Qui ne dit mot consent!
QUI NE DIT MOT CONSENT !
Je n’aime pas tellement aborder des sujets politiques parce que je ne suis pas expert en la matière et aussi parce que, en politique, il est souvent difficile de savoir où commence la vérité et où elle finit. Si vous lisez des histoires d’espions, vous vous rendrez compte que les paroles de certains hommes politiques ne valent pas un radis et qu’ils peuvent faire volte face d’un moment à l’autre, ce qui a coûté cher à bien des espions qui ont été dénoncés par ceux-là même qui étaient leurs anciens employeurs. Ceci dit, je suis Congolais et il faut que j’intervienne, malgré moi, dans certains dossiers lorsque les intérêts de mes compatriotes bafoués. Je le fais peut-être maladroitement, n’étant pas au parfum de tout. Mais, au moins, je fais entendre ma voix à la place de millions d’autres plongées dans un silence comme si on leur avait mis le bâillon.
Dans mon article intitulé « Les pépites de la mort », j’ai émis le vœu de voir Christophe Ngbenye collaborer avec le gouvernement actuel afin de permettre à la R.D.C. de récupérer les lingots d’or stockés au Soudan. L’intéressé avait entre autres confié au journaliste Essolomwa Nkoy ea Linganga du journal Elima qu’il était le seul survivant de ceux qui avaient fait sortir ces lingots du pays. Je viens de prendre connaissance du rapport de la Commission des Biens Mal Acquis rédigé en 1992 et je me rends compte que la version de celui-ci diffère de la sienne à bien des égards. D’abord, l’intéressé a prétendu être le seul survivant de ceux qui étaient au courant de cette opération. Or, d’autres témoins sont encore vivants dont Mandungu Bula Nyati. Et puis, il n’y pas qu’au Soudan mais aussi en Ouganda que cet or est stocké. Enfin, l’ancien chef rebelle a voulu se faire passer pour un héros en affirmant n’avoir jamais tenté de s’approprier de ces lingots d’or. Le rapport de la Commission le contredit.
« Il appert assez clairement qu'au moins dans le cas de ce transfert vers
l'Ouganda, les intéressés étaient mus par des motivations bassement triviales,
ce que confirment leurs démarches respectives auprès du colonel IDI AMIN
pour s'approprier à titre individuel une partie du lot. »
Puisque Ngbenye a été entendu par la Commission, il appert qu’il a sciemment menti à Essolomwa. Ce dernier, qui est l’éditeur d’un grand journal et qui est un vrai professionnel, aurait dû être au courant de ce rapport de la Commission diffusé en 1992 et qui est à la portée de tous ? À tout le moins, il aurait dû faire remarquer à son vis-à-vis qu’il proférait des mensonges ? N’est-ce pas lui qui a dénoncé les frasques du régime Mobutu dans l’un de ses ouvrages ?
Dès lors, une conclusion s’impose. Lui aussi nous a menti, n’a pas bien fait son travail ou il y a peut-être autre chose ? Quoi ? Je me demande combien de mensonges sont proférés par les dignitaires de notre pays, ceux-là même en qui nous plaçons notre confiance et qui paraissent au-dessus de tout soupçon ? Que dire de cet autre passage contenu dans le rapport de la Commission ?
« Le PDG ATUNDU a pris l’initiative d’un marché de gré à gré pour
l’aménagement du 19e étage du building GCM sis boulevard du 30 Juin
pour un montant de 539 000.00 USD en faveur de la société Module Z,
sans l’aval du Conseil d’Administration, pourtant requis pour ce genre
d’investissement. Il ordonnera deux paiements injustifiés en devises en faveur de Monsieur
KIN-KIEY MULUMBA, éditeur de l’Hebdomadaire Le Soft de Finances, soit
5 000.00 USD en 1991 et 50 000.00 USD en mai 1992. Pour ce dernier paiement, le PDG a déclaré que Monsieur KIN-KIEY lui ayant annoncé anticipativement son élection comme meilleur PDG de l’année 1992, il lui avait fallu contribuer à l’organisation de la fête en la circonstance. »
À qui faire confiance si nos meilleurs journalistes se font, eux aussi, prendre au piège de la malhonnêteté ? Au vu du dossier Atundu-Mulumba Kin-Kiey, faut-il en déduire que les Prix décernés lors des galas d’hommes d’affaires, journalistes et artistes n’échappent pas au trucage ? Ouf ! Passons à autre chose !
Notre pays a reçu des milliards, notamment du Japon et de pays occidentaux, en aides internationales, conventions de développement, dons, legs et contributions spéciales. Tout cela a été détourné ou distribué à des membres de famille ou proches de certains dirigeants sans que les bénéficiaires aient rendu un service quelconque à la nation ! Sacredieu !
En lisant ce rapport au complet, je me suis rendu compte que nos leaders politiques, particulièrement ceux qui dirigeaient le M. P.R. nous ont pris pour des caves. Pendant qu’ils propageaient le slogan « M.P.R.=Servir et non Se servir », eux-mêmes se servaient à profusion. La zaïrianisation a fait très mal à notre pays. Quand je pense à tous ces hommes politiques qui se sont vu attribuer tant de biens, sans aucun critère de sélection et qui les ont mal gérés, je suis resté abasourdi.
Il n’y a pas eu que la zaïnianisation. Il y a eu de nombreux cas de vols, spoliations, escroqueries, détournements, extorsions, abus d’autorité, trafics d’influence, corruptions, usurpations de pouvoirs, concussions et autres. En tout cas, les membres de la Commission ont fait un excellent travail.
Cela fait dix-sept ans que ce rapport a été produit. Qu’en est-il des propositions et recommandations qu’il a émises ? Certains coupables ont été condamnés à restituer les biens mal acquis, d’autres à rembourser des sommes volées ou escroquées, d’autres encore devaient être mis à la disposition de la Justice. Qu’en est-il au juste ?
Parmi les créanciers ou coupables, beaucoup sont passés de vie à trépas. C’est le cas de Mobutu Seses Seko, Kamitatu Masamba, Litho Moboti, Ignace Moleka Liboke, etc. Qui remboursera à leur place ? Leurs veuves ? Leurs héritiers?
En ce qui concerne les autres, les Atundu, Lomata, Nyamwisi, Bossekota, etc., il semblerait qu’ils soient encore en vie et continuent de se la couler douce ?
Il m’arrive de me demander s’il y a encore un seul dirigeant intègre dans notre pays et même dans tout le continent. Le grand coupable, à mon avis, ce n’est pas eux-mêmes, mais le peuple qui continue à les porter au pouvoir. Quelqu’un me fera remarquer sans doute que les pauvres sont comme des moutons de Panurge et que « ventre affamé n’a point d’oreille » ? C’est vrai. Décidément, l’Afrique donne l’impression de ne pas vouloir changer du tout.
À qui la faute si les mêmes leaders prédateurs continuent de se faire porter au pouvoir ? Il est vrai que « ventre affamé n’a point d’oreille ! » Un peuple affamé est à la merci des politiciens acheteurs de votes pour des miettes de pain. En tout cas, les démocraties africaines ne sont que des leurres. La loi du plus fort continue à asservir notre peuple. C’est peut-être ce dernier lui-même qui, à force de recevoir des coups et de ravaler sa frustration, est devenu suicidaire ? La corruption n’est pas le seul apanage de l’Afrique, il est vrai. Cependant, la démocratie et la libre expression aidant, notamment celle de la presse, dans des pays comme les U.S.A. et le Canada, il y a bien longtemps que des saisies des biens des coupables auraient été opérées et qu’eux-mêmes se seraient retrouvés croupissant dans quelque geôle en train de méditer et de payer pour leurs forfaits.
La R.D.C. dispose actuellement d’institutions démocratiques qui semblent vouloir bien faire leur travail. Alors, qu’est-ce qui empêche l’exécution des mesures et propositions émises ? Pourquoi ce laxisme ? Tous ceux qui ont volé, triché, mal géré ou menti doivent payer. Il est temps que la Justice s’applique à tout citoyen qui contrevient à la loi. Qu’on saisisse et qu’on emprisonne sans égard à la personne ! Autrement, je dirais à nos représentants actuels, ceux qui siègent au Sénat et au Parlement qu’ils cautionnent le mal car, ne dit-on pas: « Qui ne dit mot consent ? »