Bawele mpifo, le nerf de la guerre.
BAWELE MPIFO ou LE NERF DE LA GUERRE.
Dans mon article d’hier intitulé « C’était trop beau », j’ai parlé du séjour de Pierre Kazadi alias Chantal et de sa contribution dans Fiesta Sukisa . Je tiens à faire quelques mises au point.
D’abord, Docta Kasanda a composé des chansons depuis l’African Jazz notamment lorsqu’il s’agissait de tubes où la guitare prédominait, Mais je doute fort qu’il ait été un bon parolier. Je soupçonne donc qu’il a pu de temps à autre recevoir de l’aide d’un compositeur anonyme. Le Seigneur Ley n’a-t-il pas fait sienne la chanson « Fétiche d’Afrique », une composition de feu le président Léopold Sédar Senghor du Sénégal ? Il n’y a pas de mal à ça. Céline Dion fait parfois appel à Jean-Jacques Goldman !
Ensuite, Chantal et Sangana n’étaient pas les seuls artisans du succès de l’orchestre. Pour la période décrite, 1966-1967, après la défection de Kwamy, Fiesta Sukisa était composé de Dr Nico à la guitare solo ; Déchaux Mwamba à la guitare d’accompagnement; Zorro à la basse; Apôtre et Mizele au chant; Michel Ngoualali à la clarinette; Bovic Bondo pour la musique pop; De Puissant à la batterie. (Je peux me tromper, ça fait très longtemps) Après il y a eu d’autres éditions de l’orchestre dont l’avènement de Lessa Lassan ou de Josky Kiambukuta sur lesquels je ne m’attarderai pas puisque je n’étais plus vraiment là pour des raisons d’études ou professionnelles. Mais une chose est certaine, à l’époque où j’ai côtoyé Chantal et Sangana, Lessa-Lassan ne faisait pas encore partie de l’orchestre. Ah ! J’allais oublier. Plus tard, en 1980, j’ai filmé des spectacles d’Abeti Masikini au Ciné Palladium et à l’hôtel Intercontinental. Gérard Akweson et elle étaient devenus mes amis mais j’ignorais à l’époque qu’ils feraient plus tard appel à Docta Kasanda pour leurs tournées ouest-africaine et européenne. Le virtuose guitariste avait donc repris du poil de la bête ! Cela aussi a dû se passer lorsque je n’étais plus là. Veuillez donc m’excuser d’avoir écrit que, à la période où je le fréquentais, Nico avait perdu sa motivation. J’aurais dû dire : « donnait l’impression d’avoir perdu sa motivation… (monoko ezangaka libaku te) En tout cas, peu importe ce qui a pu se passer après moi, Dr Nico restera le « dieu » incontesté de la guitare. Je pense que s’il avait pu garder Sangana et Chantal, deux compositeurs et chanteurs qui s’entendaient bien comme larrons en foire, aux côtés d’autres chanteurs de soutien comme Paul Mizele et Apôtre, son orchestre aurait pu se maintenir plus longtemps au zénith.
Autre chose. Efféminé ne veut pas dire pédé. Je ne lui ai pas connu de blonde attitrée à Sangana, mais je le voyais courtiser des nanas. Le seul problème avec lui, c’est vrai, c’est qu’il lui arrivait d’avoir un petit échange verbal sans conséquence avec l’une ou l’autre parce que lui-même « azalaki monoko mpe matumoli » mais pas méchant. Certaines femmes n’appréciaient pas toujours.
Il avait aussi un tantinet des réactions puériles comme on peut l’entendre dans l’introduction de « Je m’e fous » !
-Vieux De Cantonio, nalingi nabala ; mais yo olobi ete nakoki naino te…
Bon. Venons-en à un autre sujet avec Dr Kasanda, à cette guéguerre qu’ils se sont livrée, Tabu Ley et lui, après l’éclatement de l’orchestre African Fiesta. Il y a eu des quolibets de part et d’autre. Écoutez donc :
Dr Nico :
-Boya kotala libata ameli nguma, likambo ya kokamua.
-Kasi leki, kopesa ngai faute te, ndeko, bozoba na yo moko. Na engagé yo
na African Jazz mpe na sima na African Fiesta…Nyonso bokosalaka,
bokokoka ngai te ; nayebi nganga na bino…azalaka na Lowa…
- Ah ! Nde yo ozalaka boye, oh, dis eh ! Mayele ya bomoto esila…
- Okotika koloba se yo moko lokola likala ya moto.
Ce rappel est pour dire à nos mélomanes que les « mbokela » ne sont pas un fait nouveau entre les musiciens. Ça se passe au nez et à la barbe des messieurs de la Commission de censure qui doivent dormir au gaz ou s’être infecté de forte doses de Propofol. Continuons ! Franco a connu la même situation avec Jean Munsi alias Kwamy. Ils se sont lancé des flèches: « Faux millionnaire », « Course au pouvoir », « Mopepe ya mbula elekaki », « Chicotte », « Camarade ya Kinshasa » etc. Le même Ya Fwala, en direct à la télévision de la RTNC en pleine émission « Variétés Samedi Soir » au studio Maman Angebi, s’en est pris à Roger Izeidi : « Teka masanga, tika kotekaka bato eh ! » … « Toyeba yo, mosala na yo se koteka bato »... « Bakonzi bopesa bango médaille ! » Auparavant, Rochereau s’en était pris à un de ses anciens chefs d’orchestre : « Moto asila, alingi kaka kotingama », « Nakende mobembo, balobi ngai nasali nzembo, mpo baluka moto ya Rochereau, muana ya Tabu » Même les précurseurs de notre musique sont passés par-là : « Botiaki tembe na Wendo » ? (Wendo) ; « Ah, ah, bakoka biso te (Paul Muanga) « Tel père, tel fils » Ne vous étonnez donc pas que les Papa Wemba, Koffi Olomide, Kester Emeneya, J.B. Mpiana, Werrason, etc…leur aient emboîté le pas. Quand un orchestre se disloque ou lorsqu’un musicien quitte un orchestre pour former son propre groupe ou encore lorsque deux orchestres se disputent le marché, ce n’est jamais du gâteau et tous les coups sont permis. Le nerf de la guerre ! « Bawele mpifo, ntina na ! » dixit Justin Marie Bomboko.
Le gars qui changera ça méritera le Prix Nobel de…à vous de trouver le terme exact !