Les irréguliers de Brazza -version corrigée
Des erreurs de dates et de nombres se sont glissées dans mon article notamment à propos des prestations des Lions en Belgique en 1957 où ils ont livré cinq matchs. « Errare humanum est » Veuillez m’en excuser et relire cet article, s’il suscite toujours votre intérêt..
Dans un article publié ce vendredi 28/08/2009 sur Digital Congo sous la plume de (DN/Ern./Yes) du journal S.E./Le Potentiel, nous pouvons lire entre autres ces quelques extraits.
“Rapatriement envisagé dans un proche avenir des ressortissants de la RDC en séjour irrégulier au Congo-Brazzaville. L’ambassadrice de la RDC au Congo-Brazzaville a été reçue dernièrement en audience par le ministre en charge de la Coopération et de l’Action humanitaire avec lequel elle a évoqué la question du rapatriement des Congolais de la RDC en séjour irrégulier au Congo-Brazzaville. Et d’ajouter : « Comme le linge sale se lave en famille, nous allons régler cela en famille. Vous savez que nos deux pays sont condamnés à vivre ensemble et à partager parfois des inquiétudes d’un côté comme de l’autre. Ce n’est pas un hasard si Dieu nous a placés des deux côtés du fleuve Congo. Personne ne peut déplacer le fleuve, nous sommes appelés à vivre ensemble et en paix »
Les relations entre les deux Congo ont souvent cheminé cahin-caha. Et pourtant, tous deux cohabitent depuis des siècles. Comme l’a plaidé feu Pépé Kallé dans sa chanson « Muana Bangui », à propos de la situation géographique de la R.D.C. et de Centrafrique : « Tozali biso nyonso bana ya mboka moko. Mondele nde atia biso ndelo na kati. » À moins que ma mémoire me trahisse, il semble que, en 1964, la même situation s’est produite dans le sens inverse. Cette fois-là cependant, il n’avait pas été question d’irréguliers brazzavillois séjournant à Kinshasa. Il s’agissait de personnes en situation régulière victimes des circonstances politiques. C’est ainsi que trois co-fondateurs de l’orchestre O.K. Jazz, en l’occurrence Daniel Lubelo alias De la Lune, Édouard Nganga alias Édo, et Célestin Kouka alias Célio, durent, à leur corps défendant, plier bagages, ce qui profita plus tard à Franco Luambo Makiadi qui s’autoproclama seul patron de l’O.K.Jazz.
Si nous remontons dans le passé, nous nous souviendrons de quelques stars brazzavillois qui vivaient à Kinshasa et s’y sentaient parfaitement comme chez-eux.
Commençons par les footballeurs. Paul Kibiasi alias Vignal, a été l’un des meilleurs gardiens que notre pays ait connus. Il a fait partie de l’équipe des Lions, qui a livré trois matches en Belgique en 1957. Il évoluait régulièrement dans le F.C. Daring et c’était l’idole de beaucoup d’adolescents gardiens de but dont moi-même à cause de ses plongeons spectaculaires. Son sobriquet « René Vignal » cadrait avec la tendance de l’époque voulant que des sportifs congolais se vissent coller des surnoms belgicains ou européens.
Faustin Nzeza alias Mermans, Maximilien Mayunga alias Rick Coppens, Julien Kialunda alias Puskas et Mayama alias Braine, étaient de ceux-là. Gaston Nganga alias Fenta alias Dafirma, fut un autre de ces Brazzavillois. Ailier gauche émérite du F.C. Daring, édition de l’entraîneur belge Decorte (il leur a appris le jeu tourbillon, les amortis et les talonnades) qui comprenait Paul Bonga-Bonga alias Popol, Max Mayunga alias Coppens, Balondo alias Major, Androkwa, Luc Ebumba alias Piola, Albert Mpase alias Carré, Maertens alias Muana Maria (c’était un Blanc), les mêmes qui ont évolué dans l’équipe des Lions de 1957 que complétaient Faustin Nzeza alias Mermans, Henri Erumba alias Mocassin et Léon Lokombe alias Vieux de V.Club, ainsi que Lucien Ndala alias Mondele, Léon Puati et Tandu alias Espoir du F.C. Dragons ( gardien substitut), lesquels Lions ont livré cinq rencontres contre des équipes belges, perdant un match contre Anderlecht 1-9, gagnant deux matches contre Olympique de Charleroi (5-3) et contre La Gantoise ( 4-3) et concédant deux matches nuls face à Standard de Liège(2-2) et Beerschot (3-3), Gaston Nganga a pratiquement vécu à Kinshasa, a fait partie de cette formation-là, de notre onze national et a été glorifié par le Grand Kallé dans « Oiga Kallé Cha-Cha »: « Ebumba, Nganga, Pol Bonga na Coppens… , Major, Androkwa,
Assaka, Akwete, Ginaro capitaine…
Après la grande époque des Lions, nous avons connu d’autres célébrités : Paul Tandu alias De Paulin gardien de Vaticano (Bokatola), filiale de V.Club ; Makanda alias Trois hommes, défenseur du F.C. Union (Bilombe), filiale du F.C. Daring, etc. Je me rappelle surtout un joueur surnommé « Tananarive » qui ne traversait le fleuve que pour de grandes occasions, deux ou trois fois par an, pour venir donner un coup de main au F.C. Daring. Il ne devait sûrement pas jouer dans une équipe régulière de son pays, autrement il lui aurait été interdit de venir jouer dans une équipe de Kinshasa. Et pourtant, il avait du talent à revendre.
Revenons, si vous le voulez bien, à Gaston Nganga. Il est revenu en fin de carrière entraîner son ancienne équipe. J’insiste particulièrement sur lui car je le considère comme un Kinois plus Kinois que beaucoup d’entre nous. En effet, en plus d’être joueur, il faisait partie du club d’élégance « Bana ya Amida »( amis du Daring), immortalisé par Franco : « Benga Nganga, benga Alphonso, benga Feruzi, bana ya Amida » aux temps des chansons « Chérie Zozo », « Bana ya Amida », « Epanza makita » et de la danse « Kara-Kara » qui a fait bouger tout le pays. Ce club-là ainsi que Bana Ages et Bana La Mode, étaient constitués par des gars tous beaux, instruits, galants, bien frimés, élégants et excellents danseurs qui animaient les grandes soirées dansantes et les mariages pompeux au rythme des valses et tangos sous le rythme des chansons telles que « La Dernière Danse », « Timide Sérénade », « Vénus, mon amour », « Ma Doudou » et autres succès étrangers savamment interprétés par le Grand Kallé et son African Jazz, frappés d’interdit sous Mobutu.
Pour faire partie de ces associations-là, il ne fallait pas être né de la dernière pluie. Ces clubs d’élégance-là ont joué un rôle déterminant dans l’épanouissement de notre musique et des deux grandes formations de l’époque, à savoir l’African Jazz et l’O.K. Jazz qui ont toujours rivalisé.
Si vous avez lu mon article intitulé « Quatre scénarios autour de l’usurpation des chansons » publié par Le Messager dans Mboka Mosika à qui je rends un vibrant hommage pour son engagement dans la cause de notre patrimoine culturel national, vous vous rendrez compte que ces clubs-là se situent dans le troisième. Bon. Continuons ! À l’époque des clubs d’élégance, les orchestres ne pouvaient s’en passer. Ils étaient les ambassadeurs des formations musicales dont ils étaient les « moziki » À cette époque-là, nous, nous étions trop jeunes, encore sur les bancs de l’école et nous faisions les « ngembo » pour les regarder évoluer au Restaurant du Zoo, Chez Kongo Bar et autres hauts lieux de spectacles. Kinshasa savait vivre ! C’est étrange, une fois diplômés, l’intérêt de la majorité d’entre nous s’est porté ailleurs vers chacun sa propre carrière.
Puisque nous parlons déjà depuis un bon moment de la musique, tournons-nous à présent vers les artistes musiciens. Nous pouvons compter une pléthore de Kinois d’origine brazzavilloise: Paul Kamba, l’un des pionniers de notre musique; Pablito qui a fait le bonheur de l’African Fiesta ; Michel Ngoualali, le compositeur de « Limbisa ngai » de Fiesta Sukisa ; Loko Masengo du trio sportif « Les Madjesi »; Michel Boyibanda et Youlou Mabiala du Tout-Puissant O.K. Jazz. Bien sûr, il y a eu Saturnin Pandi, Jean-Serge Essous et Nino Malapet des Bantous de la Capitale qui ont souvent prêté leur talent aux orchestres Rock-Ä-Mambo de Rossignol et African Team de Grand Kallé.
Plus près de nous, Kanda Bongo Man a déjà fait appel à Diblo Dibala, un virtuose brazzavillois de la guitare solo ; d’autres sûrement aussi. Comme jadis l’.O.K. Jazz avec « Chez Faignon », feu Madilu nous a rabattu les oreilles avec Badi Productions de Brazzaville. Je me demande que sont devenus nos producteurs kinois : Les Éditions Vévé qui ont fait la promotion de nombreux de nos orchestres dont Vévé, Kiam, Bella-Bella, Lipua-Lipua, Langa-Langa Stars et autres ; Parions Mondenge (décédé), dont le bureau sur Kasa-Vubu n’était pas loin de l’immeuble 1,2,3 de Verckys Kiamuangana (un autre monument de notre musique) , qui a distribué des succès de Zaïko et des Casques bleus ; Alamoulé dont le bureau était juste à côté de Vis-à-Vis, sans oublier Moninga qui logeait aussi sur Kasa-Vubu à quelques pâtés de maisons du croisement avec l’avenue Bongolo et à qui les musiciens de Zaïko faisaient allusion en disant : « Bongo oya na muasi na yo mpo napesa ye mbongo, eh ! »
Du côté du théâtre, il y a eu notre ami Beli-Beli alias Nyoka Mufrumungutu Bula Ntulu Beto Bayayi » du groupe Salongo et sûrement d’autres.
Il existe dans le monde des mégapoles traversées par un fleuve et dont les deux rives sont reliées par un pont. Citons la Seine à Paris, le St-Laurent à Montréal, l’Amazone à Brasilia, le Huang Hé à Jinan en Chine, Chao Phraya à Bangkok en Thailande, le Mississippi à Minneapolis et à Memphis aux U.S.A., et j’en passe.
La colonisation nous a imposé des limites qui nous ont séparés malgré nous.
Le Grand Kallé l’a chanté en disant : « Ebale ya Congo ezali lopango te, ezali se nzela » Plus tard, Josky Kiambukuta, dans « Bilonda », s’écrie : «Congo-Brazza na Congo Kinshasa ezali se mboka moko. Okokuta Bakongo, Bateke, Primus, etc, na Kin mpe na Brazza. » Ce qui est valable pour le Congo-Brazza l’est aussi pour l’Angola, le Centrafrique, le Burundi et le Rwanda. Nous ne pouvons malheureusement pas ré-écrire l’Histoire,
Cependant, sans vouloir jouer les avocats du diable, je plaide pour une certaine tolérance dans ce genre de situation. Je ne dis pas qu’il faut tolérer des irréguliers sur notre territoire quel que soit le côté de la frontière où nous nous trouvons, mais j’estime, à moins de contraintes socio-économiques, qu’il est possible d’inviter pacifiquement les irréguliers à régulariser leur situation en leur fixant un certain délai assez raisonnable. Ceux qui refuseraient de le faire, ceux-là s’exposeraient à l’expulsion.
Nos pays sont constitués de citoyens qui appartiennent à des clans et des tribus liés par le sang et je connais même des coins de pays où aucune frontière naturelle ne sépare un pays d’un autre. Les gens se partagent les mêmes terres agricoles, le même village, la même vie de tous les jours.
Il est pratiquement impossible de séparer ces gens de force puisqu’ils sont tous chez-eux.
Le grand problème d’appartenance à un pays se rencontre surtout dans les grandes agglomérations où l’espace vital s’amenuise et où les conditions de vie se détériorent à cause entre autres de la surpopulation aggravée, il est vrai, par l’immigration clandestine. Mais je fais appel à la sagesse légendaire africaine pour recourir à des solutions pacifiques qui tiennent compte des affinités séculaires si pas millénaires qui unissent les peuples de nos pays respectifs.