Stop! Feu rouge!

Publié le par Célestin S. Mansévani

Stop ! Feu rouge !  

Ces jours-ci, la presse ne parle que des taxis motos qui envahissent la République Démocratique du Congo.

Syfia International, sous la plume de Tysiane Monkwey, Tonton Mukendi, nous présente le taxi moto qui, paraît-il , est devenu plus rentable que le diamant et attire les anciens creuseurs artisanaux du Kasaï vers Kin-La Belle.

Dans le journal  Le Potentiel du 3 avril 2009, Donatien Ngandu Mupompa écrit :

« Le transport en commun sur des motos, bientôt, les engins à deux roues envahiront toutes les provinces congolaises. A cause de la vétusté de la voire urbaine, les taxis motos, une pratique en vogue dans l’Afrique de l’Ouest, sont en passe de de­venir le moyen de transport le plus prisé dans certains coins du Congo démocratique. Et les Kasaïens en sont les grands arti­sans. »

Dans son édition du 9 avril 2009, le même journal Le Potentiel nous cite certains dangers que suscite ce nouveau mode de transport dans une ville surpeuplée et pleine de nids de poule  comme Kinshasa. De son côté, dans un article intitulé “Une ballade en taxi moto dans Zig Zag », sur sa page Internet, Radio Okapi écrit ceci :

« Apres Kisangani, Mbandaka et d’autres villes de l’Est du pays, Kinshasa emboîte le pas aujourd’hui avec les motos qui font le transport intercommunal dans la capitale…

Ecouter

Comparaisons absurdes ! Comparer la République Démocratique du Congo au Burkina et Kinshasa à Kisangani ou Kananga ! Et pourquoi pas comparer la R.D.C. aux U.S.A. ou Kinshasa à New York !

L’un des mérites de la musique congolaise, c’est cette faculté de nous rappeler nos passés colonial et post-colonial. À quand remonte l’apparition de la première automobile au Congo Belge ? Je n’en sais rien. Cependant, avant l’indépendance du pays, les voitures étaient plutôt rares. C’était l’exclusivité des Blancs. Je me souviens vaguement d’une époque où les conducteurs disposaient d’une manivelle. Pour démarrer, ils se postaient devant l’avant de la voiture et faisaient tourner la manivelle. Ils l’ôtaient aussitôt que le bruit du démarrage se faisait entendre. Ils se précipitaient ensuite dans la voiture et embrayaient pour faire avancer leur engin.  De nos jours, ils passeraient pour des clowns !

J’étais trop jeune pour me souvenir de l’année où l’usage de la manivelle a disparu. Cependant, si l’on se fie à la chanson « Marie-Louise », de Wendo Kolosoy, on se rend compte qu’il dit : « biso tozali na ba voitures na biso » (Nous, nous avons nos voitures) Par  contre, ceux qui en possédaient devaient se compter sur le bout des doigts puisqu’une chanson de Franco Luambo Makiadi , sortie plus tard, intitulée « Opédalé » disait « Ata osombi voiture kasi opédalaki…o pédaler na vélo ya kimbambala »(Même si tu  t’es acheté une bagnole, n’oublie pas que tu as déjà pédalé par le passé. Tu avais même une vieille bicyclette) 

Plus tard, le même artiste a chanté « Quatre boutons » où il disait « Ata mobali ya Kapinga asombeli ngai mobylette, oyebi ba boutons boni afungolaki » (Même si le mari de Kapinga m’a acheté une mobylette, sais-tu combien de fois il a ouvert les boutons de son pantalon » ?) Vicieux, me direz-vous ? Venant de la bouche d’une prostituée, c’est une peccadille! C’est vous dire que, à une certaine époque, la mobylette a remplacé la bicyclette, qu’elle était considérée comme un luxe et que certaines femmes majoritairement « mapeka » (débarquées récemment de villages) étaient fières de l’enfourcher. Beaucoup plus tard, lorsque nous avons eu notre indépendance, j’ai vu Franco Luambo Makiadi et ses musiciens se pavaner fièrement sur leurs scooters dans les rues de Léo-La Capitale. Les badauds les enviaient et leur couraient après. Cette époque là aussi a fait son temps puisque, plus tard, lorsque les voitures ont fait timidement leur apparition dans l’usage quotidien des Congolais plus évolués et plus riches, Rochereau n’a pas hésité à chanter dans Toyota «  Aboyi natinda boyi zando na makolo, asombeli ye Vespa » (Il ne veut plus que mon domestique fasse le marché à pied. Il lui a acheté une Vespa. i.e. scooter)

Tout ce retour dans le passé illustré par des repères musicaux pour vous dire que l’époque des bicyclettes, mobylettes, des tuku-tuku (motos), scooters et autres engins sur deux roues était à jamais révolue. Du moins nous le croyions jusqu’à ce que, en 2009, on nous ramène dans les années 60 ! 

Quelles conclusions faut-il en tirer ? La seule qui s’impose est que les Chinois et les Hindous ne chôment pas. Ainsi, pendant que la Chine se modernise, elle nous refile ses vieux clichés ? Voyez quelques articles glanés ici et là sur Internet à propos des transports en Chine et en Inde.

La première voiture en Chine  

En 1902, Yuan Shikai a dépensé de vastes sommes d'argent pour importer de Hong Kong une voiture Type "Edward" conçue et construite par des américains, les frères Charles E Duryea, afin de satisfaire l'impératrice douairière Ci Xi. Ce fut la première voiture importée en Chine. La structure de la voiture était en bois, avec une double rangée de siège et un toit. Le moteur avait trois cylindres et quatre soupapes. La puissance était de quatre chevaux. Deux leviers de vitesse furent ajoutés sur le côté, qui transmettait à l'axe arrière les commandes de conduite. Les roues de la voiture étaient des cercles d'acier, avec des pneus en caoutchouc et des jantes en bois. Elle fonctionnait au kérosène.
Après que Ci Xi se fut préparée pour sa première excursion en voiture, elle découvrit que Sun Faling, le chauffeur, était assis devant elle! Selon les coutumes de rang dans la dynastie Qing, le serviteur ne peut se situer sur un rang égal ou supérieur à son maître. C'était un outrage intolérable! Ci Xi lui ordonna de conduire à genoux, mais comment aurait-il pu? Bien que cette situation gênante la rendit furieuse, elle n'avait pas le choix. Le transport privé, comme nous l'enseigne cette histoire vraie, confronte les citoyens à leurs choix vis-à-vis de la société moderne. Comme certains spécialistes des transports aiment à le dire : "il n'existe pas de situation où les gens sont aussi égaux que dans un embouteillage!"

La Chine se modernise

www.iveco.com/IVECO_MM/uploads/PB_TMPL_NANDE/1073752606/20060925/IVECO_MM011/CP%20Transport%20Concept%20FR.pdf - - S

Iveco renforce sa présence en Chine dans le domaine des véhicules

utilitaires légers et moyens grâce à la nouvelle Naveco

Iveco, une société du groupe Fiat, a signé avec Nanjing Automotive Corporation (NAC) un

contrat d'entreprise commune aux termes duquel Naveco – un entreprise commune crée

entre Iveco et le groupe NAC – rachète les activités véhicules utilitaires de Yuejin Motor Corporation, une société contrôlée par NAC.

2009/03/05 > BE Chine 58 > Chine : subventions pour les véhicules ...

La Chine espère faire passer le nombre de véhicules verts à 60 mille en 4 ans.
Les subventions iront dans un premier temps aux transports publics. Wan Gang ...
www.bulletins-electroniques.com/actualites/58083.htm - - Similar pages

Cela se passe de tout commentaire. Voyons à présent  ce qui se passe en Inde. Bien que ce pays dispose d’avions, de trains et d’automobiles, le transport en commun y demeure très problématique. Un touriste, qui s’est rendu dernièrement dans ce pays, suggère entre autres solutions celles-ci :

» Transport en inde
L'Inde compte un nombre phénoménal de types de véhicules et de moyens de
transport. Pour se déplacer je vous conseille les moyens suivants: ...
giik.net/blog/transport-en-inde/ - 24k -
Similar pages

Le rickshaw: un rickshaw est un petit véhicule à trois roues que l’on rencontre dans les rues des villes indiennes. Ils sont de loin le meilleur moyen de transport à l’intérieur des villes.

La moto: je me suis acheté une moto à Chennai au tout début de mon séjour. La moto personnelle donne pour un  prix très raisonnable une très grande liberté. De plus, il est possible le week end de partir en road trip jusqu’à Mamallapuram ou encore Pondichéry. Mais ATTENTION!!!!!!!!!!!! Les routes indiennes sont parmi les plus dangereuses du monde!!! Je vous conseille de redoubler de  prudence en permanence et de toujours s’attendre à l’imprévisible: une vache faisant la sieste dans un virage, un chien traversant juste devant vous, des bus fous! , et le must une moissonneuse batteuse en contre sens sur l’autoroute!

Ces quelques exemples illustrent très bien ce qui se passe en Chine et en Inde. Le premier des deux pays se modernise et se débarrasse de bicycles et tricycles au profit des voitures modernes voire même écologiques ; le deuxième emboîte quelque peu le pas mais ne peut effacer des siècles d’histoire durant lesquels automobiles, bicycles, tricycles, chevaux, vaches et ânes ont fait ménage commun  sans que cela n’offusque personne. Il y a des siècles que les gens là-bas vivent avec ça. C’est le pays des vaches sacrées qui provoquent souvent des embouteillages monstres.

Ce n’est pas le cas pour la Ville de Kinshasa où l’absence de feux rouges, la signalisation déficiente, les nids de poule sur la chaussée et les érosions dues aux pluies diluviennes remontent à peine à un demi-siècle suite d’une part à l’insouciance des citoyens qui ont fait fi des règles d’urbanisme et d’autres part des autorités de la Ville qui les ont laissé faire et n’ont rien fait pour améliorer les infrastructures routières.

Et c’est dans cette ville-là qu’on veut confier le sort des gens aux creuseurs incultes et sans scrupules en provenance des mines de Bakwanga ? C’est dans cette mégapole-là qu’on  vient d’implanter un transport en commun vétuste que les Kinois ont mis au rancart depuis cinq décennies ? C’est cela la coopération  que Chinois et Hindous offrent aux Congolais ? C’est vrai que « Au pays des aveugles, les borgnes sont rois ! » Dans de pareilles conditions, pourquoi ne pas laisser le soin du transport en commun aux « bato ya pusu » (conducteurs de pousse-pousse) immortalisés par Pépé Kallé dans la chanson « Article 15 » ? Six passagers pourront s’entasser sur chaque engin en lieu et place des sacs et colis ! Si la tendance se maintient, bientôt on se baladera à dos d’ânes, de dromadaires ou de chameaux en plein Bd du 30 Juin ou du Bd Lumumba en scandant : « Allez ! Allô ! Vive les chameaux ! Voyez comme ils trottent …et crottent! » 

Trêve de plaisanterie ! Nous sommes en train de reculer de cinquante ans à l’époque où Kinshasa ne comptait que trois cent mille habitants alors que, aujourd’hui, la ville loge plus de dix millions d’habitants!

« Alea jacta est » Nous avons atteint un point de non-retour. Le mal est fait. Les constructeurs chinois et hindous de ces engins ont peut-être été animés de bonnes intentions et marqué des points sur le plan de la coopération mais bientôt les Kinois, eux, ne vont pas trouver cela drôle, car il va s’en produire davantage d’accidents ! Nous devrions plutôt nous inspirer des autres grandes villes modernes du continent : Dakar, Libreville, Abidjan, Johannesburg et autres. Je ne pense pas qu’elles adopteraient les motos taxis à la place des voitures conventionnelles.

En guise de conclusion, j’invite le Ministre des transports de la R.D.C et les autorités de la Ville à se pencher sur cet épineux problème car il y a danger en la demeure. Stop ! Feu rouge !

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