Traite d'enfants en R.D.C. Depuis quand?

Publié le par Célestin S. Mansévani

Traite des enfants en R.D.C. : Depuis quand ?

En parcourant les articles publiés ce matin sur Internet, j’en ai découvert un qui m’a fait sursauter. La RDC touchée par le fléau de la traite des enfants, hideux trafic qui n’appartient pas seulement au passé mais refait surface

Je ne sais pas ce qu’on entend par traite des esclaves. Jusqu’ici, je n’avais pas beaucoup lu sur le sujet d’autant que les livres, journaux et le cinéma documentaire Victor Schoelcher, un homme contre l'esclavage ...ou de fiction (Amistad ;  Racine) ont largement abordé ce sujet. J’ai cru jusqu’aujourd’hui que la traite des esclaves signifiait la déportation d’êtres humains vers d’autres pays, principalement hors de leur continent, l’Afrique en l’occurrence. Les deux filières à ma connaissance sont celle des négriers acheminés par bateau vers l’Amérique et ceux convoyés vers le Nord par la filière arabe.

L’article précité m’a poussé à aller explorer davantage les informations que contient Internet et de me rendre compte que, effectivement, certains esclaves n’ont pas quitté l’Afrique, que certains d’eux ont changé de pays et que d’autres sont restés dans leurs propres pays où ils ont été vendus à des familles et hommes plus nantis.

Jusque là, rien ne me choque vraiment d’autant que ces traites se sont déroulées à l’époque coloniale. Par contre, ce qui me fait sourciller, c’est cette nouvelle forme de traite apparue, semble-t-il, de nos jours impliquant des enfants, surtout dans notre pays. À notre époque, beaucoup d’entre nous ont été élevés par des oncles, tantes, frères, sœurs, cousins et cousines. Cela n’avait rien d’étonnant. Chez-nous, la famille traditionnelle est plus soudée que dans les pays occidentaux. Dans ma région d’origine, les fils et filles de mes oncles sont des frères et sœurs et non des cousins et cousines. Je n’appelle pas le frère de mon père « oncle » mais papa. Sa sœur est « tata mwasi » Les sœurs de ma mère ne sont pas mes tantes mais mes « mama kulutu » ou « mama leki »

J’ai été moi-même élevé par des sœurs aînées (Cécile Kiandumba et Marie-José Dikumba)  et des grands-frères (Ambroise Fukilua, Joseph Salu Nkama et Emmanuel Silva) en réalité mes cousins puisque j’étais le premier garçon chez mon père et ma mère. À aucun moment l’idée ne m’est venue qu’ils étaient juste des cousins. Ils ont pris soin de moi comme d’un petit-frère. Ils ne se gênaient pas de me punir lorsque je m’étais mal comporté. Personnellement, je dois une fière chandelle à ces frères et sœurs qui m’ont permis de demeurer en ville (Camp Cito, Dendale et Limete) et de poursuivre mes études collégiales (Mbansa-Mboma et Albert Ier) alors que mes parents biologiques étaient retournés au village.

Si je ne suis pas allé tout de suite à l’université, ce fut pour m’occuper de mes cinq petites sœurs Justine, Bibiane, Marie-Claire, Léontine (Bomengo) et Gonthilde ainsi que de Laurent, mon seul petit frère. Je n’ai fait que reprendre le flambeau de mes parents qui, eux, ont payé mes études et n’avaient plus les moyens de s’occuper des autres enfants.

À notre mariage, mon épouse Jeanne est venue avec Christine Nduka, sa petite sœur âgée de quatre ans et c’est elle qui nous a servi de baby-sitter, c’est la coutume chez-nous. Elle a été et est toujours une « mama leki » pour mes enfants. Jamais, à aucun moment, elle n’a été traitée comme une esclave. Au contraire, nos enfants la respectaient et la craignaient. Elle était spécialiste en « bigogo ».

J’ai aussi élevé des fils et filles de mes oncles et tantes. Ils étaient pour moi, tous et toutes, de petits-frères et petites sœurs ; mes enfants les ont appelées « tata leki » ou « mama leki » J’ai brièvement hébergé un frère (cousin), Pierre Mpambani, de trois ans plus âgé que moi, et je l’ai aidé à trouver du travail, ainsi que des personnes qui n’étaient pas de ma famille. Elles ont eu droit aux mêmes égards. C’est cela la famille africaine et j’en suis fier !

Le phénomène des enfants esclaves ou confiés à des familles étrangères que la leur  ne faisait pas partie de nos mœurs. J’ai appris par les médias qu’il avait lieu en Haïti par exemple où existent des enfants appelés « Restavec » TSR.ch - Guerres oubliées, Je ne vais pas m’attarder sur ce qui se passe dans certains pays du monde où la guerre et la pauvreté sont les principales sources de l’exploitation des enfants.
Je reviens sur la R.D.C., notre pays à nous. Pour avoir côtoyé bien d’autres citoyens originaires d’autres régions, je sais que nos coutumes et mœurs s’agissant du concept de famille sont les mêmes. J’ai connu bien de copains et collègues qui ont été élevés dans les mêmes conditions que moi et qui, à leur tour, se sont chargés de leurs frères, sœurs, cousins et cousines.
L’article publié ce matin par Digital Congo me pousse à me poser la question suivante: le concept de famille a-t-il changé ? Je n’en ai pas entendu parler ! Si c’est une nouvelle réalité, serait-ce que les parents d’aujourd’hui sont si pauvres qu’ils en sont réduits à confier leurs enfants à des familles étrangères riches qui les exploitent ? Je sais que, à l’époque de feu le président Mobutu Sese Seko, son oncle Litho Moboti avait dit au peuple « Bokoliana ! » (Vous finirez par vous dévorer les uns les autres ! ) Il nous a pris pour des cannibales comme lui ! Sa prédiction ne s’est en tout cas pas réalisée et le régime en question a été renversé. Alors, si, aujourd’hui, des familles dans la dèche se débarrassent de leurs enfants et les envoient servir quelque « vuandu », il y a urgence car non seulement on est en train d’exploiter les enfants mais on les empêche ainsi d’aller à l’école. Qui plus est, c’est toute la cellule familiale qui court un grand danger et tout le pays avec!
J’invite, par conséquent,  les autorités du pays à se pencher sérieusement sur la question. Il faut interdire ces pratiques déshonorantes. Les patrons ou bourgeois, qui désirent de la main d’œuvre bon marché, n’ont qu’à se tourner ailleurs vers des chômeurs adultes. À défaut, qu’ils se voient imposer de très lourdes amendes et- pourquoi pas- des peines d’emprisonnement. En ce qui a trait aux parents qui envoient leurs enfants mineurs à de tels patrons, si des preuves existent, ils devraient, eux aussi, se voir indiquer le chemin du bagne. Cela leur ôterait toute envie de récidive et servirait de leçon à d’autres qui seraient tentés de les imiter.
La R.D.C. n’est pas Haïti ! Il ne faut quand même pas exagérer !
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