Réhabilitez Lutu Mabangu! Réhabilitez Lutu Mabangu ! SACHA DISTEL & DALDA " SCANDALE DANS LA FAMILLE J’ignorais que Lutu Mabangu avait été emprisonné. C’est Ismaail S Musilm, un de mes le
Réhabilitez Lutu Mabangu !
SACHA DISTEL & DALDA " SCANDALE DANS LA FAMILLE
J’ignorais que Lutu Mabangu avait été emprisonné. C’est Ismaail S Musilm, un de mes lecteurs - j’en ai de plus en plus - qui m’a appris la nouvelle il y a trois jours. Je me sens un peu coupable de n’avoir pas été au courant de ce triste événement. Ainsi ai-je cité nommément Lutu Mabangu dans mon article ci-dessous où je me faisais l’avocat de la liberté de presse dans notre pays et particulièrement de l’émission Lingala facile :
Un réalisateur est un vrai mythe. En France, alors que je faisais mes premiers appentissages de télévision à l’Office de Radiodiffusion et de Télévision Française (O.R.T.F), on nous rabattait les oreilles avec les prouesses de Claude Autant-Lara et Jean- Christophe Averty. Au cinéma, les réalisateurs se considèrent comme des intellectuels d’une classe à part et ils sont pratiquement des intouchables. L’exemple de Roman Polanski, qui est poursuivi pour viol, nous en donne la preuve. Steven Spielberg, Woody Allen, Robert Altman, Francis Ford Coppola, Peter Jackson, James Cameron (Canadien), Tim Burton, Sergio Leone ( Italien), Martin Scorsese, Ron Howard, Oliver Stone, Sydney Pollack, Clint Eastwood, Ridley Scott, Spike Lee, Costa Gavras (Grec). Luc Besson (Français), Francis Weber (Français) et autres sont des personnages importants. Il est quasi impossible de rencontrer quand on ne dispose pas de grosses relations. Pourtant, ce ne sont pas des mordus de la sape, sauf à l’occasion des galas et invitations officielles. Lors des tournages, ils portent des jeans, des polos, des baskets…
J’ai connu personnellement Éleuthère Lutu Mabangu. Il fut avec Tshitenge Nsana l’un des deux réalisateurs de formation que j’ai trouvés à Télé-Zaïre. Le premier était chef de la réalisation. Je l’ai remplacé en 1975 lorsqu’il a été promu au poste de chef de division et directeur des programmes. Le second était chef de la production avant d’être promu chef de division à la RTP où il a été un des bras droits du directeur Théo Boniface alias Kayumbi Beya. Georges Hemedi Muana Mboyo a pris sa place en qualité de chef de la production.
Quand j’ai débuté à Télé-Zaïre, ils étaient deux larrons en foire. Je suis devenu plus tard le troisième parce qu’ils ont bien voulu me faire de la place. Ils étaient tous deux de vrais professionnels et ils ne badinaient pas sur la rigueur. Lutu Mabangu excellait en variétés. Il réalisait Kin-Kiese et Kin-Show. En fait, c’est suite à son départ à la RTP que je me suis de plus en plus affirmé en tant que réalisateur de variétés, en plus d’être affecté à l’antenne. Tshitenge, plutôt intéressé par le théâtre, a dû insister pour que je me joigne à lui en qualité de co-réalisateur de Théâtre de Chez-nous. J’ai moi-même été surpris de constater que j’étais doué autant pour les clips que pour l’écriture et la mise en scène. J’ai connu des caméramans et monteurs qui se disaient réalisateurs. Incapables de réaliser la moindre émission, ils s’improvisaient présentateurs. Nous les « pure laine », les « tricotés serrés », les vrais de vrais (sic), dès qu’ils avaient le dos tourné, nous nous moquions d’eux (Ne me prenez surtout pas au sérieux) Entre 1971 et 1973, plusieurs grandes réalisations étaient signées de la main de Lutu Mabangu. On n’a qu’à penser, entre autres, au fameux combat du siècle Ali-Foreman. Lutu nous a raconté des sottises sur Bundini qui ne quittait pas Ali d’une semelle. Il était moins stoïque que Tshitenge. Il affectionnait blaguer de temps à autre. Par lui, j’ai appris des mots bizarres tels que « Le bidule », « Branchmy », « Sesmy » et autres. Si vous lui en demandez la signification, il baisserait les yeux. Il n’y a rien là ! Ce sont les folies du métier ! C’est ce que j’aime de notre profession. On bosse fort, mais après le boulot, on relaxe et on se marre au besoin.
Bon. Revenons à Lutu. C’est aussi lui qui a réalisé le match de boxe qui a consacré Mamba Shako champion d’Afrique des poids moyens. Lors de l’inauguration de la Cité de la Voix du Zaïre (1976), dont j’ai été le réalisateur coordonnateur, bien que faisant partie du staff de la RTP, il est venu réaliser la grande variété qui a servi de clou au spectacle. À sa demande, je lui ai servi d’assistant. Adou Elenga (Ata ndele) ; Tabu Ley Rochereau et ses Rocherettes (Afrique Indépendant, Leridi, etc.) furent à l’honneur. Après 1982, durant mon absence, Tshitenge et Lutu ont traité ma petite-sœur Bomengo comme leur propre sœur. C’est vous dire le respect mutuel que nous, les trois « mousquetaires » non avoués: « Lettre », « Tshen » et « Second », nous sommes toujours voué réciproquement les uns les autres. « Qui se ressemble s’assemble » Hélas ! Nos occupations respectives ne nous donnaient plus tellement le temps de nous retrouver ensemble, à trois, comme au début des années 70, sauf, bien-entendu, Tshitenge et moi, qui sommes restés à la direction des programmes et collaborions dans plusieurs émissions.
Je suis heureux de constater que Lutu Mabangu a été blanchi des fausses accusations qui pesaient sur lui et qu’il a recouvré sa liberté. Je crois que son discours ne diffère en rien du mien. Notre pays a besoin d’une justice et d’une liberté d’expression sans lesquelles la démocratie est un leurre. Après le 30-luin 1960, nous avons perdu beaucoup de dignes fils du pays, victimes du totalitarisme et de règlements de comptes. Assez, c’est assez !
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Comme je l’ai dit plus haut, Lutu et moi avons des choses en commun. On n’a pas froid aux yeux et on n’a pas non plus sa langue dans sa poche ! Je ne peux cependant m’empêcher de déplorer le laxisme des hautes instances de la RTNC qui l’ont laissé croupir trois mois en prison. Je ne peux accepter qu’il ait été appréhendé sur la base d’une simple, banale et soi-disant dénonciation. Ce gars-là a tout donné pour la RTNC et notre pays. Il méritait quand même plus d’égards. Je l’ai bien connu. C’est un vrai gentleman, un gars d’éthique et intègre. On n’avait pas le droit de le traiter comme un vulgaire va-nu-pieds, pardi! Dénonciation, mon œil ! Avec le poste important qu’il occupe et les services rendus, on aurait dû lui demander administrativement, je dirais même discrètement, des comptes avant d’entreprendre toute poursuite judiciaire. Cela lui aurait évité l’humiliation dont il a été victime. C’est entre autres ce genre d’ingratitude et d’insécurité qui m’a poussé à devenir un « ticket ebunga » On ne vit qu’une seule fois, mes amis !
J’espère qu’il sera dédommagé pour les préjudices subis ainsi que pour leurs dommages collatéraux. Qu’on lui permette de bénéficier de soins médicaux adéquats ! Je lui souhaite personnellement de retrouver rapidement la santé, son poste ainsi que son assurance et sa bonhomie habituelles.
Ô RDC ! Toi qui tues tes prophètes !
À demain !
Sacha Distel - Monsieur Cannibal
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