La Fête des Pères

Publié le par Célestin S. Mansévani

La Fête des pères
Ce week-end, nous célébrons la Fête des pères. Un moment des grandes retrouvailles en famille ! Un musicien congolais du nom de Miyalu a beaucoup amusé les mélomanes de son époque par son tube dénommé « Douze enfants » qui a connu beaucoup de succès. Et pour cause ! Il racontait les soucis et déboires d’un père de famille qui avait eu douze enfants, lesquels en ont arraché au cours de leur vie et ont connu des sorts différents. Il les a tous perdus, qui victime de la famine, qui des suites d’une maladie, qui victime d’un accident, qui d’autre poignardé et le dernier mort bêtement sous la latte de son moniteur de classe. C’était une satire de la société misérable de l’époque.
En Afrique, les couples sont réputés avoir beaucoup d’enfants. Jadis, on pointait du doigt les moins nantis. Il faut les comprendre. La radio et la télé n’existaient pas à l’époque. Les quelques rares loisirs dont le cinéma et les sports étaient plus l’apanage des jeunes et des gens bénéficiant d’un certain standing de vie. Les pauvres, eux, n’avaient pas de quoi occuper leur temps sinon de se blottir l’un contre l’autre… Mais, n’oublions pas que les rois et chefs coutumiers avaient tout un harem. Il y en a qui perpétuent encore cette coutume, signe de leur puissance.

L’exemple entraînant, aujourd’hui beaucoup d’Africains bien nantis leur emboîtent le pas dans le but de faire la démonstration de leur suffisance financière. Ainsi multiplient-ils ce qu’ils appellent des bureaux et sèment-ils des rejetons partout, à tous vents, les distribuant à la ronde comme de petits pains. Certains le font pour en sacrifier quelques-uns, question d’accroître leur succès ou leur puissance (voir un de  nos articles antérieurs intitulé « In Memoriam) D’autres le font inconsciemment et ne se souviennent même pas combien d’enfants ils ont. Parmi eux des musiciens et gens célèbres. J’en connais qui en ont plus de cinquante enfants connus. Dans mon patelin d’origine à moi, les gens ne sont pas polygames ; à peine quelques rares bigames, un pour cent de la population  reconnus officiellement, souvent parce que la première femme ne peut concevoir. Dans ce cas précis, le mari  verse une dot au vu et au su de tout le monde au cours d’une cérémonie traditionnelle. Ils sont mariés!

Ce ne fut pas le cas pour mon père Léonard Ndongala Nsingani. Il a épousé ma mère Thérèse Nsemba, alias Lili, et ont eu douze enfants. Trois :  Léonard, Joseph et Michel, tous des garçons,  sont morts avant d’avoir atteint un an. Nous étions neuf en 1978: Cécile Kiandumba, alias Mama Kulutu (Lisapo onge) , Marie-José Dikumba, moi-même, Justine Wana, Bibiane Wabandua, Marie-Claire Ntima Kakundua, Léontine Kediamosiko, alias Bomengo (Théâtre de Chez-Nous) ,  Laurent Ntimansieme et Gonthilde  Ndongala.  Deux de mes sœurs sont décédées plus tard ; il s’agit de Justine et Marie-Claire. Nous sommes donc restés sept. De leur côté, mes beaux-parents n’ont pas chômé non plus. Ils en ont eu neuf : Jeanne Lutondo Nguidi, l’aînée, mon épouse, Jonas Lukoki, Élisabeth Mambote, Joséphine Makiadi, Albertine Diangituka, Antoine Mvuama, Christine Nduka, Emma Nzola, Rémy Lukoki (décédé) et Caroline Mayamba. Imaginez-vous combien cela fait de neveux, nièces et petits enfants d’un côté et d’un autre pour nous qui sommes encore en vie et avons quitté la R.D.C. depuis des lunes. Si je devais les citer tous, nous  passerions  l’été et l’hiver, moi à compléter ma liste, vous à lire cet article. À vrai dire, il y en a, parmi les fils et filles de mes neveux et nièces, dont j’ignore jusqu’à l’existence.

Vous me direz que nos parents ont enfanté comme des lapins ? Ici, au Québec, dans les années  20 à 40, les couples n’avaient-ils pas beaucoup d’enfants aussi ? Je connais des amis dans la région de Québec, les familles Paré, Nadeau et Lemieux. Ils sont nés neuf, dix voire même plus des mêmes parents. Et que dire du père et de la mère de Céline Dion qui ont eu treize enfants ? Ailleurs, à travers le monde, à part les Chinois qui, comptant déjà plus d’un milliard d’habitants, ont pris les grands moyens jusqu’à friser l’autoritarisme et l’intolérance, la situation est pratiquement la même aujourd’hui encore.

Nous aussi, avant d’immigrer au Canada, nous en avons eu des enfants, moins cependant.  Il faut dire que les circonstances, les contraintes d’immigration particulièrement,  nous ont été favorables  puisqu’il a fallu des années avant notre réunification familiale. Vous connaissez nos enfants : Risée Mansevani, Trophée Mansevani, Odyssée Mansevani, Jubilé Mansevani, Mélopée Mansevani et Pyrénées ainsi que les leurs : Christiane Gama, Tristan Mansevani-Bijimine, Joris Gama, Kalim-Noé Mansevani, Jordana Mansevani, Térence Mansevani, Havana Mansevani, Phinée Mansevani, Mélodie Mansevani et Loïc Mansevani .

Certains de nos fils vivent, intégration à la société québécoise oblige, en union de fait.  D’autres sont officiellement mariés: Trophée a épousé Antoine Gama ; Odyssée est marié à Lydie Imua Belesi. Dans notre culture à nous, le terme conjoint de fait n’existe pas. Les enfants nés de ces unions sont considérés comme des Illégitimes. Nous les acceptons quand même car ils ne  sont que les victimes de la société d’accueil qui a institutionnalisé ces unions-bidon. Pour ce qui est de reconnaître officiellement leurs mamans, cela équivaudrait à remettre en cause nos convictions chrétiennes et notre culture. C’est trop nous en demander.

Ah ! La fameuse Fête des pères ! Jadis, les enfants écoutaient leurs pères. Aujourd’hui tout a changé. Libertinage aidant, chacun n’en fait qu’à sa tête, oubliant cet adage de chez-nous bien connu : « Matoyi elekaka moto te » (les oreilles ne dépassent jamais la tête) ou encore celui-ci : « Soki muana alingi asimba moto, tika ye adzika » (si ton enfant s’obstine à vouloir toucher au feu, laisse-le se brûler).

Ah ! L’énigmatique Fête des pères !  Hier, nous étions désignés sous les termes de papa et maman. Aujourd’hui nous sommes devenus grand-papa et grand-maman. Ainsi va la vie. Nos enfants d’aujourd’hui deviendront, eux aussi, de grands-parents sous peu. Quand on me parle de la Fête des pères ou celle des mères, je me pose la question suivante : Qui est père, qui est mère ? Grands-parents et parents actuels, nous nous retrouvons tous désignés sous le même label à l’occasion de ces deux fêtes. Tout cela pour nous rappeler que « qui, part à la chasse, perd sa place »

Ah ! L’insensée Fête des pères ! Les centres d’accueil québécois regorgent de personnes âgées pratiquement abandonnées à l’isolement et à la solitude, eux qui ont pourtant tout donné pour leurs enfants. Une fois que ceux-ci ont fondé leur propre famille, ils n’ont plus le temps de s’occuper de leurs propres vieux parents. Au moins certains de ceux-ci reçoivent de la visite et des fleurs à cette occasion. C’est mieux que rien.

Dans quelques années, nous non plus,  nous ne serons plus de ce monde. Nos descendants ne se souviendront peut-être plus de nous ? Heureusement, nous avons laissé des traces de notre vie et nous entendons en laisser d’autres, s’il plaît à Dieu. Ce n’est qu’une question de temps. En attendant,  souffrez que nous écrivions notre biographie puisque personne ne le fera à notre place. Prenons des photos et des vidéos souvenirs, sans quoi nous tomberons dans l’oubli comme nos grands-parents qui ont vécu à une époque où ces médias leur étaient inaccessibles.

Profitons donc des instants de bonheur que nous offre la vie car le temps court,  imprévisible, fugace, capricieux, insaisissable, inexorable. La mort nous guette comme une épée de Damoclès suspendue au-dessus de nos têtes…

Joyeuse fête des pères à tous !

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