Sorcellerie en Afrique : méli-mélo.
J’ai reçu un commentaire de Moubara Tara. Je vous le livre ci-dessous :
Hasard ou coincidence?
Fevrier 2002: Le General Guei, un ancien Chef de l'Etat, attaque ouvertement la sorcellerie dans son Ouest natal.
Septembre 2002: Le General meurt, criblé des balles par une bande des rebelles putchistes ou des taupes loyalistes. Dans le cafouillage d'une tentative meurtriere de Coup d'Etat orchestré par la Francafrique. Comme quoi, l'Afrique est victime des coups orchestras par l’Occident.
À vous de juger !
J’ai constaté, à la lecture, que certains passages de mes deux derniers articles apparaissaient en bleu. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois. Si cela vous arrive, veuillez vous reporter sur vieuxvan.skyrock.com.
Ceci sera mon dernier article sur la sorcellerie en Afrique. D’entrée de jeu, je vais vous présenter un article sur un incident qui s’est produit à Butembo dans notre propre pays, au cours d’un match de football, et qui a coûté la vie à treize personnes.
• RD Congo : l’abus de fétiches est dangereux pour le football
J’ai été jadis, en 1968, président du F.C. Ndjili-Sports à Kinshasa. L’équipe évoluait dans la deuxième division avant que j’en prenne les rênes. Un garçon, qui habitait au quartier 1 est venu me proposer de travailler pour notre équipe. Il faisait de la magie noire. J’ai accepté. Nous avons commencé à gagner des matchs mais cela n’avait pas été facile. Je vais vous en raconter quelques épisodes.
Lorsque nous avions une rencontre à livrer, je m’en allais à Binza Ozone chercher un garçon, Hubert, par qui notre magicien communiquait avec son patron aux Indes qu’il appelait « Grand Maître » Je ramenais le garçon. Notre féticheur disait des paroles magiques et le jeune homme s’endormait. Au bout de quelques minutes, de la bouche du garçon endormi, une voix sortait : « André, André, je t’écoute » La communication était établie et notre féticheur se faisait dire quoi faire pour gagner le match. Quand je sortais de là, je savais par quel score nous allions gagner le match, mais à quel prix ?
Une fois, il a fallu que j’aille à la morgue de l’hôpital Mama Yemo trouver l’eau qui avait servi à nettoyer un cadavre. Une entreprise presque impossible, ne connaissant pas les lieux et ne sachant comment m’adresser à l’homme qui nettoyait les cadavres. J’y suis quand même allé. Je me trouvais à une des sorties de l’hôpital, celle qui se trouvait du côté du vendeur de cercueils Papa Dimitriou et du jardin zoologique sans bien savoir quoi faire. Soudain, la porte de s’ouvrit. Un homme en sortit. Je l’abordai et je lui expliquai qui et quoi je cherchais. Il me dit que c’était lui l’homme chargé de nettoyer les cadavres.
Il venait de terminer son service et s’apprêtait à se rendre au grand marché pour prendre son autobus qui le ramènerait chez-lui. Je lui proposai le marché. Il retourna à l’intérieur de l’hôpital. Je l’attendis pendant une quinzaine de minutes. Quand il réapparut, il tenait une boîte fermée qu’il me tendit. Je lui remit son argent et il s’en alla. Je me rendis au marché central et je pris un taxi-bus. Je ne sais pas combien de fois nous faillîmes faire un accident en cours de route. Finalement, j’arrivai au quartier 8 où notre magicien avait son laboratoire dans une petite hutte. Justement, Hubert, le médium venait d’arriver de Binza. Le rite habituel commença. Dès que le contact fut établi, le « Grand-maître » demanda à notre féticheur de me féliciter. Et pour cause ! Il paraît que le mort dont j’avais rapporté l’eau avait été un grand chef de famille et qu’il n’avait pas été facile de lui ôter la vie. Il était en courroux contre ses sorciers meurtriers et cherchait à se venger. Le « Grand-maître » décida alors de se servir de sa puissance pour la déverser sur Atome, l’autre équipe, dont le féticheur se nommait « Perreira » ou « Rail », le célèbre féticheur du F.C. Daring Imana Matiti mabe, Nzete ya bololo. C’était un match crucial que nous devions remporter puisque c’était le dernier et L’autre équipe avait un point d’avance sur nous au classement général. Je laissai le féticheur et son médium réveillé. Un des dirigeants me prêta sa voiture jusqu’au parc 2 devant le Stade du 20-Mai où se tenait la rencontre. Les autres membres du comité me rejoignirent aussitôt, inquiets et me demandèrent des nouvelles. Je leur répondis qu’on allait marquer deux buts dès les premières minutes de jeu. Ils me dirent que rien ne s’était produit. On était déjà presque à la mi-temps ! Je repris le chemin de Ndjili. Heureusement, notre magicien et le médium se trouvaient encore sur place. Le féticheur m’expliqua de lui-même qu’il venait d’avoir un message de « Grand maître » à l’effet que le match avait débuté en retard et que les minutes où notre équipe était supposée marquer ses deux buts étaient déjà écoulées. Il avait déjà préparé une autre recette. Il oignit ma main droite d’une sorte d’huile et me dit: « Derrière le goal de l’autre équipe, tu vas trouver un homme portant un pantalon brun et une chemise blanche à manches courte. Dès que tu arrives, serre-lui la main » Nous reprîmes le chemin du Parc 2. Le match tirait déjà presque à sa fin. Il restait cinq minutes à jouer. Toute notre délégation broyait du noir. J’arrivai sur les lieux et fis le signe de la victoire. Tout le monde était plutôt sceptique. J’allai derrière le poteau d’Atome, l’autre équipe. Un homme correspondant au signalement était debout parmi tant d’autres spectateurs fans de l’autre équipe. Je lui serrai la main puis m’éloignai discrètement. Soudain, il s’énerva et se tourna à gauche et à droite : « Qui m’a serré la main ? » Les autres haussèrent les épaules, n’y comprenant rien. Moi, entre-temps, j’étais déjà loin, regagnant l’autre bout où se trouvait notre délégation. Il restait deux minutes au match. La balle se trouvait dans notre camp. L’un de nos défenseurs, Mpakasa, la dégagea. Un des arrières d’Atome courut après elle et la contrôla avec son pied droit. Comme Jeannot, un de nos attaquants se précipitait, le gardien fit quelques pas en avant et fit signe de lui envoyer le ballon. Le défenseur fit un signe de négation. Il s’accroupit, prit le ballon dans ses mains, se releva et commença à le faire bondir, comme font habituellement les gardiens de buts avant de dégager leur camp. C’était dans le rectangle de réparation. Un de nos attaquants se tourna vers l’arbitre : « Hé ! Arbitre ! » Nous ne dîmes rien, tous interloqués ! L’arbitre décréta un penalty pendant que les joueurs de l’équipe adverse adressaient des reproches à leur défenseur qui jura n’avoir pas touché le ballon de sa main. Le penalty fut converti par Constant, notre avant-centre et nous gagnâmes le match de justesse.
Ce fut l’euphorie dans notre camp. Je bus tellement de bière et je criai tellement de joie ce jour-là que je fus malade et perdit ma voix le lendemain.
Hélas ! Nous n’étions pas au bout de nos peines. L’autre équipe disposait de moyens financiers. Elle parvint de convaincre l’association qui nous régissait qu’un des matchs d’Atome contre Young Boys une équipe de Kimbanseke avait été entaché d’erreurs d’arbitrage et qu’il devait être rejoué. Ce fut la consternation. J’eus recours à notre féticheur magicien. Ce n’était pas facile. D’abord, il fallait convaincre l’équipe Young Boys d’accepter notre coup de main. Hors, le championnat étant déjà terminé (sic) et cette équipe s’étant classée très loin derrière nous dans le classement, ses dirigeants avaient décidé de déclarer forfait, ce qui aurait donné deux autres points à Atome qui nous aurait alors ravi la première place. Comme j’étais aimé des jeunes de Ndjili, ceux-ci ont convainquirent des joueurs de Young Boys de faire fi du forfait envisagé par leurs dirigeants. Nous les motivâmes et avons préparâmes le match à l’insu de leur comité. La veille, notre féticheur et moi-même nous rendîmes en plein minuit au cimetière de Kimbanseke où le magicien a préleva de la terre sur un tombeau fraîchement rembourré. Sur le chemin du retour, il me recommanda que personne ne lui adressât la parole jusqu’à ce que nous ayons regagné son « laboratoire » au quartier 8 à Ndjili. Or, nous rencontrâmes des policiers en patrouille qui demandaient des pièces d’identité à tous les passants à cette heure tardive de la nuit. Heureusement, ils me reconnurent et nous laissèrent passer sans importuner mon compagnon. De retour chez moi, vers 3 heures du matin, j’entendis des bruits bizarres sur le toit de ma maison, comme si des inconnus y frappaient des coups. Je venais juste de me marier. Ma femme fut de très mauvaise humeur le lendemain. Le jour du match, qui devait se dérouler au Stade du 24-Movembre, les joueurs d’Atome se présentèrent pour la forme, ayant été mis au courant par leurs dirigeants du forfait de l’équipe de Young Boys. La plupart d’entre eux ne s’étaient plus entraînés et se présentèrent ivres. Au moment où ils attendaient que l’arbitre lève sa main pour prendre sa décision, l’équipe de Kimbanseke fit irruption sur le terrain, en pleine forme physique. Sur les gradins, c’est moi et mon comité qui avions pris place de leurs dirigeants. Atome n’eut plus le choix. Il livra le match et fut battu. Ce fut une autre explosion de joie de notre part. Par contre, le lendemain nous avons reçu la visite des dirigeants de Youg Boys. Ils étaient furieux ! Ils me dirent, malgré mes excuses, qu’un jour je le paierais ! Je n’en eut cure. Je n’ai jamais eu peur des menaces.
J’étais vraiment un étourdi. Il aurait pu m’arriver quelque chose de fâcheux. Mais je le faisais pour notre équipe. Et puis, me sentant protégé par mon père, à condition de ne pas prendre des fétiches pour moi, rien ne me faisait peur. J’ai eu de la chance (Dieu devait déjà veiller sur moi) parce que j’aurais pu frapper un os un jour ou l’autre. L’année suivante, le comité de Ndjili-Sports a voté pour un autre président qui avait beaucoup d’oseille. On m’a proposé le poste de secrétaire de l’équipe. J’ai refusé et je me suis retiré.
Bon. Quand je vous dis que j’en ai vu des choses dans ma vie, il faut me croire. Lés fétiches dans le sport en RDC, ça ne vous étonne pas. Restons toujours dans notre pays pour découvrir une autre histoire dans le genre de Sur une statue perché. (16/01/2010 ).
Les infanticides liés à la sorcellerie persistent dans le nord
Incroyable, n’est-ce pas ? Il ne faut toutefois oublier que, dans notre continent gagné par la psychologie de la sorcellerie et affectionnant les rumeurs, d’une part, et avec la prolifération de marabouts et féticheurs charlatans, d’autre part, il est parfois difficile de faire la part des choses.
Les enfants du sud victimes d'une mortelle chasse aux sorcières
Sacrifices d’albinos : le gouvernement tanzanien en guerre contre les guérisseurs
Il y aurait encore beaucoup à dire sur la sorcellerie africaine. Je sais que la magie existe en Asie et en Europe. Mon cousin m’a raconté plein d’histoires sur les clercs congolais d’avant l’indépendance, qui commandaient des talismans en Inde et au Pakistan. Mon père lui racontait tout parce que le courrier des employés congolais de l’administration congolaise de l’OTRACO passait par lui avant d’être distribué. Des commis de l’époque auraient reçu des talismans et sacrifié des leurs enfants.
Les Africains de la présente génération font la même chose. Je trouve infect que l’on puisse faire mourir quelqu’un pour se doter de puissance ou d’argent ou encore parce que soit qu’on est jaloux de son succès, soit qu’on doit s’acquitter d’une dette de ristourne spirituelle. Comme disait un des auteurs de l’un des articles sur le sujet, matériellement qu’y gagnent les féticheurs ? La majorité d’entre eux ne logent-t-ils pas le diable ? J’ai vu personnellement Perreira vende des noix de cola au marché de « Kalé ba nzazi ». Il n’avait pas la tête de l’emploi de quelqu’un qui recevait la visite de patrons très friqués. Quant à ceux qui vont les consulter pour commanditer le jet d’un sort sur un collègue de travail, obtiennent-ils vraiment tous les résultats escomptés ? Difficile à dire. Quoi qu’il en soit, beaucoup de ceux qui se disaient « Grand maîtres » sont passés de vie à trépas. Alors à quoi auront servi leurs sacrifices humains ?
Pauvre Afrique !