RD Congo: les Black Stars du hockey
Le hockey sur glace est un sport très populaire en Amérique du Nord. Mais si on le compare à d’autres sports, on se rend compte qu’il n’est pas le seul qui passionne et attire les foules.
Cependant, au Canada et particulièrement au Canada, c’est le sport préféré du public, toutes classes sociales confondues. Vous ne pouvez savoir combien d’entreprises, de services et d’individus dépendent de l’industrie du hockey.
Nous avons déjà parlé de ce sport dans certains de nos articles. Pour vous donner une idée de l’impact de ce sport au Québec particulièrement, voici un site très coloré qui ne parle et ne vit que de hockey.
Si je vous en parle, c’est parce que nous sommes nombreux, les Congolais de la diaspora, qui vivons en Amérique du Nord et qui souhaiterions que notre fils ou petit-fils devienne un joueur de hockey. Ce sport est-il facile à pratiquer ? Oui et non. Oui, parce que les enfants nés ici se familiarisent forcément avec la neige, les patins et les accessoires de hockey. Non, parce que les équipements de hockey coûtent très cher et ne sont pas à portée de toutes les bourses. Qui plus est, n’oublions pas que la pratique du hockey débute en bas âge. Vous savez ce qu’il en coûte de s’occuper d’un jeune enfant qui veut aller quelque part. Si vous êtes son papa, vous devrez le suivre partout avec votre voiture. Il faudra vraiment vos sacrifier au point de n’être plus maître de votre emploi de temps.
L’autre problème et le principal qui est le sujet de notre entretien d’aujourd’hui, c’est la discrimination raciale. On a souvent déploré la sous-représentation des joueurs de race noire dans le hockey. Bien sûr, il y a eu de célèbres athlètes comme Grant Fuhr qui fut longtemps gardien des Oilers d’Edmonton, gagnants de quatre coupes Stanley et d’autres comme Donald Brashear et Jarome Iginla qui ont fait leur marque. Parlons de ces deux derniers qui sont encore actifs.
Donald Brashear a été utilisé surtout comme bras de fer du Canadien de Montréal (1993-1997) Il avait pour mission de se battre contre les hommes forts des équipes adverses qui essayaient d’intimider ses co-équipiers. C’était sa raison d’être. Lorsqu’il a quitté le Canadien pour aller évoluer ailleurs, respectivement avec les Canucks de Vancouver, les Flyers de Philadelphie, les Capitals de Washington et les Rangers de New-York, il s’est révélé finalement plus bon qu’on l’avait voulu le faire paraître. Il s’est mis à marquer des buts comme tous les autres attaquants. Il s’en est d’ailleurs réjoui et a lancé des flèches à Mario Tremblay, ancien entraîneur du Canadien qui, selon ses propres mots, lui avait manqué de respect.
Jarome Iginla a eu plus de chance. De parent nigérian, né à Toronto, il a grandi dans un milieu anglophone où la mentalité des gens diffère de celle des francophones, les Québécois. Je vous en ai déjà parlé d’ailleurs. Les immigrants s’intègrent plus facilement dans les provinces anglophones. Beaucoup de nos enfants l’ont appris pour leur propre bonheur. Ainsi donc, Iginla a su s’imposer comme un des meilleurs joueurs de hockey de son époque. Il a été le premier joueur de race noire a être nommé capitaine de son équipe, les Flames de Calgary, et il fut également le premier à endosser le chandail de capitaine d’Équipe Canada pendant toute une demie décennie, gagnant plusieurs trophées comme meilleur buteur, meilleur joueur. Aujourd’hui, il a ralenti un petit peu, mais il reste la pièce maîtresse des Flames de Calgary et il fait toujours partie d’Équipe Canada qui a gagné plusieurs coupes du monde et vient de remporter la toute dernière.
Pourtant, si vous lisez l’article ci-dessous, vous vous rendrez compte que son nom ne figure pas parmi les meilleurs.
Les bons journalistes honnêtes existent. Il y en a qui ont déploré ce genre d’injustice par le passé. À ce propos, je suis tombé sur un article datant d’il y a plusieurs années qui mentionne que les joueurs de hockey de race noire étaient victimes de discrimination raciale à une certaine époque.
Messieurs,
Votre article sonore fut des plus intéressants.
Parlant de Herb Carnegie, à la fin des années 40, il a joué quelques saisons à Sherbrooke avec son frère Ossie et Manny McIntyre dans la Ligue Senior du Québec. Ces trois joueurs, tous de race noire, jouèrent sur la même ligne, la Coloured Line, pour le compte de l'équipe de la Ingersoll-Rand, qui opérait une très grande usine à Sherbrooke. En 1947, les Randies, comme on les appelait, ont remporté le Championnat de la Ligue Senior.
Au début des années 50, ces trois joueurs ont porté l'uniforme de As de Québec et furent surnommés les « Black Aces ».
Jean Béliveau, un des plus grands joueurs de l'histoire du hockey et qui a joué pour les As de Québec, soutient que Herb Carnegie fut en sorte son mentor. En effet, le vétéran Carnegie fut chargé de veiller sur le jeune Béliveau à ses débuts à Québec. Au début des années 50, Carnegie fut invité au camp d'entraînement des Rangers de New York. Malgré son talent, les Rangers lui ont offert un contrat de ligue mineure.
Les Carnegie et McIntyre ont également joué à Shawinigan avant de jouer à Sherbrooke.
Le Sherbrookois, Gerry Plamondon, qui a gagné la Coupe Stanley en '46 avec le Canadien de Montréal, dit avoir jouer contre les Carnegie à Timmins dans le nord de l'Ontario. M. Plamondon m'a dit qu'il n'avait jamais été aussi surpris de voir pour la première fois « ces deux noirs patiner plus vite que tous les joueurs » son équipe. M. Plamondon m'a également signalé que Herbie « était vraiment bon » et « pas facile à tasser ». Selon lui, ils ont vite fait de se faire respecter grâce à leur talent.
Cela souligne de façon éloquente la grande ouverture d'esprit des Canadiens français de l'époque. On peut aussi être vraiment fiers de ces pionniers sportifs nègres et de nos grands-parents qui les ont acclamés.
Ces athlètes symbolisent à leur façon ce qu'est la « dureté du mental ».
Depuis mon arrivée au Canada, j’ai pu connaître, à part les quatre que j’ai cités en premier, d’autres :
Tony McKegney a joué avec les Nordiques de Québec, pas longtemps pour que j’en sache plus sur lui.
Anson Carter a évolué avec diverses équipes, ballotté ici et là : les Capitals de Washington, les Bruins de Boston, les Oilers d’Edmonton, les Rangers de New-York, de nouveau les Capitals de Washington, les Kings de Los Angeles, les Canucks de Vancouver, les Blue Jackets de Colombus et les Hurricanes de la Caroline. Finalement, depuis 2007, il s’est trouvé une niche à Lugano en Suisse.
Mike Grier en est un autre qui a voyagé dans plusieurs villes. Il a respectivement joué pour les Oilers d’Edmonton, les Capitals de Washington, les sabres de Buffalo, les Sharks de San José et joue présentement, encore une fois, pour les Sabres de Buffalo. Bien que discret, il tire cependant bien son épingle du jeu.
Francis Bouillon en est un qui a chaussé fièrement durant plusieurs saisons les patins du Canadien de Montréal. Il s’est finalement retrouvé avec les Prédateurs de Nashville et il y est encore. C’est un excellent défenseur.
Il y a aussi Ray Emery, gardien de buts d’Ottawa qui, congédié, est allé joué pour une équipe russe avant de revenir en Amérique où il évolue avec les Flyers de Philadelphie. C’est un sapeur hors cadre qui a fait souvent les manchettes pour son tempérament fougueux.
J’ai failli oublier Dustin Byfuglien qui a aidé les Black Hawks de Chicago à remporter la Coupe Stanley l’an dernier. Homme fort et leur buteur de sa formation durant les séries d’après saison, il fut la peste des équipes adverses. Les Hawks l’ont payé en monnaie de singe en le transférant chez les Trashers d’Atlanta. Les raisons invoquées sont farfelues. Il demandait trop cher lors du renouvellement de son contrat. Comme si les joueurs de race noire n’avaient pas besoin de toucher de gros salaires comme tout le monde !
Il fut une période où c’était pathétique de voir deux joueurs de race noire, parfois deux copains dans la vie, obligés de se battre, à leurs corps défendant, chacun pour protéger ses co-équipiers, Georges Laraque en est un autre qui a eu à assumer le rôle de bagarreur. Après avoir joué les hommes forts chez les Oilers (6 saisons), les Coyotes de Phoenix (2 saisons) et les Penguins de Pittsburgh (2 saisons), il a fini chez le Canadien de Montréal qui a mis fin à sa carrière, estimant qu’il ne se battait pas assez et devenait, de ce fait, plutôt une « distraction » pour l’équipe. À Montréal, on ne tolère pas que les joueurs jouent au vedettariat !
Pourtant, les joueurs de race noire continuent leur combat. Voici d’ailleurs un article qui nous présente de vieux et nouveaux visages de la LNH et d’autres moins connus du grand public, évoluant dans des ligues mineures.
Aujourd’hui, de ce lot, deux jeunes joueurs sont en train de s’imposer dans la Ligue nationale de hockey. À Montréal. P.K. Subban, jeune défenseur de 20 ans natif de Toronto, a beaucoup aidé le Canadien de Montréal lors des dernières séries de la Coupe Stanley et il est en train de remettre ça en ce début de saison. Cependant, de l’avis des fanatiques de race noire, les journalistes québécois ne l’encensent pas suffisamment pour ses exploits sur la glace.
Du côté de Denver au Colorado, l’Avalanche a trouvé la perle rare. Il s’agit de Chris Stewart, un Canadien natif de Toronto lui aussi, qui est sur les traces de Jarome Iginla. Buteur-né, rapide, dribbleur, bagarreur et intrépide, il figure actuellement parmi les meilleurs marqueurs de la Ligue. Il est actuellement le 2ème, totalisant 14 points en 12 matchs. Et ce n’est pas fini.
Voilà le portrait des joueurs de hockey de race noire au Canada et en Amérique du Nord. Ils ne l’ont pas eu facile, victimes de préjugés et de discrimination, recevant des coups au propre et au figuré mais ils ont persévéré et continuent de le faire, sans hausser le ton mais en y allant d’exploit en exploit. Les directeurs généraux des équipes l’ont compris et ne les envoient plus se battre comme ce fut le cas au cours des dernières années.
Si vous êtes un compatriote et que vous désirez envoyer votre enfant dans l’arène, vous savez maintenant à quoi vous en tenir. Vous aurez besoin de patience et votre enfant devra persévérer.
À demain!