Vade retro, Satana!
VADE RETRO, SATANA !
En ce début du 21e siècle, un fossé énorme s’est creusé entre les peuples croyants et non-croyants à propos des valeurs. Dernièrement, sur TV 5, j’ai suivi un mini-reportage réalisé au Sénégal au sujet de l’homosexualité. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que ce débat délicat déferle la chronique là-bas ou ailleurs.
De prime abord, nous devons admettre un constat. La société occidentale fait de plus en plus la sourde oreille aux préceptes divins. La Bible et la Thora, qui sont à l’origine de certaines valeurs des chrétiens et musulmans, interdisent de nombreuses pratiques dont l’impudicité, la divination et le libertinage sexuel. Je ne suis pas bien renseigné en ce qui a trait aux lois de la Thora. Par contre, je connais bien la Bible. Dans Lévitique, au chapitre 20, Dieu interdit de livrer ses enfants à Moloc (2-6) ; de maudire son père (9); de commettre l’adultère (10); de se taper la femme de son père (11), de coucher avec un autre homme (13); de prendre pour épouses la mère et la fille (14-15); de s’accoupler avec une bête (16); de copuler avec sa sœur (17); de coucher avec sa tante (19-20); de cocufier son propre frère (21) ; d’avoir un esprit de divination (26). Plusieurs de ces interdits sont assortis de la peine de mort.
Pourtant, d’aucuns s’en fichent éperdument. Un couple marié composé d’un homme et sa sœur s’est fièrement affiché à l’émission Denis Lévesque de TVA ! Des milliers de gens ne se gênent pas de poser pour le photographe américain Spencer Tunick (Voir Naked World sur amazon.ca) Où va notre monde?
Il va sans dire que, durant les cinq derniers siècles, il a été très difficile de délimiter les notions de liberté et de libertinage. Dès le XVIIe siècle, le philosophe Gassendi notamment a tenté en vain de rapprocher la morale épicurienne avec le christianisme. Au XVIIIe siècle, dit siècle des Lumières, l’autorité de l’Église s’est amenuisée; la Révolution Française, dont les influences ont dépassé les frontières de la France, est venue porter un autre coup dur à la morale selon la Bible.
Depuis le XIXe siècle, les travaux de Freud ont ouvert la voie à une ère encore plus nouvelle. La psychanalyse et la psychologie ainsi que d’autres recherches en génétique ont apporté un nouvel éclairage sur certains comportements humains. Nos gènes nous gouvernent dans une très large mesure, semble-t-il. Que faut-il faire pour les contenir ? Il importe de créer un équilibre entre les démons des uns et la sobriété des autres, entre l’insouciance des uns et l’éthique des autres, entre les théories modernes et les croyances religieuses.
Or, c’est justement ce qui manque dans les sociétés modernes du XXIe siècle où les choses se déroulent presque à sens unique. En effet, sous le fallacieux prétexte de droits et libertés, les autorités ont fermé les yeux devant la décadence des valeurs. Juste deux petits exemples. Nous savons pertinemment tous que le bon sens recommande de vouvoyer toute personne que nous rencontrons pour la première fois ou qui n’est pas un de nos proches. Or, si vous circulez au Québec, attendez-vous à vous voir tutoyé dans les magasins, au restaurant et dans la rue…Des enfants appellent leur père par son prénom et le font avec d’autres personnes plutôt que d’appeler son père papa et de dire tonton ou tantine aux autres comme le recommande le savoir-vivre.
Nous avons aujourd’hui tendance à donner libre cours à nos instincts
primaires. Les valeurs comme l’éthique, la pudeur, le respect, la
sagesse, l’honnêteté, la sobriété, la fidélité, la bravoure et l’amour du
prochain ont fait leurs valises. L’État laïc lui-même ne sait plus qui de la
démocratie ou aux droits individuels a préséance sur l’autre ! Quoi ?
A-t-on le droit, au nom de la liberté individuelle et du fait que notre cœur
nous le dit, de brûler un feu rouge, de déféquer en pleine rue, de tuer
son prochain, de se promener nu dans la rue, de se suicider ? Allons
donc ! Il y a des limites à la liberté. Les lois sont votées par nos propres
élus et servent de garde-fou à la folie !
Le peuple sénégalais, qui a déclenché cet article, a le droit de faire respecter ses lois, qui sont conformes à ses valeurs traditionnelles. Dura lex, sed lex (la loi est dure mais il faut la respecter) Qu’est-ce que les Droits de l’homme ont à voir là-dedans ? Les gouvernements occidentaux se plient souvent pour des raisons purement politiques, si pas électorales, aux sollicitations souvent insolites de toutes sortes de groupes de pression. Le cinéma, la presse écrite, la radio et la télévision ne font plus cas de l’éthique. Beaucoup de ressortissants hindous et chinois ne regardent que leurs propres films et leurs propres chaînes de télévision. Faut-il leur en vouloir ? En effet, que faire quand les élites et même l’État se font complices du libertinage? Parallèlement, veut-on imposer aux Africains et autres, qui sont si jaloux de leurs cultures millénaires, des valeurs qui choquent leur bon entendement et qu’ils considèrent comme des abominations ? N’est-ce pas un néo-colonialisme culturel ?
Sans renoncer à l’édification constante d’une société démocratique
basée à la fois sur la liberté et les droits de la personne, le grand défi
à relever aujourd’hui consiste à trouver un juste milieu entre nos
besoins légitimes et nos démons intérieurs, sinon musulmans,
bouddhistes et chrétiens auront raison de dire: «Vade retro, Satana !»