À tout seigneur, tout honneur! -Nouvelle version.
À tout seigneur, tout honneur – Nouvelle version.
Je vous présente mes excuses si je vous livre une nouvelle version de mon précédent article. J’ai parlé quelque part de dessins ; en fait, je voulais dire des personnages animés. Cela, étant, j’en ai profité pour peaufiner mon article que revoici :
En parcourant l’article dont le titre et l’introduction ci-dessous, je me suis interrogé sur l’appellation « Kinois » que bien d’entre nous s’arrogent :
Kinshasa, 22/09/2009 / Culture
Le Père Henry de la Kethulle Sj, a présenté devant la presse la bande dessinée intitulée « Raphaël au Congo ». Neveu de l’emblématique Tata Raphaël, il veut réveiller la mémoire collective sur la personne de l’illustre éducateur, créateur d’écoles et bâtisseur des stades au Congo. - Mardi, au siège de l’Ordre souverain de Malte dans la commune de la Gombe, le Père Henry de la Kethulle Sj, coordonnateur diocésain des handicapés de Kikwit a présenté devant la presse la bande dessinée intitulée « Raphaël au Congo »
Si je me fie aux articles publiés à propos de la genèse de notre musique, je retrouve entre autres deux Grecs : Papadimitriou de Ngoma et Nikis Cavadias également de Ngoma ainsi que deux Israéliens : les deux frères Gabriel et Moussa Bénatar de la société Solbena, un atelier de confection de chemises (Moussa fut aussi éditeur des éditions Ngoma) Nous avons parfois tendance à ignorer d’autres bâtisseurs qui ont laissé leur empreinte dans l’histoire de Kinshasa. Ma mémoire d’enfant et d’adolescent me suggère, à part Papa Raphaël de la Kethulle, quelques noms célèbres : M. Derings, un commissaire de police très craint ; M. Maurice Alhadeff, qui avait une fabrique de vêtement et fut un des membres d’honneur du F.C. Daring ; un certain Mignon qui fut boxeur, Maertens alias Muana Maria qui fut défenseur du Daring F.C. et des Lions des années 56-57, M. Basile, un Grec, pionnier des pompes funèbres et tant d’autres. Veuillez m’excuser si l’orthographe de certains noms n’est pas correcte. J’ai retenu particulièrement deux pionniers dont j’aimerais vous parler brièvement.
Le premier s’appelait « L’Abbé Cornil » Je me souviens de lui à cause des films qu’il projetait dans les quartiers défavorisés de la ville. J’en ai été un des spectateurs bien des fois. À propos de lui, j’ai lu dernièrement ce qui suit :
SUDPLANÈTE- livre | Belgique - Images et démocratie. Les Congolais face au cinéma et à l'audiovisuel. La politique du gouvernement colonial, dans un premier temps, puis celle du président Mobutu, n'a pas facilité l'accès "libre" au cinéma, qu'il s'agisse de réaliser des films ou de les voir. Le cinéma et la télévision ont été conçus et censurés par les coloniaux et le dictateur Mobutu pour soutenir ou illustrer leur pouvoir….Cet ouvrage met en évidence le fait que depuis les années cinquante, les Congolais sont conscients qu'une production audiovisuelle libre et artistique est essentielle pour le développement démocratique de leur pays.
Pour ce qui est de la censure des films par les colonisateurs, c’est peut-être vrai à certains égards mais, à l’époque, j’étais sans doute trop jeune pour faire le discernement. J’ai quand même lu dernièrement un article qui stipulait que l’abbé Cornil avait réalisé deux films destinés à la femme congolaise notamment en 1956. Et puis, il y a ce témoignage d’un internaute paru dans « Mboka Mosika » « Nos parents ne pouvaient pas aller au show-boat par exemple et le music-hall venait à nous en plus des séances de cinéma en plein air tous les mercredi soir dispensée par l'Abbé Cornil »
En tout cas, je faisais partie de cette génération-là et personnellement je n’avais aucun reproche à adresser à ce curé. Bien au contraire ! Je me suis souvent posé la question, en ce 21ème siècle, pourquoi, avec le peu de moyens dont il disposait, il a pu réaliser ces films et en faire des projections publiques gratuites. Je ne suis pas d’accord qu’on fasse un lien entre lui et la période de Mobutu. Ce dernier disposait de tous les moyens pour aider notre cinéma à se développer. Bien au contraire ! De nombreuses pellicules d’images d’actualité de l’époque de Congo-Vox ont été brûlées. Cela étant, pour reconstituer l’histoire passée de notre pays, nos les rédacteurs en chef de Télé-Zaïre à notre époque devaient se rendre en Belgique. Il n’y a pas que ça. À cause de la politique du recours à l’authenticité, des films montrant des hommes en cravate et des femmes en pantalon et perruques ont été aussi détruits. Allez donc retrouver des archives des spectacles et concerts donnés par nos illustres artistes musiciens des années avant Mobutu ! Tout un pan de notre patrimoine culturel parti en fumée ! Quel gâchis ! Voilà où la peur d’un régime autoritaire et l’excès de zèle nous ont menés!
Voici un article qui témoigne du sérieux avec lequel l’abbé Cornil travaillait.
« Dans un article, paru dans Revue du clergé africain en septembre 1957, l'Abbé Cornil précise sa collaboration avec le commentateur : "Quelle méthode ai-je employée ? Les films étant américains, je commençais par me les projeter en privé (pour en faire une traduction). […] Ensuite, je passais ces textes à mon commentateur qui les lisait plusieurs fois. Je lui projetais les films en privé avec explications appropriées, en indiquant les passages sur lesquels je désirais qu'il insistât et lui donnais quelques explications complémentaires. Dès les premières projections en public, je faisais attention aux réactions de la foule, je guettais les passages où il y avait du flottement. Après la projection, texte en main, je faisais quelques remarques supplémentaires au commentateur qui était alors mûr pour les projections suivantes. Travail long et fastidieux sans doute, mais cela m'a donné des auditoires de sept à huit mille spectateurs qui assistaient à la projection d'un film religieux dans un silence absolu". (L'abbé Cornil, in Revue du clergé africain, septembre 1957, p. 5) »
En lisant ce commentaire de l’intéressé, on ne peut pas dire qu’il ait été animé de mauvaises intentions colonialistes ni qu’il ait voulu se faire la malle. C’est un homme qui avait à cœur d’éduquer et de distraire les populations défavorisées en prenant bien soin de ne pas dire n’importe quoi. Où est le mal ? Je me souviens aussi vaguement d’un film intitulé « Mata-Mata et Pili-Pili » Je ne sais pas qui l’a réalisé. Il a amusé bien de gens à l’époque ! Je me demande aussi dans quel film le général Bumba Moasso avait joué.
Il a aussi connu un certain succès ! Je me rappelle enfin un sketch avec des poupées animées qui disait « Bilulu, Bilulu, kobanga eloko te ! » Pardonnez-moi si je n’en connais pas les réalisateurs ou s’il y a quelques confusions. J’étais trop jeune ! Si d’autres avaient pris la relève, quelle place occuperait le cinéma de nos jours, près de soixante ans plus tard?
Le deuxième héros dont je voulais parler est le père Buffalo qui a fait, lui aussi, l’objet de quelques articles comme celui-ci :
LE POTENTIEL- Edition 3415 du Mardi 03 Mai 2005
« Les rivalités entre « gangs » refont surface. Elles rappellent la «vieille époque» des « clans » qui quadrillaient la ville : «Us Force», les «Mofé», «Bana Us», «Dynamique», «Far West», … Heureusement qu’un prêtre catholique, «père Buffalo » avait infiltré le milieu au point de faire revenir quelques-uns aux meilleurs sentiments, à travers son orchestre « Minzoto Wela Wela » et son opérette « Takinga » dont les vestiges témoignent encore de son œuvre, sur Nyanza, non loin de l’avenue des Huileries, dans la commune de Kinshasa »
J’ai connu personnellement le père Buffalo. Deux fois, dans un bar de Lingwala – le nom m’échappe- j’ai filmé son opérette « Takinga » où plusieurs jeunes du quartier venaient gratuitement suivre les prouesses de Ndanga, Mourumba et Abulangando du trio Dasufa s’exécutant au rythme de la musique de l’orchestre Minzoto Wela-Wela et sa danse « Canneton » En tout cas, ces trois bonshommes-là n’avaient pas le physique d’anciens délinquants issus de gangs de rue ! Bravo pour la métamorphose! Le groupe s’est retrouvé en Côte d’Ivoire comme en témoigne l’extrait ci-dessous : avec ou sans l’orchestre ? Mystère !
« Ngai petit Mangobo na caporal Murumba, comédiens Congolais de Kinshasa ya émission Kin show. Actuellement, tozali ba résidants ya Abidjan na République de Côte d'Ivoire »
Je me demande pourquoi le groupe a quitté Kinshasa ? Peut-être a-il manqué
d’encadrement après que le père Buffalo eut été muté ailleurs comme on peut le lire ci-dessous ?
« Pendant la deuxième République, l’Etat lui avait confié la lourde et délicate tâche d’encadrer les délinquants kinois à Lokandu au Maniema »
Personne ne peut contester l’apport de ce prêtre qui a trouvé le moyen de combattre la délinquance juvénile d’une part en récupérant des jeunes ayant appartenu à des gangs de rue et d’autre part en offrant aux jeunes des quartiers défavorisés des distractions saines. Qui pourra me convaincre que ce prêtre avait un intérêt quelconque sinon celui de se rendre utile à la société ? S’il y a eu des étrangers accusés se s’être enrichis sur le dos des contribuables, ce sont quelques Ouest-Africains, communément appelés « Ndingari » que l’on voyait, certains vendre des noix de cola au marché, d’autres se faisant passer pour des marabouts.
En cachette, ils écoulaient des pierres précieuses pour le compte de quelques cadres politiques ou militaires. Si vous avez lu mon article intitulé « Ce que Verkys n’a pas dit », vous devriez vous demander comment un cadre du pays a pu posséder une centaine de villas au début des années 70 et il devait en posséder d’autres ! J’ai déjà vu un « Ndingari » se faire coincer pour possession illégale de pierres précieuses. Le lieutenant de gendarmerie qui instruisait le dossier a reçu un coup de fil d’un général. Il a dû relâcher son détenu ! Quand je pense que nos cadres préféraient collaborer avec des étrangers plutôt qu’avec leurs compatriotes ! Dans mes articles intitulés « Les irréguliers de Brazza » et « Piraterie, la pandémie du siècle », j’ai fait l’éloge d’autres catégories d’étrangers africains qui, eux, ont choisi vraiment la R.D.C. et Kinshasa comme terre d’adoption sans chercher à s’enrichir. Nous pouvons affirmer la même chose pour des gens venus d’autres continents.
Nous avons souvent tendance à généraliser lorsque nous parlons des Belges, nos anciens colonisateurs. Ne versons cependant pas dans le chauvinisme au point de méconnaître le mérite de certains d’entre eux qui se sont impliqués dans le développement de notre pays sans rien demander en retour.
Beaucoup d’entre nous, qui ont fréquenté des écoles chrétiennes, se rappellent, en dépit des mauvais coups comme le fouet, les corvées, les injures et la pédophilie dans certains cas, l’héritage intellectuel légué par des prêtres et frères professeurs de qui ils ont leur instruction et leur éducation.
Personnellement, j’ai beaucoup de respect pour ces bâtisseurs qui ont accompli plus que ce que nous avons réalisé, nous, pendant les trente ans de Mobutu au pouvoir. Aujourd’hui, nous nous posons des questions à propos de notre cinéma qui tire de l’arrière ainsi que de la recrudescence de la délinquance dans les rues de notre capitale. Qu’est-ce qui nous manque pour faire face à la situation ? Au risque de me répéter, je reviens sur ce que j’ai écrit dans mon article intitulé Popularisation du cinéma congolais, un faux débat. (06/09/2009 ) Ne mettons surtout pas en cause nos politiciens. Il suffit de leur proposer des idées et au besoin faire la preuve de notre engagement. Tout est une question de volonté et de mentalités comme le chante Franco Luambo Makiadi dans « Lettre à M. le D.G. » Totika ko bloquer ba dossiers ya baninga to kobuka bango bakingo! Ce ne sont ni les talents ni les bonnes volontés qui font défaut. Les Congolais, toutes races et origines confondues, sont très intelligents et très entreprenants. Laissons-les tout simplement s’exprimer au lieu de brandir le stupide et rétrograde slogan « Kinshasa babetaka tolo te ! »
En tout cas, les de la Kethulle, Derings, Alhadeff, Cornil, Buffalo et autres nous ont prouvé qu’ils avaient adopté notre pays et qu’ils se considéraient comme des « Bana Mboka » Rendons-leur les honneurs qui leur sont dus. Ne dit-on pas: « À tout seigneur, tout honneur » ?