Qui est Kinois?Qui est Kinois ? SACHA DISTEL & DALDA " SCANDALE DANS LA FAMILLE Qui est Kinois ? La question m’a été posée par un de mes lecteurs. Je sais que ceux qui se considèrent comme d
SACHA DISTEL & DALDA " SCANDALE DANS LA FAMILLE
Qui est Kinois ? La question m’a été posée par un de mes lecteurs.
Je sais que ceux qui se considèrent comme des Kinois authentiques, les « Bana Kin », traitent souvent les autres de « mvenants », « mapela », « movila » et autres qualificatifs. J’ai juste une question à vous poser. Si vous avez la nationalité canadienne et que vous résidez à Montréal, pour qui vous considérez-vous ? N’êtes-vous pas Montréalais ? Je pense qu’oui ! La même situation s’applique à New York, Paris, Los Angeles, etc.
Chez-nous, à Kinshasa, on fait la différence entre ceux qui sont nés à Kinshasa et ceux qui sont venus d’ailleurs. Vu de ce point de cet angle-là, nous sommes plusieurs faux Kinois. En effet, Franco n’est-il pas né à Nsona-Bata ? Moi-même, j’ai vécu mon enfance à Thysville (Mbanza-Ngungu). Est-ce à dire que Papa Wemba, Lita Bembo et autres, nés après nous, sont plus Kinois que nous ? Mon fils Risée Mansevani, né en 1969, est-il plus Kinois que moi ? Si je demande à ce dernier de me situer tel lieu historique de Kinshasa, il ne sera peut-être pas en mesure de le faire. Moi, par contre, je peux vous décrire Léopoldville de mes vieux souvenirs, telle que je l’ai découverte depuis 1954. Je peux vous citer l’emplacement des écoles primaires, des églises, des bars-dancings, des marchés dits « wenze ». J’ai connu ou rencontré personnellement, à l’âge adulte, des citoyens ayant inspiré les noms de nos quartiers dont Ngunza (émission La Kinoise), Pierre Mombele (ami de Georges Luemba) , Mfumu Ngandu (quand je fus secrétaire communal de Ndjili), etc. Je connais pratiquement tous les terrains de football de l’ère coloniale pour avoir été joueur et que nous nous livrions des matchs de quartiers à notre époque. Bien sûr, comme j’étudiais dans un internat à Mbansa-Mboma, il fallait attendre les grandes vacances mais mes copains et co-équipiers de quartier étaient heureux de me retrouver avec mes « faux » plongeons.
Kinshasa a connu ses Kinois selon les générations. Avant nous, il y a eu d’autres générations entre les années 20 à 40. Ce sont des espèces en voie de disparition, tels que Mwanga Paul, Wendo Kolosoi, Lucie Eyenga, Maman Angebi, Maman Lisanga, maître Ngombe alias Taureau et autres. Il en existe encore qui sont vivants. Ces gens-là sont de véritables mines d’or pour ceux qui veulent vraiment connaître l’histoire de Léopoldville.
En 1954, lorsque j’ai foulé pour la première fois le sol de Léopoldville, il existait un bureau de la population indigène communément appelé « la Cité », qui était situé au Pont Cabu, non loin de l’actuel Stade des Martyrs. Tous les Kinois et les nouveaux arrivants y étaient enregistrés et recensés. Ceux qui désiraient devenir des résidents permanents devaient fournir la preuve qu’ils avaient fait l’objet d’une mutation. Pour vivre à Kinshasa, il fallait occuper un emploi. Les Belges étaient bien organisés. Le chômage était presque inexistant et il y avait des logements construits par l’Office du logement pour le compte de compagnies qui y logeaient leurs employés dans des conditions assez décentes : Renkin, Lemba, Matete, Moulaert, Chrit-Roi, Camp Colonie, Citas, Onatra, Yolo pour tout le monde. Il y avait juste 13 communes bâties sur des terrains appropriés. Examinez par vous-même s’il y a des érosions dans les anciennes communes que sont Ndjili, Matete, Gombe, Lingwala, Limete, Kalamu, Kasa-Vubu, Ngiri-Ngiri, Bandalungwa, Lemba, Kintambo, Barumbu et Kinshasa, etc. Il fallait une autorisation spéciale juste pour passer ses premières vacances à Kinshasa pour ceux dont la résidence principale des parents n’était pas Léopoldville. Kinshasa comptait à peine 250 mille habitants ! Quand je vivais au Camp Nicolas Cito (Kauka) en 1954, il y avait un chemin de fer qui séparait le camp en deux : à l’est la partie attenante à Immo -Congo et au stade Tata Raphaël, en face de l’école primaire St-Jean Berckmans ; à l’ouest l’autre partie faisant face à Yolo-Nord. Il a été enlevé lors du prolongement de l’avenue de la Victoire. À l’époque, les locomotives carburaient au charbon. Ceux qui ont déjà reçu un éclat de poussière dans l’œil s’en souviennent; les toilettes, douches et lavoirs étaient publics ; les gens roulaient à vélo ; la mode de coiffure des hommes sur la tête, c’était la raie à la façon de Patrice Lumumba ; les sapeurs adoraient la gabardine et la chemise Arrow, surnommée « Mitoga » ; il y avait une sorte de Bois de Boulogne entre Yolo et Makala où les filles de joie racolaient les passants.
C’est après l’indépendance que les choses ont changé. Le bureau de la population indigène a été supprimé et la tâche a été confiée à chaque commune. Je m’en souviens encore. À partir de 1965, à Ndlili, nous recevions la visite de filles nouvellement arrivées à Kinshasa. Certaines n’avaient pas de quoi justifier leur nécessité de s’installer dans cette commune. Elles s’arrangeaient pour séduire les préposés aux bureaux des quartiers. Elles arrivaient plus que jamais déterminées à payer en nature, bien vêtues, bien maquillées, bien parfumées avec un sourire enjôleur qui en disait long. Il fallait chauffer au bois mou pour résister à de tels charmes. Imaginez-vous quelle tentation guettait le secrétaire communal à peine âgé de 21 ans que j’étais ! Qui plus est, je n’étais encore ni marié ni intronisé « pape » Rassurez-vous ! Maman Jeanne Lutondo, mon épouse, est une Kinoise et Ndjiloise authentique. Ce n’est pas à la commune ni dans un bistrot que je l’ai rencontrée.
Revenons-en à Kinshasa ! Si elle compte 8 millions d’habitants, c’est la faute à nos dirigeants qui n’ont pas su planifier et ont laissé chacun n’en faire qu’à sa fête. La ville est devenue conséquemment surpeuplée, constamment inondée, bouffée au jour le jour par les érosions, livrée au chômage chronique, victime de pénurie d’eau et coupures d’électricité et j’en passe !
Voilà le témoignage du Kinois de la génération des années 50 que je suis. Et pourtant, je ne connais rien, comparé à d’autres plus âgés et plus anciens kinois que moi. Et, qui suis-je, moi, pour me moquer de ceux qui sont devenus résidents après moi ? Toi, qui ris des autres en les qualifiant de « mapeka », que connais-tu au juste de cette ville ? Qu’as-tu fait jusqu’ici pour cette ville ? Penses-tu que les résidents d’autres villes du pays sont moins importants que toi ?
Pour moi, un Kinois, c’est celui qui fait preuve d’un bon jugement, qui ne se laisse pas intimider, qui participe aux événements heureux ou douloureux réunissant les Kinois et qui surtout prend à cœur le bien-être des habitants de sa ville, Kin-La-Belle !
Le silence est d’or. Ce sont les tonneaux vides qui font beaucoup de bruit !
À demain !