L'habit ne fait pas le moine.

Publié le par Célestin S. Mansévani

L’habit ne fait pas le moine.

Je viens de lire dans Afrik.com un article intitulé « La Sapologie n’est pas la Sape. »
Voici comment débute cet article :

« Contre le dévoiement d’un art de vivre congolais .
Pour les Sapeurs congolais, l’art de « La Sape » ne se résume pas à se vêtir avec bon goût. C’est une philosophie, une véritable quête de soi. Or se développe en France un courant, « La Sapologie », qui se réclame de « La Sape », tout en transgressant les règles les plus élémentaires de la discipline. .. »

J’ai dernièrement écrit concernant les raisons qui font que l’Afrique noire continue de tirer de l’arrière contrairement aux autres continents. Je réaffirme aujourd’hui que nous devons revoir nos mentalités. Nous avons tendance à confondre les choses. Dans la vie, il existe des besoins naturels et des besoins secondaires. Parmi les besoins naturels, il y a la faim, la soif, le besoin d’uriner ou de déféquer qui sont innés. Nous avons aussi ceux que nous acquérons et qui sont conditionnés par notre environnement : la lumière, les sons et bruits son de ceux-là. Je ne suis pas là pour vous faire une leçon sur les réflexes naturels et conditionnés. Ceux, qui veulent en savoir davantage, peuvent consulter les biographies d’Ivan Pavlov et de Burrhus Frederic Skinner ainsi que leurs travaux sur le béhaviorisme.

S’habiller est un réflexe normal pour se protéger contre les intempéries. Quand il fait chaud, on se couvre le corps pour ne pas brûler ; quand il fait froid, on s’habille chaudement. Mais porter des vêtements avec des griffes n’est qu’un besoin secondaire dicté par notre seul orgueil. Notre corps ne risque aucun danger s’il s’en passe.

À l’époque coloniale, les Belges qui travaillaient dans la territoriale s’habillaient en tenues kaki. Les bureaucrates portaient des pantalons, chemises et cravates. C’était tout à fait logique vu la chaleur qui règne sous l’Équateur. Pendant que les anciens fonctionnaires belges s’habillaient simplement, ils envoyaient de l’argent dans leurs comptes bancaires en Europe et lorsqu’ils retournaient définitivement en Belgique, ils avaient suffisamment mis de l’argent de côté pour pouvoir se taper la belle vie.

Dans le contexte actuel, j’ai deux exemples à citer. J’observe comment vivent les Chinois nouvellement immigrés. Ils sont pris en charge par d’autres, sont souvent mal logés,  se privent de distractions, travaillent fort et économisent. Au bout de quelques mois, les voilà qui acquièrent des dépanneurs. Deux ans plus tard, ils retournent  investir en Chine, riches et pouvant s’offrir tout le luxe du monde. L’autre exemple est celui des N’Djilois de la diaspora qui vivent en France et en Belgique.  Bien qu’ils s’habillent bien, ils travaillent fort et investissent au pays. Il y en a qui construisent des hôtels, d’autres qui font dans les voitures taxis. Bravo !

Je ne comprends pas pourquoi un chômeur ou quelqu’un qui travaille au salaire minimum va chercher à s’habiller comme à la Soirée des Oscars d’Hollywood.

Je regarde les artistes américains qui sont sur les plateaux de tournage ou même au bureau. Ils portent des jeans et des chemises lorsqu’ils sont au travail ou en tournages. Ils gardent leurs tenues de soirées pour les galas et autres grandes cérémonies officielles ou artistiques ! Et pourtant, ils en ont de l’oseille et des garde-robes bien garnies !

Mais vous, mes amis, fauchés comme du blé,  quel intérêt avez-vous à dépenser des fortunes pour acheter des habits portant les griffes des meilleurs couturiers ? N’est-ce pas de l’orgueil mal placé ? J’ai appris qu’un Congolais s’est vu refuser l’aide sociale parce qu’il était tiré à quatre épingles. Le fonctionnaire qui était chargé de son dossier a dit : « Monsieur, pour que je m’habille comme vous l’êtes en ce moment, ça me prendrait un an de mon salaire ! Vous n’êtes donc pas éligible ! » Un autre, manutentionnaire, s’est fait virer parce qu’il se rendait à son lieu de travail dans une voiture de luxe alors que son patron roulait dans une bagnole ordinaire!

Je ne suis pas contre la sape. Que Papa Wemba, le père de la sape et les autres s’habillent en tenues sophistiquées, c’est normal, métier oblige. Mais eux ont le blé et les moyens de se taper des fringues tape-à-l’œil. Écoutez le conseil de Lutumba dans Mbongo : « Kolanda bango te okoyiba ! (Ne les imite pas ; tu risques de voler) Nous,  Africains, ignorons souvent l’importance des valeurs. Nous aimons impressionner.  Dans l’article, l’auteur précité a même cité des autorités de son pays confrères, paraît-il, en matière d’extravagance vestimentaire, et de se prendre pour un philosophe, au même titre que Socrate et Épicure. Ah ! Si le ridicule pouvait occire !

À côté des médecins, pasteurs, agriculteurs, musiciens, cinéastes, moniteurs d’école, commerçants, ouvriers, etc. qui se rendent utiles à la société, les sapeurs font figure de bois mort (Jean 15 verset 6) Encourageons ceux qui oeuvrent pour l’avancement de la cause commune, tous métiers, arts,  pays et races confondus. Dans mon article intitulé « Le peuple béni », j’ai fait l’éloge de M. Cheik Modibo Diarra, l’homme de la N.A.S.A. et de Microsoft ainsi que de Mme Sandrine Ngalula Mubenga, cette  femme ingénieur et inventrice originaire de la R.D.C., établie aux U.S.A.,  qui compte générer de l’électricité dans les villages de son pays à partir d’une voiture hybride utilisant l’énergie solaire. Vous vous disputez au sujet de la sape, de la « sapelogie » ou de la « sapologie » ? Saperlipopette ! Vous devriez plutôt vous inspirer de l’exemple de ce jeune génie ? Pensez donc à ces millions d’Africains qui n’ont pas accès à l’eau potable ni à l’électricité ni aux soins médicaux ni aux routes modernes. Songez à ces millions de  jeunes citadins sans emploi qui vous  prennent pour des modèles, dont certains, peut-être des génies potentiels, ont abandonné précocement l’école, ayant adhéré, comme des moutons de Panurge, à votre fameuse philosophie d’estime de soi! Ils sont débauchés, prêts à tout pour trouver de quoi se procurer de la fringue griffée ! Et vous vous comparez à Socrate  parce qu’il est écrit: « Socratus accusatus est quod juventutem corumperet »(Socrate fut accusé de corrompre la jeunesse) !  Lisez donc l’apologie de Socrate par Platon ! « Il les consacre à "persuader" tout le monde "qu'avant le soin du corps et des richesses, avant tout autre soin, est celui de l'âme et de son perfectionnement." Socrate ne prônait pas le matérialisme !  Les touristes étrangers en bermudas, qui vous croisent dans les rues de Kinshasa et de Brazzaville et vous voient emmitouflés dans des tenues d’hiver par 50 degrés centigrades, doivent bien rire sous cape. Remerciez Dieu que Hergé, le créateur de Tintin au Congo, soit décédé ! Si je me baladais en Afrique, dans une tenue  extravagante comme vous, sous les regards moqueurs des Blancs, au milieu de mes compatriotes en haillons, maigrichons, affamés et faisant pitié, j’aurais honte de moi et me sentirais mal dans ma peau …comme un clown hors scène.

Un conseil gratuit: retenez cet adage bien connu : « L’habit ne fait pas le moine »

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