Les bambins d'Haïti.
Quand on vit à l’étranger, on est souvent victime de canulars. C’est certainement le cas qui nous affecte avec cet article sur Koffi Olomide qui a semé une certaine panique auprès de ses nombreux fanatiques.
J’espère que Koffi lui-même ou un de ses proches apportera un démenti pour rassurer ses nombreux fanatiques. Le Grand Mopao a encore des années à vivre devant lui et je lui souhaite encore plus de succès. J’ai toujours apprécié les gens, comme lui, que Dieu a doté d’imagination. Ils ne courent pas les rues, croyez-moi !
Bon ! Poursuivons avec l’actualité qui fait la « Une » des médias écrits et électroniques du monde. Haïti à sac et à sang !
Je viens de recevoir un message de M. Pierre F. Lherisson à propos de mon article intitulé « Fétiches d’Haïti, fétiches d’Afrique » Il conteste le caractère satanique de la cérémonie de « Bois Caïman » et s’insurge contre le pasteur Pat Robertson. C’est son point de vue et je le respecte. Cependant, je ne suis pas d’accord lorsqu’il s’en prend à CNN et les autres qui, selon lui, dénigrent les dirigeants noirs d’Haïti, les traitant d’incompétents, pour préparer un terrain à un retour à la colonisation. Je crois que le moment est mal choisi pour de telles affirmations. D’abord, la catastrophe a été soudaine même si des preuves attestent qu’en 2008 elle a été prédite. Mais, personne n’y pouvait rien ? Ce n’est donc la faute à personne. Néanmoins, nous devons remercier les pays occidentaux qui sont accourus sur les lieux du cataclysme. Que serait-il advenu s’ils avaient laissé le président Préval et les cinq ministres, tous des sinistrés, se débrouiller tout seuls ? Le séisme d’Haïti aurait pu se produire n’importe où ailleurs. Qu’on se souvienne du tsunami. Je ne crois pas qu’il faille sortir des tiroirs les vieux clichés dont celui des Blancs méprisant les Noirs. Avons-nous vu comment le monde entier s’est mobilisé ? Avons-nous une idée des millions de sommes que des personnes de race blanche déboursent volontairement dans un geste spontané de solidarité ? Je ne vois pas le rapport avec des visées néo-colonialisme sur Haïti. Oublions tout le reste et concentrons-nous sur le présent. Ce présent a permis de constater que, advenant une catastrophe, peu importe le pays qui en est victime, le monde entier, toutes races confondues, est capable de se mobiliser. Je n’en reviens pas et j’apprécie énormément !
Nous restons en Haïti mais nous allons aborder un autre thème. La situation des enfants haïtiens. On a souvent reproché à la télévision québécoise de diffuser des émissions qui choquent par leur libertinage. Le sexe gratuit et la violence y sont souvent omniprésents à telle enseigne que les citoyens d’origine asiatique préfèrent regarder leurs propres chaînes. Mon épouse et moi-même avons dû faire bloquer sur nos récepteurs satellites certaines émissions projetant des films pornos ou cochons alors que les occidentaux semblent s’en accommoder sans poser trop de questions.
Plus que le sexe, c’est la violence qui monopolise actuellement nos chaînes de télévision. Certaines fois elle est visuelle comme dans les sports violents (hockey, boxe, football américain), les films de karaté (Karaté Kid, Ninja) , kung-fu (Jackie Chan, Jet Li), de gangsters ( mafia), fantastiques (Harry Potter) et d’horreur (Dracula); certaines autres fois, elle est verbale, c’est le cas dans « Caillou ». Ceux qui élèvent des enfants doivent faire bien attention pour assurer par eux-mêmes le contrôle parental des programmes que leurs garçons et filles regardent à la télévision. Habitués à la violence véhiculée par la télévision, les enfants d’ici développent de plus en plus des tempéraments agressifs et d’insubordination.
Ne les bousculez surtout pas de peur qu’ils n’appellent le 9-1-1 et que vous vous retrouviez dans de mauvais draps!
Les parents qui en ont les moyens possèdent plusieurs télés chez-eux avec des lecteurs de DVD, permettant ainsi à chacun de visionner le programme qui lui convient, indépendamment des autres. Quand nos petits enfants viennent passer des fins de semaine ou des vacances chez-nous, chacun d’eux s’isole dans son petit coin, qui pour regarder un film de Jet Li ou Jackie Chan ou Harry Potter, qui d’autre pour jouer au Nitendo, qui d’autres pour regarder un dessin animé, qui d’autre pour regarder American Idol. « De coloribus et gustibus non dispundamum est »
( À chacun ses goûts! )
Heureusement que nous sommes équipés pour y faire face. Malgré tout, nous ne pouvons pas nous trouver là et partout à la fois. Si un enfant veut se taper un film interdit à son âge, nous ne pouvons pas l’en empêcher. Il m’est souvent arrivé de surprendre un de nos petits-fils en train de regarder la télé à 2 heures du matin alors qu’il était supposé être couché ! Quand nous étions enfants au pays, même à l’âge adulte, nous avions peur des fantômes, des cimetières et squelettes. Les bambins d’ici, eux, ne sont pas effrayés du tout. Tout est démystifié. D’ailleurs, à l’Halloween, que de costumes de fantômes et monstres ne voyons-nous pas accrochés ou pendant à l’entrée des immeubles ? Les enfants se disent que ce ne sont que des accessoires fictifs et que diable, démons et fantômes n’existent que dans l’imaginaire.
Ces jours-ci, avec l’actualité qui est dominée par les images du séisme d’Haïti, les chaînes généralistes nous bombardent avec les scènes d’horreur - et ce sont souvent les mêmes qui reviennent - que vivent les Haïtiens et les secouristes qui sont à Port-au-Prince. Même si certains enfants regardent des films sur DVD et des émissions pour leur âge ou qu’ils jouent au Nitendo, leur regard accroche de temps en temps les images diffusées aux nouvelles. Je les sens des fois se figer lorsqu’ils voient une atrocité. Hier, un journaliste de TVA interviewait de jeunes enfants haïtiens. Ils ont dit être affectés par le flux et la redite des images atroces. Ils n’ont pas tout à fait tort, mais l’actualité c’est l’actualité! Ces maisons effondrées, ces blessés couverts de pansements, ces morts qui gisent par terre, ces cadavres jetés dans des fosses communes ou que l’on brûle, ces secouristes qui se cachent le nez à cause de la puanteur, ces visages de journalistes inconnus, ces avions et hélicoptères qui sillonnent l’espace aérien, tout cela ne relève pas de la fiction à laquelle les films d’horreur et l’Halloween les ont habitués. Cette fois-ci, il s’agit de la réalité. Pauvre Haïti ! On aurait dit Hiroshima au lendemain du 6 août 1945 !
Quand nous vivions à Kinshasa, de voir toutes ces veillées funéraires et ces fourgons mortuaires mettaient certaines personnes mal à l’aise qui se demandaient quand viendrait leur tour de quitter la terre des hommes. Ici, les morts se pleurent dans des salons funéraires. C’est à peine si l’on voit leurs cortèges funèbres lorsqu’ils sont conduits au cimetière. Certains même n’en ont pas besoin puisqu’ils se font incinérer.
En 1974, lors d’une de mes missions à Kisangani à l’époque où j’étais réalisateur à Télé-Zaïre, j’accompagnais une équipe d’une chaîne de télévision allemande qui effectuait un reportage à Kisangani. Les journalistes allemands ont recueilli des propos qui expliquaient que, suite aux horreurs vécues lors des événements sanglants qui ont endeuillé la région après l’indépendance, beaucoup de gens souffraient encore d’un traumatisme qui se traduisait par de l’agressivité et même, dans beaucoup de cas, chez les hommes, une certaine insensibilité. Par ailleurs, il y avait tellement eu d’hommes tués que les rescapés avaient acquis un cœur de pierre et n’hésitaient pas à user de violence parfois par motif de jalousie ou pour une simple peccadille. Ils étaient restés marqués, traumatisés.
Ceci nous ramène à notre sujet d’actualité, à savoir l’enfer haïtien. Je me demande si les survivants de ce cataclysme ne développeront pas de l’agressivité à long terme. Je plains particulièrement les enfants haïtiens qui sont au cœur de la tourmente, eux qui, depuis bientôt une semaine côtoient des dizaines de milliers de morts gisant en pleine rue ou dans les décombres ainsi que des centaines de milliers d’amputés ou blessés. Ces scènes-là se s’effacent pas de la mémoire du jour au lendemain. Ils en garderont le souvenir très longtemps. Je crois qu’il sera très difficile de les soumettre tous à la fois à quelque cure ou programme de soins psychologiques capables de les guérir de leur traumatisme car c’est bien de ce mal qu’ils vont être affectés des années durant.
« Après la pluie, le beau temps » dit un adage bien connu. Il ne s’applique malheureusement pas cas dans le débat qui nous concerne. C’est très dur, ce que vit actuellement le peuple haïtien. Une véritable vision de fin du monde ! La catastrophe va laisser des séquelles à coup sûr ! Ce que je déplore, c’est que, dans les articles et les reportages, les enfants haïtiens ne font pas partie des priorités. Pourtant, ce sont eux les plus affectés à cause de la fragilité dû à leur âge précoce. J’espère que les instances internationales qui se penchent sur le sort actuel d’Haïti se posent la question et qu’ils en chercheront des solutions appropriées.