L'élixir d'amour.
L’ÉLIXIR D’AMOUR
Cupidon, le dieu de l’amour, n’est pas mort ! Il y a quelques semaines, j’ai présenté l’amour sous différentes formes : mariages en blanc, mariages forcés, amour de raison, etc. Aujourd’hui, nous allons parler d’une autre sorte qui a eu ses lettres de noblesse en R.D.C. à une certaine époque.
Dans les années soixante, au plus fort de son succès dans l’orchestre O.K. Jazz, Jean Munsi Kwamy a composé « Bolingo ya bougie » (L’amour parmi les bougies, entendez du jeteur de sort), une chanson qui a fait tabac. Il est difficile de savoir qui était la femme visée par ce pamphlet. Certains racontars ont insinué qu’il s’agissait d’une certaine Pauline Masuba, (je n’en suis pas sûr), qui partageait alors le lit de Franco Luambo Makiadi. Plus tard, l’African Fiesta aussi a fait allusion au recours à l’envoûtement dans « Molangi ya malasi » (La bouteille au parfum magique) et Dzeke..
Les Congolais croient mordicus aux forces occultes. J’en ai déjà parlé à propos des matchs de football et des vedettes acheteurs de succès. L’orchestre Negro Succès en fut un qui a immortalisé le mauvais sort dans plusieurs de ses chansons dont « Maseke ya meme », « Libanga na libumu », « Nakota zebola » et autres. Dans « Mbongo », le prolifique poète Simaro Masiya Lutumba implore un marabout :
« Yo marabout, balobi yo obikisaka bato; salisa ngai mpo nabika » (Marabout, il paraît que tu guéris les gens ? Guéris-moi aussi !)
Les règlements de comptes dus à des infidélités, à la jalousie et à la polygamie étant devenus légion, beaucoup de citoyens ont eu recours aux fétiches, appelez-les comme vous voulez : « mono » ou « mopiato » Les phénomènes « maladie ya mpese » et « maladie ya ndjoku » font désormais partie du quotidien. Feue Dzeke, l’actrice du groupe Salongo nous a affirmé en avoir été victime. Grâce à Dieu, elle a pu s’en tirer. Le savez-vous ? Il existe également des femmes qui font ingurgiter à leurs jules des substances subtilement mêlées à leurs délicieux plats de «maboke», « mpakasa »et « simbiliki », lesquelles les rend aussi fidèles (singa na kingo) que Fido, le célèbre chien publicisé. Qui plus est, on raconte que parmi les ingrédients figurent quelques cuillérées d’urine et de matières fécales. Témoignage de Maman Grâce, ex-Kalanga.
Si les femmes atteintes de la « maladie ya mpese » et les mâles souffrant de la « maladie ya ndjoku » ne la trouvent pas drôle, certains hurluberlus, eux, n’en démordent pas. Vicky Longomba s’est fait leur porte-parole: « Heureusement nkisi ya mabe te » (Heureusement que c’est fétiche non dommageable)
Tant qu’il y aura des coureurs de jupons et des femmes possessives, l’amour ne cessera pas de servir de terrain à des tiraillements. Casanova, Dom Juan et Anne d’Autriche nous en ont donné la démonstration. Par contre, ces célébrités-là n’ont pas eu recours aux potions magiques et ensorceleuses. Ceux qui connaissent l’opéra de Gaetano Donizetti, intitulé Elisir d'amore, ainsi que ceux ont lu l’histoire de Tristan et Iseult savent que l’élixir et le philtre d’amour sont aussi vieux que la Nuit des temps. Sauf que, dans ces deux cas, il s’agissait le légendes. Or, dans la réalité, l’élixir d’amour et le philtre d’amour ne sont pas des fictions.
Philtres d'amour à la Réunion: alliance et transgression
Depuis la chute de Mobutu, beaucoup de femmes ont délaissé les pratiques fétichistes pour se tourner vers les églises. Il paraît que Kinshasa est devenue la ville lumière pour le culte comme Paris l’est pour la culture. Paris a sa Place de l’Étoile ; Kin-La Belle a ses étoiles aussi nombreuses que celles dans le ciel : les églises. Les marabouts se frottent les mains. Oh ! La belle aubaine ! De féticheurs, ils se sont convertis en pasteurs, vite fait. Le loup est désormais dans la bergerie ! Eux aussi prétendent guérir au nom de leur dieu : « Yo marabout balobi yo na Nzambe bokutanaka ; tunela ngai na Nzambe likambo oyo » (Marabout, il paraît que, dieu et toi, vous vous parlez ? Pose-lui cette question de ma part ! )
Je me demande si les anciennes maîtresses, 3ème, 4ème ou 5ème bureaux, converties au christianisme, se sont séparées de leurs hommes ou si elles continuent à les fréquenter. Dans ce dernier cas, Dieu doit devoir être très attentif. Heureusement qu’il est omniprésent, omniscient et omnipotent ! Mais il ne faut quand même pas « ambitionner sur le pain béni ! » (Expression québécoise pour dire « abuser de la bienveillance de quelqu’un ») Un jour, quelqu’un m’a raconté qu’il implorait en vain Dieu de sauver son mariage en péril. Je lui ai dit : « Quand tu es tombé (e) amoureux (se) de l’autre, as-tu consulté Dieu ? Si quelqu’un t’avait mis en garde, l’aurais-tu écouté ? »
J’ai connu, moi, une femme chrétienne qui apparemment était très pieuse. Elle s’est mise néanmoins à coucher avec son pasteur à l’insu de son mari qui était loin, très loin, en attente de documents lui permettant de rejoindre sa femme au Canada. Or, celle-ci n’avait même pas encore reçu son statut de réfugiée. Ce mari-là risquait à coup sûr de perdre sa femme d’autant que, suite à la distance qui le séparait de celle-ci, il lui était désormais difficile, sinon impossible, de faire avaler à celle-ci quelque élixir ou philtre d’amour. Je ne sais pas comment ça s’est termié.
Les scandales impliquant des pasteurs me portent à croire que Satan lui-même s’est sournoisement glissé, comme lui seul détient la magie de le faire, dans certaines de nos églises dites évangéliques pour s’emparer même des âmes de certains pasteurs, ceux-là même en qui les chrétiens ont placé leur confiance.
Et pourtant, malgré tous ces scandales, les chrétiens n’ont pas déserté les églises, osant même défendre leurs prédicateurs : « Ne jugez point ! » Il y a parmi ces croyants des naïfs qui font les frais de certains pasteurs, anciens magiciens, qui les ont envoûtés par un élixir d’un autre genre, les belles paroles –à ne pas confondre avec La Bonne parole- et les exploitent outrageusement au nom de Jésus.
Un conseil, chers amis ! On se moque pas de Dieu. Ne Le mêlez surtout pas à vos histoires d’amour (Matthieu 22,30) à moins qu’elles soient sincères ! Trouvez-vous plutôt des substances susceptibles de guérir vos peines d’amour ! Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu. (Matthieu, XXII, 21)
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