Kinshasa va-t-elle disparaître? # 4.
Kinshasa va-t-elle disparaître ? # 4.
Je suis de plus en plus choqué de voir que des gens tournent Kinshasa en dérision en l’affublant de l’épithète peu élogieuse « Kin-la poubelle » Qu’est-ce que j’en pense personnellement ?
Avant de quitter le pays, j’ai connu des inondations aux abords de la rivière Kalamu et aussi des caniveaux bouchés à Matonge notamment, ce qui engendrait des moustiques dans le quartier. En 1971, à mon retour de Paris et alors que je faisais mes premiers pas à la RTNC, j’ai habité sur la rue Befale. Je puis vous dire qu’il m’était impossible de trouver le sommeil. Ça bourdonnait de toutes parts et je n’avais pas de moustiquaire. Moi, ce n’est pas la piqûre de cet insecte qui m’agace, c’est son bourdonnement. Finalement, mon épouse et moi avons décidé de déménager à Limete.
L’autre bestiole qui m’énervait, c’était la mouche. J’étais toujours mal à l’aise lorsque, en prenant un verre de bière dans la journée, je voyais une mouche essayer de se poser dessus. Pour moi, la mouche est un insecte qui ne choisit pas où se poser. Dans ma tête, elle est capable de ramasser du caca d’homme ou de la chiotte de chien. Or, avec des toilettes, plutôt des fosses sceptiques dans certains cas, ainsi que ces tas d’immondices qui jonchaient la rue, on ne pouvait pas vivre à l’abri des mouches.
C’est à cause de ces deux bestioles que j’affirme aujourd’hui que Kinshasa n’était pas si propre même à notre époque. Je croyais que la situation s’est améliorée 26 ans après que je sois définitivement parti du pays. Il semble que non.
Kinshasa, la plus grande poubelle du monde
« Chacun de tous ceux qui se sont succédés à la tête de la ville de Kinshasa ces dernières années nous a fait voir ce qu'il entendait par le mot salubrité. Certains se sont limités à la démolition des constructions anarchiques et d'autres se sont montrés fiers de mettre bien évidence une poignée de balayeurs sur les principales artères de la ville. »
Kinshasa, la poubelle urbaine par Cédric Kalonji- 28 mars 2009
« L’insalubrité ne dérange plus les Kinois qui sont habitués à leurs décharges publiques improvisées. Il n’est pas étonnant de retrouver restaurants et marchés sur des immondices dans la ville jadis appelée « Kinshasa la belle ». N’allez surtout pas leur demander de nettoyer, la réponse est connue : « l’état aya kotalela biso likambo oyo », Traduisez : « que l’état vienne résoudre ce problème », comme s’ils ne s’étaient pas encore rendus compte que les dirigeants sont beaucoup trop occupés à construire leurs villas, acheter des 4×4 et renflouer leurs comptes bancaires en occident. »
« Kinshasa la poubelle » par Cédric Kalonji
« La collecte et le traitement des ordures pose problème depuis un certain nombre d’années dans la capitale congolaise et je me demande bien si une solution sera un jour trouvée à ce problème. Il suffit de se mettre en hauteur pour se rendre compte que la ville de Kinshasa, est recouverte d’un tapis d’immondices. On ne parle plus de « Kinshasa la belle » comme jadis mais désormais c’est « Kinshasa la poubelle » Dans certains quartiers de la capitale, les habitants creusent des trous pour enterrer leurs ordures, dans d’autres c’est tout simplement le regroupement et du feu pour les brûler. Il y a aussi les récolteurs privés et il faut peut-être mentionner aussi ceux qui attendent la nuit pour vider leurs poubelles dans les rares canalisations encore existantes. »
La collecte des ordures ménagères est un facteur très important dans le maintien de la propreté d’une ville. Ici à Montréal, chaque semaine, les camions passent dans la rue une fois en hiver et deux fois en été à des jours fixes. Les résidents sortent leurs poubelles et leurs sacs la veille. Des travailleurs à bord de bennes appropriées payés par la Ville passent les ramasser. Il y a même une collecte à part qui se fait un autre jour de la semaine pour les produits recyclables : bouteilles, journaux, sacs en plastiques, etc. Évidemment, tout cela coûte beaucoup d’argent. À Kinshasa, apparemment, en croire l’article ci-dessous, les choses seraient en train de changer. UMOYA - RD.Congo: Kinshasa change plus vite que ses habitants
Cependant, voici deux articles qui semblent contredire sans équivoque celui cidessus. Les autorités urbaines sont carrément montrées du doigt.Ville province de Kinshasa : visibilité de gouvernance nulle !
Comme on peut le constater, les citoyens ont perdu confiance en leurs élus de la Ville. Ceux-ci semblent avoir le verbe facile mais quand vient le temps de passer aux actes, rien ne se produit. Kinshasa est de plus en plus sale. Voici l’extrait d’un commentaire émis par un voyageur de « Voyages France », un touriste étranger, et par conséquent neutre dans ses commentaires.
« La route d'une bonne vingtaine de kilomètres entre l'aéroport et le centre ville traverse les banlieues-bidonvilles où s'entassent des millions de gens. Les déchets ménagers jonchent les rues et les trottoirs, et cela s'aggrave dès qu'on pénètre réellement dans ces quartiers. »
Voilà qui est sans équivoque. Kinshasa est une ville qui fait présentement honte. Qu’est-il advenu de notre si belle capitale, la ville aux mille et nuits tropicales, qui faisait jadis l’envie des autres Africains et attirait de nombreux touristes occidentaux en quête de soleil et de soirées sensationnelles ? Est-ce là la « Lipopo Mboka », « mboka ko etonda kombo ebele » selon le Grand Kallé (Kinshasa fête na fête), que nous ont léguée les colons belges ? En ce moment, je suis occupé à écouter la chanson « Farceur » de Franco. Si j’avais une adresse à l’intention de notre classe politique, je chanterais: « Oh soni, oh, okoki na yo te, oh ! » Mon Dieu ! Toutes les villes du monde se modernisent. Nous, notre belle capitale s’enfonce de plus en plus dans la fange – que dis-je- merde ! Une image ne vaut-elle pas mille mots ? Or, celles que je vois sur Internet, qui nous montrent des quartiers inondés, des crevasses ici et là dans les 24 communes, les immondices qui crèvent les yeux, les meurtres commis par des inconnus, sont là pour nous confirmer que la situation est pourrie. Kinshasa s’étouffe ; Kinshasa agonise ; Kinshasa se meurt, mes amis ! Il y a-t-il en élu provincial dans la salle ?
Certains parmi vous doivent se demander pourquoi j’ai choisi ce titre « Kinshasa va-t-elle disparaître » La survie d’une ville ou de son peuple ne se limite pas à l’urbanisme. Les morts sur les routes, les maladies provoquées par les moustiques dont la trypanosomiase, les microbes transmis par les mouches, tout cela contribue à faire régner l’insécurité des citoyens. Est-ce là le fruit d’un demi-siècle d’indépendance ? Quand viendra enfin le salut? Dans cinquante autres années ?
Quel messie nous faudra-t-il attendre ? Jésus-Christ en personne?