Attention, mpila mosi keba!

Publié le par Célestin S. Mansévani

Attention, mpila mosi keba !

 

La télévision québécoise diffuse présentement des informations sur  un procès qui vient de connaître un heureux dénouement pour un auteur de bandes dessinées, Claude Robinson, qui s’était fait déposséder de sa série de dessins animés pour enfants Robinson Curiosité. Celle-ci avait été plagiée par le scénariste français Christophe Izard avec la complicité de Ronald Weinberg et feue Micheline Charest, son épouse décédée, tous deux patrons de Cinar, une firme québécoise qui produit des dessins animés, ainsi que de France-Animation et neuf autres personnes et firmes.

L’auteur québécois avait soumis un projet à Cinar en 1986 et en 1987. Ce projet n’a pas été retenu. En 1995, il s’est rendu compte que celui-ci avait été contrefait et reproduit en une version maquillée intitulée Robinson Sucroë, coproduite en 1995 par Cinar et France-Animation, la BBC et Ravesburger. Il s’était aussitôt adressé à la Justice

Après 14 ans d'attente, l’auteur vient enfin d’obtenir gain de cause. Les coupables devront lui verser plus de cinq millions pour l’escroquerie dont il a été victime, les dommages subis et les frais de justice encourus.

Cette affaire me rappelle le débat actuellement à l’ordre du jour sur le blog Le Messager de Mboka Mosika à propos de l’expropriation dont sont victimes de nombreux musiciens de notre pays. Je viens de donner mon point de vue sur cette situation et j’espère qu’il sera publié. Je ne vais pas revenir sur ce qui a déjà été dit, mais je reviens sur des œuvres récentes de nos musiciens qui semblent avoir carrément plagié d’anciens succès d’autrui des années 50.

Dans « Santa » Papa Wemba chante «  Chéri na ngai aboi ngai, alingaka nayokele oh » qui me rappelle celle d’un des précurseurs de la musique congolaise dont je ne me souviens pas du nom. Dans une des chansons du concert de feu Pépé Kallé à Abidjan, il est question de la reproduction intégrale de « Bakule Bakule oh », chanté par Landot Rossignol Cantador avec l’orchestre Roch-À-Mambo.  Dans « Nostalgie », Lita Bembo chante « Mama eh mokolo nakokufa nayebi naino te », un extrait de « Ma Youyou simba ngai, kobanga eloko te oh… » d’Essous Serge, un autre de ces grands musiciens, chanteur, compositeur, saxophoniste et clarinettiste dont on ne parle pas souvent mais qui a largement contribué à l’épanouissement de la musique congolaise des deux rives. Je crois que Jean-Serge Essous est encore vivant.

Si j’étais un chroniqueur de musique à la radio ou à la télé, je le ferais parler.

C’est une source intarissable qui en sait plus que nous. Il a été de tous les combats avec le Rock-À-Mambo, l’African Jazz, l’O.K. Jazz, les Bantous de la Capitale, African Team, etc.  Et quel virtuose et arrangeur !

 

Bon. Continuons !  On a, à une certaine époque,  reproché à Joseph Kabasele d’avoir plagié des chansons cubaines, je ne me souviens plus lesquelles, mais je me rappelle « A moins que namikosaka » de Vicky Longomba. Je suis en train de l’écouter en ce moment même. C’est exactement la réplique d’une chanson cubaine dont le titre m’échappe. Elle est tout simplement interprétée en lingala et Franco y est allé de quelques prouesses dont il avait le secret. Je me demande si ces musiciens et d’autres ayant fait la même démarche avaient le droit de le faire. N’étant vraiment pas trop au parfum du domaine des droits d’auteurs, je n’oserai pas trop me hasarder là-dessus.

 

S’inspirer d’une vieille œuvre appartenant à autrui n’est pas un crime en soi. Bien au contraire. Lorsque j’ai entendu pour la première fois la chanson « Maya » de Simaro Masiya Lutumba, elle m’a rappelé « Bamonaki yo » de Tino Baroza accompagné par le Grand Kallé. Celle-ci disait : « Mbala liboso yo okendeki motako, yo moko oyebi », celle du poète : « Mbala ya liboso okendeki Isiro ezalaki kaka boye » Les paroles ne sont pas exactement les mêmes et surtout pas la mélodie ni l’exécution. Ça, ce n’est pas du plagiat mais du grand art !

 

Tous les auteurs du monde puisent leur inspiration quelque part. Tout ce qui existe l’a été déjà (Ecclésiaste 6:10) Le génie, tour de magie c’est de pouvoir transformer ce qui existe déjà en ce qui n’existe pas, de créer du nouveau en partant de l’ancien (Genèse 2 : 21-22), de présenter quelque chose d’original, cette originalité que recherchent les producteurs, distributeurs et les patrons de maisons d’édition.

 

Un conseil à vous tous, auteurs de notre pays: De grâce, faites enregistrer vos œuvres avant de les faire publier de peur de vous les faire voler. C’est ce que moi-même je fais pour mes scénarios. Si vous êtes un artiste, qui reprenez des airs et citations d’antan ou qui brimez vos musiciens en leur volant sciemment leurs droits d’auteurs, faites gaffe car les gens ne sont plus aussi naïfs qu’ils l’étaient auparavant. Un jour, vous risquez de frapper un mur et de vous retrouver impliqué dans un procès où il vous faudra débourser des millions. Et où trouverez-vous cette bagatelle somme? Attention, mpila mosi keba !

 

 

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