RD Congo -le passage obligé
Ça y est ! C’est reparti ! La caravane présidentielle est en route. C’est un sujet que je n’aime pas aborder. Néanmoins, lorsqu’un article ne fait pas mon affaire, je m’assieds devant mon clavier et je me mets à écrire. J’ai lu, il y a quelques jours, l’article ci-dessous.
E.Tshisekedi candidat à la présidence de la République en RD-Congo, et après? Congo Tribune du 3 septembre 2010
Dans la même foulée, je viens de suivre sur TV5 une entrevue de madame Justine Mpoyo Kasa-Vubu qui se plaint de l’ingérence du bloc européen dans les dernières élections législatives. Je n’ai pas besoin de m’y attarder ni surtout pas d’entrer dans les détails. Je voudrais seulement relever deux réalités.
La première est que tous les pays d’Afrique saharienne dépendent pratiquement de l’Occident. Cinquante ans après l’indépendance, aucun leader d’Afrique subsaharienne n’a pu gouverner sans une économie supportée par quelque pays européen. Il va de soi que cela arrange les pays occidentaux qui sont toujours à la recherche de nouveaux débouchés dans leur propre intérêt. Le vieux continent est vieillissant, nul n’en doute. Pour les milieux capitalistes, les affaires sont les affaires. L’Afrique est un nouveau continent au plan de sa découverte. Elle regorge encore de beaucoup de richesses naturelles qui ne demandent qu’à être exploitées, pourvu que l’on dispose d’assez d’argent. Or, dans le monde occidental, il s’est développé de grosses multinationales qui savent où aller dénicher le blé. En fait, la coopération internationale est un vrai business.
Les pays et sociétés qui coopèrent avec nos pays ne pensent qu’au profit. En affaires, on ne fait pas de sentiment. La loi prédominante est celle du donner et du recevoir. À ce titre, la malhonnêteté n’est pas de mise en affaires. Les Occidentaux le savent. S’il y a des lacunes, ce sont nos propres leaders qu’il faut pointer du doigt. Certains chefs d’État ont été accusés de se remplir les poches avec l’argent de la coopération internationale.
Le deuxième constat concerne l’électorat. M. Étienne Tshisekedi est l’un de nos plus vénérables politiciens. Cependant, quelques ombres planent sur lui et ce, depuis les plus récentes années à cause de sa propre réputation éclaboussée au passage par Mobutu, affirmant qu’il était l’un de ceux qui avaient intérêt à écarter Patrice Lumumba du pouvoir à cause de leur rivalité pour le monopole du Kasaï.
Un autre texte accablant est cette lettre adressée, de sa propre main, à Albert Mulopwe Kalonji, roi autoproclamé du Kasaï dans laquelle il se réjouissait de l’assassinat de Patrice Lumumba qu’il traitait de crapaud.
Ces deux documents sont récents et donnent une image altérée de celui qui
s’était vu coller le pseudonyme « Moïse ». D’aucuns ont même allégué que sa volte face contre Mobutu est née d’un conflit personnel, à cause de l’infidélité de son épouse, et que cette rivalité se serait transposée sur la scène politique.
Les assertions de Marie-Jeanne B. corroborent en quelque sorte les émissions d’une radio qui a diffusé des émissions avec ce titre : « Nani aboma Luambo Makiadi » Croyez-moi, avec tous ces agents, tueurs à gages, ménagères, chefs-coqs, médecins nationaux, continentaux et occidentaux acquis à sa cause, Étienne
Tshisekedi l’a échappé belle ! Qui nous dit que la maladie, qui l’a affecté un certain temps, n’était pas un coup monté par Mobutu ?
Le roi est mort. Vive le roi ! S’il venait à quelques archéologue ou spéologue l’ingénieuse idée de fouiller dans les entrailles du Stade Tata Raphaël, il nous ramènerait à la surface des tas de rassemblements populaires et harangues de Mobutu et si un chercheur documentariste fouillait dans les tripes de la RTNC, in en extirperait des tonnes de milliers de cartes blanches et de journaux télévisés vantant les mérites et la gloire de Mobutu. Concrètement, qu’est-ce que le pays en a retiré ? Rien sinon la banqueroute !
M. Tshisekedi a été longtemps une des victimes et aussi la bête noire de Mobutu. Aujourd’hui le Grand Léopard n’est plus là. Je suis heureux pour lui étant donné qu’il se présente aux présidentielles de 2011 mais je le vois très mal envoyer promener les Occidentaux. Nos déboires du passé ne sont pas attribuables à ces derniers. Ce sont nos propres leaders d’hier - Tshisekedi n’est pas en cause cependant - qui ont fait main basse sur l’aide internationale et des prêts destinés au pays.
Il y a trois des choses que je reproche aux Africains, c’est primo ce refus de se rendre à l’évidence, secundo cette manie de ne pas reconnaître les mérites d’autrui et tertio un brin de naïveté mêlée de condescendance. Quand j’étais en 3ème année primaire, notre enseignant Pierre Mario Nkialulendo, qui fut plus tard un arbitre bien connu de l’AFKIN au temps de nos glorieux Léopards, celui-là même qui m’a fait joué un rôle principal dans une pièce théâtrale intitulée « Nsweswe a nsunsu a mpembe» (le poussin blanc), alors que je n’étais âgé que de huit ans, cet enseignant, dis-je, nous répétait souvent : « Un ’’ tiens ’’ vaut mieux que deux ‘’ tu l’auras !’’ »
Je sais que, en fin politicien, Étienne Tshisekedi connaît l’étendue du défi qu’il a à relever. Je trouve qu’il s’est fait tort à lui-même en se retirant du dernier exercice électoral. À titre de comparaison, ici, au Canada, Jean Chrétien a été un des meilleurs Premiers ministres. On a attribué ses performances au fait qu’il est resté longtemps dans l’opposition et qu’il y a beaucoup appris. Cependant, en ce qui a trait à Tshisekedi, ce n’est plus Mobutu qui est devant lui et ce n’est pas lui le leader actuel de l’opposition officielle. Ceci étant, il aura d’une part des ajustements à apporter à sa vision de la gestion actuelle du pays et d’autre part une certaine pente à remonter avec tous ces partis qui se sont regroupés pendant son absence. Néanmoins, en politique, tout est possible. Le cas échéant, il pourra toujours former sa propre coalition ou se joindre à une autre, selon la conjoncture.
En tout cas, en cette ère nouvelle où nous avons décidé d’enterrer notre sombre passé, truffé de crimes politiques et règlements de comptes, le parlement a besoin de tous ses politiciens hautement instruits, unanimement respectés et bien au courant de notre politique nationale pour appuyer le gouvernement. La plupart des compagnons de lutte de Tshisekedi pour notre indépendance nous ayant tiré leur révérence, je le considère un peu comme le « dernier des héros rescapés » À ce titre, il n’ignore pas le rôle joué par les pays occidentaux dans la manipulation de nos dirigeants. Il le sait plus que quiconque de par son propre parcours politique. Qui plus est, il a, lui aussi, été en croisade aux États Unis, au Canada et en Europe occidentale. Il est pertinemment conscient que, quoi que nous fassions, nous serons toujours à la merci des pays occidentaux. La seule question importante qu’il faut se poser, c’est qui est leur homme de confiance ?
Dans les circonstances actuelles, je doute fort qu’ils puissent rejeter Joseph Kabila qui n’a déçu ni eux au plan business ni son peuple au plan des réalisations. Je n’ai pas dit aux autres candidats de ne pas tenter leur chance, mais je serais surpris que l’on change une combinaison jugée gagnante au regard des deux sens de la coopération bilatérale. La seule ombre au tableau serait peut-être nos derniers contrats avec les Chinois. Et encore ! Ceux-ci ne déferlent-ils pas actuellement sur toute l’Afrique ? Ceux-ci ne sont-ils pas en train de défier les Occidentaux sur le plan économique ? Ce coup-là personne ne la vu venir ! La RDC n’est-elle qu’une goutte dans l’océan ? Le bon sens ne veut-il pas que l’Occident prenne acte et accepte désormais cette cohabitation avec la marée jaune ?
« On ne crache pas sur la main qui nous nourrit » La RDC n’est pas le seul pays qui dépend de la coopération internationale. Le tout, c’est de s’ajuster pour ne pas devenir les valets ni des Occidentaux, ni des Chinois, ni d’aucun autre bloc puisque, entre eux et nous, c’est donnant-donnant !
Avec la hargne que nous lui connaissons, Étienne Tshisekedi sera là, en tant que parlementaire, pour défendre farouchement nos intérêts et joindre sa voix à celle des autres élus fédéraux chaque fois qu’il faudra légiférer ou aider notre gouvernement à faire des choix judicieux.
À demain!