez mon père et ma mère. À aucun moment l’idée ne m’est venue qu’ils étaient juste des cousins. Ils ont pris soin de moi comme d’un petit-frère. Ils ne se gênaient pas de me punir lorsque je m’étais mal comporté. Personnellement, je dois une fière chandelle à ces frères et sœurs qui m’ont permis de demeurer en ville (Camp Cito, Dendale et Limete) et de poursuivre mes études collégiales (Mbansa-Mboma et Albert Ier) alors que mes parents biologiques étaient retournés au village.
Si je ne suis pas allé tout de suite à l’université, ce fut pour m’occuper de mes cinq petites sœurs Justine, Bibiane, Marie-Claire, Léontine (Bomengo) et Gonthilde ainsi que de Laurent, mon seul petit frère. Je n’ai fait que reprendre le flambeau de mes parents qui, eux, ont payé mes études et n’avaient plus les moyens de s’occuper des autres enfants.
À notre mariage, mon épouse Jeanne est venue avec Christine Nduka, sa petite sœur âgée de quatre ans et c’est elle qui nous a servi de baby-sitter, c’est la coutume chez-nous. Elle a été et est toujours une « mama leki » pour mes enfants. Jamais, à aucun moment, elle n’a été traitée comme une esclave. Au contraire, nos enfants la respectaient et la craignaient. Elle était spécialiste en « bigogo ».
J’ai aussi élevé des fils et filles de mes oncles et tantes. Ils étaient pour moi, tous et toutes, de petits-frères et petites sœurs ; mes enfants les ont appelées « tata leki » ou « mama leki » J’ai brièvement hébergé un frère (cousin), Pierre Mpambani, de trois ans plus âgé que moi, et je l’ai aidé à trouver du travail, ainsi que des personnes qui n’étaient pas de ma famille. Elles ont eu droit aux mêmes égards. C’est cela la famille africaine et j’en suis fier !