Tueurs à pendre
Parmi les titres qui ont retenu mon attention mercredi soir en rentrant chez-moi, il y a eu celui-ci.
21 oct 2009 ... Kinshasa à nouveau ébranlée par la résurgence du crime organisé avec série de meurtres plongeant la capitale dans l'insécurité ...
Cet article n’est pas sans me rappeler des souvenirs du passé. Il existait, dans les années 70, un raccourci qui partait du Pont Kasa-Vubu, longeait l’I.N.A. et passait derrière l’O.T.C.Z. pour aboutir à la Cité de la Voix du Zaïre. Il paraît que c’est non loin de ce sentier qu’a été érigé le Stade des Martyrs (ex-Kamanyola) en souvenir des Martyrs de la Pentecôte.
Nzumba, une femme qui était affectée à la cellule des enregistrements et projections de vidéo (VTR), s’y est fait tuer vers 1978. Elle a disparu un soir après le travail et personne n’avait eu de ses nouvelles. Son cadavre a été découvert quatre jours plus tard, caché derrière un arbuste. Après enquête, il s’était avéré qu’elle avait été victime d’un gars qui travaillait pour uns société française chargée la maintenance des bâtiments avec qui elle avait eu une petite dispute auparavant. L’assassin s’est enfui et réfugié au Bandundu et il était impossible de le localiser. Depuis lors, j’avais décidé de ne plus prendre ce raccourci.
Figurez-vous que, auparavant, en 1976, je devais aller démarrer les émissions de Télé-Zaïre. N’étant pas véhiculé, vers 8 heures 30 du matin, je suis descendu d’un taxi-bus au Pont Kasa-Vubu et j’ai emprunté ce même chemin. J’étais seul et tout était calme alentour. Brusquement, j’ai sursauté. Il y avait un véhicule blindé de l’Armée nationale devant moi avec des commandos avec des tenues de camouflage à bord. J’ai retenu mon souffle. Ils étaient sur mon chemin. Ils m’ont intercepté et ont demandé que je me présente et que je leur dise ce que je faisais là. Je le leur expliqué. L’un d’entre eux m’a dit : « Mansevani nde yo ? Ndenge nini ozali kotambola na makolo boye mpo na kokende mosala ? Mituke ezali te ? Lelo mokolo ya inauguration ya Cité ya la Voix du Zaïre. Tata mokonzi akozala kuna. Ozali na chance mpo toyebi kombo na yo, soki te nde okangemi » Et ils m’ont laissé passer. Effectivement c’était le jour de l’inauguration de la Voix du Zaïre et c’est moi qui devais en coordonner la diffusion en direct. Imaginez-vous s’ils ne m’avaient pas cru et m’avaient coffré ou encore des rebelles ou des éléments de l’armée incontrôlés ? La retransmission aurait eu de sérieux problèmes et moi-même j’ignore ce qui me serait arrivé!
Ne me prenez surtout pas pour un parano. Les meurtres dont ont été dernièrement victimes des journalistes de Bukavu et Kinshasa sont des preuves du danger que peuvent courir ceux qui oeuvrent dans les médias. J’ai suivi de loin les règlements de comptes qui ont eu lieu lors de la saga Bemba-Kabila lors des élections présidentielles. Je puis donc affirmer que, effectivement, dans un pays multipartite où les dirigeants sont à couteaux tirés, les journalistes ont intérêt à faire attention où ils mettent les pieds, au propre comme au figuré.
Il n’y a pas que les démons de la plume ainsi que ceux du micro ou de la caméra qui courent des dangers dans des pays connaissant des troubles politiques fussent-ils passagers. Ce n’est pas non plus la première fois que Kinshasa connaît une vague de meurtres. [AFRIQUECHOS.CH] : Kinshasa : la recrudescence généralisée de l ...
La question que je me pose, comme tout le monde d’ailleurs, est celle de savoir qui commandite ces meurtres ? S’agit-il de meurtres politiques ? On se souviendra d’un incident survenu jadis impliquant le Gouverneur de la Ville.
Nos autorités ont besoin d’une protection rapprochée. Mais il faudrait qu’elle se limite à des personnes bien identifiables et à des armes de poing de sorte que, grâce à la balistique, on puisse facilement identifier ceux qui les possèdent et s’en servent à des fins criminelles. Le problème avec nos soldats et gardes du corps, c’est qu’ils s’énervent inutilement et ont la gâchette facile. L’épisode du bras de fer entre Kabila et Bemba a été relégué aux calendes grecques. Logiquement, le danger ne pourrait plus provenir de conflits politiques. Alors quelle autre raison en serait la cause ? Nous avons déjà connu découvertes macabres entre autres avec la fameuse l’affaire « Katakata ».
Je ne sais pas s’il existe une législation à propos du port d’arme. Toutes les armes du pays devraient être répertoriées. Ceux qui se font coincer avec des armes non déclarées devraient être traduits en justice et punis sévèrement. Avec tous ces soldats déserteurs et ces soi-disant rebelles convertis, la tâche n’est pas facile. Pourtant, il me semble que les autorités du pays ont déjà procédé à des désarmements d’anciens miliciens ?
Si ces miliciens ont réellement été désarmés, d’où provient alors cette série de meurtres violents ? Faut-il se tourner vers « la poudrière du Kivu » ?
Le Kivu, ce n’est pas la porte d’à côté. Il faut prendre l’avion ou le bateau pour aller de l’est du pays à Kinshasa, à moins de ressusciter l’armée de libération de Laurent-Désiré Kabila qui avait réalisé l’exploit à pied. Cela étant, si ces tueries sont orchestrées par des éléments venus d’autres provinces, il faudrait en conclure qu’il y a une fuite quelque part au niveau du passage aux points de contrôle que sont les aéroports et les ports ? Dans le cas contraire, il existe une autre piste non négligeable. La R.D.C. partageant ses frontières avec d’autres pays voisins que le Rwanda, se peut-il que les fuites proviennent d’ailleurs ?
Bas Congo : Nouvelle incursion de l'armée angolaise à Tshela
Autant, je me suis fais l’avocat des uns et des autres dans le dossier du refoulement des irréguliers entre Brazzaville et Kinshasa d’une part, et entre l’Angola et le Bas-Congo d’autre part, autant je m’interroge sur l’efficacité de la sécurité à nos frontières. Celles-ci étant perméables, la tâche n’est pas de tout repos. La police frontalière américaine en arrache avec les irréguliers et trafiquants provenant du Mexique. Imaginez ce que cela exige pour la R.D.C. où il ne s’agit pas d’une mais de plusieurs frontières ? La solution pourrait se trouver dans les commentaires que j’ai formulés dans mon article intitulé Les pépites au parfum d'or?
Le resserrement des contrôles aux frontières ne suffit pas. Dans la capitale et les grandes villes du pays, il faut monter des escouades anti-gangs et spécialement des brigades spéciales motorisées, je parle de cars de police et non de chars de l’armée, qui sillonneraient les villes la nuit et intercepteraient tous véhicule(s) ou individu(s) jugés suspects. Évidemment, deux grands problèmes restent à résoudre. Le premier est l’intégrité des policiers patrouilleurs.
Le deuxième casse-tête, c’est le nerf de la guerre. Où trouver les fonds nécessaires pour la formation et l’équipement des escouades antigangs ? L’administration Obama, qui se dit disposée à aider la R.D.C., pourrait peut-être nous donner un coup de main à ce sujet ? Les Etats-Unis ont l’habitude, eux, de faire face à ce genre de situations. On ne badine pas avec le F.B.I. Les geôles américaines pullulent de tueurs à gages, en séries et autres dont certains sont condamnés à la prison à perpétuité et d’autres à la pendaison si ce n’est à la chaise électrique, selon le cas. Il faudrait peut-être appliquer les mêmes mesures à ceux qui sèment la mort parmi nos populations ? La paix et la sécurité constituent les enjeux les plus vitaux si nous tenons mordicus à la démocratisation de notre pays.
Il y a urgence en la demeure!