Bonana noir chez les Noirs.

Publié le par Vieuxvan

Bonana noir chez les Noirs.

Cela fait assez longtemps que j’entends nos élus se plaindre de leurs salaires non payés. Je viens de lire cet extrait de la revue de presse d’hier parue sur Digital Congo. 

« LA REFERENCE PLUS donne les raisons qui expliquent que les salaires soient impayés à ce jour. Faisant son mea culpa le 28 décembre dernier devant les parlementaires, Adolphe Muzito a laissé entendre que « les recettes de l’Etat ne rentrent pas comme prévu dans les caisses ». Ce qui contraint le gouvernement à suspendre une bonne partie des dépenses pendant ces trois derniers mois. »

Il m’est très difficile d’imaginer cette situation avec toutes les recettes provenant de nos minerais, de la douane et des impôts. Quoi qu’il en soit, la taille de nos ministres est déjà pantagruélique et leurs salaires le sont en conséquence.

Les retards de salaires ne sont pas un scoop. Les fonctionnaires congolais subissent cet affront depuis des lustres. Nous, à Télé-Zaïre, même si nos salaires ne passaient pas à l’histoire et n’avaient surtout pas de quoi pavoiser, nous étions quand même payés à temps. Mais, trois jours plus tard, après nous être acquitté de notre loyer et acheté un sac de foufou, il ne nous restait plus rien. Heureusement que nous avions des relations qui nous payaient notre « taxi » lorsque nous revenions de chez-eux après une visite de « courtoisie » Vous comprenez pourquoi le fait d’avoir des citoyens bien nantis parmi nos relations était mal perçu par certains dirigeants de la boîte.

Les militaires, eux, se sont souvent plaints de percevoir leurs salaires en retard. Seulement, eux, ils savaient comment se servir –et non servir- avec les « madeso ya bana » pour se tirer d’affaire. Et c’est le peuple qui écopait. Il y a eu des barrages sur la route du Bas-Zaïre où des gendarmes attendaient les chauffeurs rentrant à Kinshasa avec des passagers et des marchandises. Il fallait qu’ils casquent. Et cela se passait au su et au vu des autorités. Dans un régime militaire, le désordre est institutionnalisé. Il fut aussi une époque où des militaires vous attendaient la nuit au coin d’une rue et vous demandaient d’exhiber vos pièces d’identité. Rien ne justifiait ces patrouilles puisque le pays n’était pas en guerre et que la ville était sécuritaire. Tout cela était la conséquence logique des retards de paie des soldats. J’en parle parce que me suis souvent retrouvé dans cette situation, vu que je terminais tard à Télé-Zaïre et que je n’étais pas véhiculé. Et puis, avec tout le stress qu’occasionnait le travail de réalisateur d’antenne, je m’arrêtais souvent quelque part pour prendre un bon verre de bière, ce qui me permettait de décompresser. Il faut dire que, avec le temps, nombre de militaires me connaissaient de nom et jetaient à peine un regard à mes cartes d’identité et de presse.

Quand je repense à ces contrôles d’identité bidon, comparativement à la sainte paix dans laquelle nous vivons ici où cette pratique n’a jamais lieu, ça fait un très grand changement. Ici, je croise rarement des militaires. Ils demeurent dans leurs casernes. Lorsqu’ils se baladent en ville pour visiter de la famille, ils ne font pas de vagues et se comportent comme des civils.

Je ne m’attendais pas vraiment, à moins d’un miracle, que le rançonnement de la population pour suppléer aux paies des militaires et fonctionnaires prenne fin.  Il y a quand même eu un répit lorsque Laurent-Désidé Kabila a pris le pouvoir et que les mains prises au sac étaient sectionnées. Hélas ! Les gens qui résistent aux forces occidentales ne font pas long feu au pays. Kabila-père mort, le ballet du rançonnement a repris de plus belle !

Aujourd’hui, ce sont les ministres qui grincent les dents à cause de retards de salaires. Avec le denier faramineux qu’ils se tapent, ne peuvent-ils pas faire quelques économies  comme le fit la fourmi de la Fable ? Si eux se plaignent, qu’en est-il du petit peuple qui vit continuellement d’expédients et au jour le jour ?

Je me demande comment le peuple a fêté le Nouvel An à Kinshasa, sûrement dans la dèche ! Quand je pense que, à notre époque, malgré nos salaires de misère, j’arrivais à acheter un bouc et une dame-jeanne de vin de palme au marché de Simba Zikida  et que je recevais ma famille élargie pour trinquer ensemble à l’occasion de chaque Nouvel An ! Si moi, un pauvre diable, étais capable de fêter avec pompe, qu’en était-il des ministres et bourgeois ? Si aujourd’hui  les ministres passent les Fêtes de Nouvel An en se serrant la ceinture, qu’en est-il des gagne-petit et sans-emploi ? C’est la misère et la désolation à coup sûr !

Bonana en RDC ! On broie du noir chez les Noirs !

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