Bas-Zaïre à la mer.

Publié le par Célestin S. Mansévani

Bas-Zaïre à la mer.

Où sont passées les archives coloniales de Bas-Congo ? Ont-elles été jetées à la mer  pour paraphraser Franco Luambo Makiadi?

Il y a bien un moment que je m’apprêtais à écrire sur le Bas-Congo en réaction avec l’article ci-dessous :

Kinshasa , 04/11/2009 Bas-Congo : reprise des travaux de réhabilitation de la route Kisantu-Kimvula

Lorsque j’ai eu 12 ans, je fis partie de la chorale du Collège Notre-Dame de Mbansa-Mboma. Nous avons eu le privilège de visiter bien d’endroits. Je me souviens de notre séjour au grand séminaire de Mayidi. C’est là que j’ai découvert pour la première fois les escaliers en colimaçon. Nous y avons chanté des chansons de Noël comme « Il est né le divin Enfant », « Entre le bœuf et l’âne gris » « Les Anges dans nos campagnes » et tant d’autres. Nous y avons également interprété des chansons populaires mondaines comme « V’là le bon vent », « Tiou…Tiou », « Colchique dans les prés », etc.

Pour accéder à Mayidi, il nous avait fallu arriver à Kisantu et de là prendre la route qui va vers le Bandundu. On sait que beaucoup de localités sont situées sur cet axe routier dont le petit Séminaire de Lemfu, le grand Séminaire de Mayidi, la célèbre Croix de Mbata-Kulunsi ainsi que  les localités de Ngeba et de Ngidinga. Feux Papa Joseph Lukoki et Maman Marthe Mungenga, les parents de mon épouse Jeanne Lutondo proviennent de cette dernière. Je n’y ai malheureusement jamais mis les pieds.

Cet article met permet de faire un survol de mes souvenirs du Bas-Congo, particulièrement sur les lieux où j’ai séjourné. Je vous ai déjà parlé de Songa-Lumueno, le village de mon père. Je n’y reviendrai donc pas. Je ne vais pas non plus me livrer à un exercice de description. Ce serait trop long et je n’ai pas la prétention de connaître le Bas-Zaïre comme c’est le cas avec la ville de Kinshasa. Je me contenterai plutôt évoquer quelques bons et mauvais souvenirs par ordre chronologique.

Mbanza-Ngungu.

Je n’ai pas grand’chose à ajouter à ce que j’ai dit précédemment. J’ai souvent pris le train avec un de mes parents pour aller en vacances ou en voyage. À l’époque des trains, j’aimais bien l’odeur de la fumée s’exhalant des locomotives. Cependant, il m’est arrivé que de la poussière de charbon se ramassât dans mon œil. Ça, ça faisait mal ! J’en avais les larmes aux yeux et les narines qui me coulaient.

Lukala-Kimpese

Je suis de Songa-Lumueno. Nous descendions à la gare de chemin de fer pour prendre des camions. Il y avait aussi ceux des passagers en route pour Luozi qui descendaient à la même gare ainsi que ceux qui s’en allaient à Songa-Mani. Plus loin, se trouvait la mission catholique et le couvent des sœurs. Une route partant de la gare conduisait encore plus loin à la mission protestante où se trouvaient l’Institut Médicale Évangélique (IME) ainsi qu’une école secondaire. J’y ai été une fois de passage. Je n’en ai pas retenu grand’chose. En traversant les rails de chemin de fer, on aboutissait aux magasins tenus par les Portugais.

Plus tard, ce sont des commerçants congolais et angolais qui ont pris la relève. Après les magasins, la route rejoignait celle reliant Kinshasa et Matadi.

Au loin, on pouvait apercevoir les effluves de fumée sortant de la Cimenterie de Lukala. Il y avait à cet embranchement un hôtel, celui de Gérard Kiakumbwa. Pour aller à Songa-Lumueno, nous prenions la droite en direction de Matadi. La route vers Kasi et Luozi surgissait après le pont sur la rivière Kwilu. Quant à nous, nous prenions la route sur notre gauche. Quelques kilomètres plus loin, nous arrivions à un autre embranchement. La route de Songa-Mani, autre grand marché tropical,  s’en allait vers la gauche. La nôtre continuait tout droit.

Tumba

J’ai passé une année, la 6 ème année primaire, à Tumba (1953-1954) Nous y sommes allés par le train avec feu mon cousin Zéphyrin Kuanani, de deux ans plus âgé que moi, pour nous faire inscrire. À partir de Marshall, nous avons eu quelques escales dont Dethieu, d’où partait une route vers la Mission catholique de Nkolo ; Nkolo-Fuma, avec ses palmiers, et Catier où il y avait plusieurs  voies de chemin de fer parce qu’on y réparait des locomotives ; avant d’arriver à Moerbeke, avec ses cannes à sucre. De là, nous aurions pu prendre la route mais il n’y avait aucun véhicule en partance pour Tumba. Nous avions donc deux choix, soit y aller par la route carrossable, ce qui prenait au moins trois heures, soit prendre un raccourci. Nous optâmes pour cette dernière solution. Hélas ! Au bout d’une trentaine de minutes, affublés de nos valises et colis, nous débouchâmes devant un pont en lianes suspendu au-dessus de la rivière Kwilu. C’était la première fois que je voyais de près un pont en lianes et ce grand cours d’eau. Celui-ci me paraissait immense et j’avais peur des crocodiles. Nous restâmes là, ne sachant quoi faire. Finalement, deux villageois apparurent. Ils nous aidèrent à traverser en se chargeant de nos bagages. Nous-mêmes traversâmes tant bien que mal, nous accrochant aux lianes. Nous étions en larmes ! Nous parvîmes tant bien que mal de l’autre côté et remerciâmes nos sauveurs.

De Tumba, j’ai gardé quelques souvenirs. Nous avions des dortoirs. Par contre, nous devions nous-mêmes construire nos cases qui nous servaient à fois de cuisine, réfectoire et vestiaire. Chacun devait, en plus, se fabriquer sa table en bois, faite de bois arraché à des caisses ayant contenu des produits achetés en magasin. Ceux, comme moi, qui ne savaient pas le faire, devaient se payer, moyennant quelques sous, les services d’un collègue doué pour la chose. Chaque coin de la province avait sa case. Bien sûr, nous, nous habitions avec les écoliers originaires de la contrée de Songa-Lumueno. Une semaine avant le début des cours, chaque communauté devait se construire sa case. Il fallait aller couper des arbres, des rameaux, des lianes et de la paille puis se mettre à construire. Je n’avais jamais fait ça auparavant. Les autres confrères, ceux qui venaient des villages, eux, avaient l’habitude. Ils se moquaient de nous et nous engueulaient des fois pour notre paresse et nos maladresses. Ce n’est pas tout. En cours de semaine, il fallait aller couper du bois de chauffage aux heures de midi, profitant de la pause entre les cours du matin et ceux de l’après-midi. Il fallait faire vite ! Et puis, nous avons été contraints à apprendre à cuisiner pour tout le groupe. En revenant des vacances, chacun devait apporter dans ses bagages des denrées alimentaires qui étaient collectés pour tous les résidents.  Le frigidaire était inconnu à l’époque.

Il y avait avec nous des aînés des différentes promotions jusqu’à la 6ème secondaire. Parmi les plus connus figuraient feu Étienne Ndongala, futur ministre dans le régime Mobutu, feu Timothée Makaya, futur directeur à la Banque de Kinshasa et feu Pierre Diasivi, futur directeur à Air-Zaïre. Ils n’étaient pas de bonne humeur quand les repas n’étaient pas à leur goût et ils nous le faisaient sentir. De toute façon nous, qui venions de la ville, étions très mal vus.

Nous passions quand même la nuit dans des dortoirs modernes dotés de l’électricité. À 5 heures du matin, un strident coup de sifflet se faisait entendre. Tout le monde se levait et sortait dehors pour se mettre en rang.  Nous devions descendre à la queue leu-leu   à la rivière Lombesa, située à un kilomètre de là pour y prendre notre bain. Ensuite, nous remontions la colline. C’était essoufflant.

L’école possédait une fanfare dirigée par un Frère des Écoles chrétiennes. J’y ai connu le Frère Clément Zouza. C’était un mulâtre. À l’occasion des fêtes, les écoliers faisaient des dessins avec plusieurs couleurs dans la rue. Je ne me souviens plus comment ils faisaient mais c’était très beau ! Les élèves avaient aussi leur équipe de football qui se mesurait aux autres équipes du district. Nous y avons connu d’excellents joueurs comme Joseph Matu alias Roi, un autre grand dribbleur Philippe Lubikulu  surnommé Coppens, Gérard Kiamosiko alias  Juif, Alexis Lumbuenadio et d’autres.

À la fin de 1954, je me trouvais en vacances au village lorsque je reçus une lettre par la poste m’informant que, à la fin des grandes vacances,  je devais me rendre au Collège Notre-Dame de Mbansa-Mboma où je venais d’être transféré. Ce fut un grand soulagement. Je n’ai jamais aimé Tumba à cause des corvées extra-scolaires.

Mbansa-Mboma

C’était une ambiance totalement différente de Tumba. Les cours avaient leu le matin et l’après-midi. Il y avait des heures d’études en soirée. Nous avions un réfectoire, des cuisiniers, un dortoir et un vestiaire. Nous disposions d’une salle des jeux où nous pouvions jouer aux dames, aux échecs et au ping-pong. À l’époque, la télé n’existait pas. Deux petites cours entre deux bâtiments avaient été aménagées en  terrains de basket-ball et de volley-ball. J’ai pratiqué tous ces jeux et sports. Il y avait aussi une fanfare où j’ai joué le 2ême baryton. J’étais un nul ! Une église se dressait à l’entrée principale en venant du pensionnat des filles. Nous y allions à la messe tous les matins. J’y ai été sacristain. Dans la journée, durant la pause de midi,  nous dînions. Aussitôt après avoir lavé nos assiettes au lavoir qui se trouvait à l’écart du réfectoire où étaient pratiqués une dizaine de trous faisant jaillir l’eau, nous nous rendions obligatoirement sur le terrain de football derrière les douches et le vestiaire. Toute l’école devait participer au jeu, chaque classe  à part. Imaginez-vous six classes courant chacune derrière son ballon ! Maître José Mayidika Ngimbi et Maître Gérard Kamanda s’y livraient un véritable duel de bousculades et crocs en jambes ! Plus tard, une piscine à ciel ouvert a été bâtie derrière la chapelle. Le soir, avant d’aller faire dodo, nous nous retrouvions dans la petite chapelle pour prier et chanter à la Vierge matrone « Vierge douce et secourable, écoute mon chant d’amour. Bille en ma nuit misérable, toi l’aurore, toi le jour »

Mbansa-Mboma, c’était un complexe qui ne payait pas de mine. Pourtant, c’était très bien organisé.

En dehors des folies de notre promotion, quatre incidents m’ont particulièrement marqué. Le premier s’est passé en 1955 alors que nous jouions au football dans la cour de l’école avec José Nimy. Nous étions juste nous deux. Je me demande pourquoi nous étions restés là puisque tous les autres élèves se trouvaient en salles de classe. C’était l’heure consacrée à l’étude. Voici la suite. Suite à un mauvais dégagement, le ballon resta coincé au-dessus du toit d’un des corridors. Mon voisin Nimy monta sur le toit, je ne me souviens plus comment. Il récupéra la balle et me l’envoya. Il faisait déjà noir et le groupe électronique éclairant l’école fonctionnait. Il me désigna les fils électriques en disant : «  Tu sais, voisin ? Moi, je n’ai pas peur du courant électrique. J’ai déjà touché à des fils chez-nous à la maison» J’essayai de le résonner mais rien n’y fit. Il toucha alternativement l’un des fils avec l’une et l’autre main. Rien ne se passa. Quand il voulut repasser de l’autre côté, il se courba en s’appuyant cette fois sur les deux fils à la fois. Je le vis trembler; les fils se mirent à bouger fort. Comme il aimait bien blaguer, je pensai qu’il jouait un autre petit numéro pour m’épater. Soudain, je vis que ses yeux s’étaient révulsés et qu’ils avaient viré au vert. Je me mis à courir vers l’autre bout de la cour en criant « Au secours ! Au secours ! » Toutes les classes se vidèrent. Jean Bianda, un des aînés, un costaud, qui était en classe de rhétorique, monta sur le toit avec un gros morceau de bois sec, prêt à cogner fort. Heureusement, un des curés avait rejoint le groupe électrogène. Il coupa le courant. On descendit l’infortuné qui était étourdi. Moi, je tremblais de tous mes membres ! Les pères professeurs, accourus, me recommandèrent de ne pas dire à José ce qui s’était passé. Plus tard, durant l’heure d’étude en classe, lorsqu’il eut recouvré ses esprits, il se pencha vers mon oreille et me demanda discrètement ce qui s’était passé. Je le lui avouai.

Un autre incident impliqua Léon, un de mes amis. Nous étions déjà en 3ème gréco-latines. À l’insu de tous, il avait planté de la marijuana dans le jardin des missionnaires. Un des jardiniers le découvrit et alerta les prêtres. Mon ami fut piégé. Il fut cueilli au moment où il visitait sa plantation. Plus tard, on découvrit deux malles en fer cachées sous son lit de dortoir, pleines de feuilles de mari. Il fut renvoyé sur-le-champ. Je n’ai jamais compris ce qu’il comptait faire avec tant de chanvre. Les écoliers n’en fumaient pas !

Bon. Venons-en à présent à moi-même ! En 1955, j’ai failli me noyer dans la rivière où nous allions nous baigner. Elle coulait à un kilomètres du collège. Un condisciple, dont je tairai le nom, me proposa de m’apprendre à nager. Il m’embarqua sur un tronc d’arbre mort et nous atteignîmes le milieu de la rivière. L’endroit était très profond. Arrivé là, il me poussa dans l’eau, récupéra le bois mort, regagna la rive et s’enfuit. Abandonné à moi-même, je commençai à avaler de l’eau et à couler. Je perdis connaissance. Soudain, j’ouvris les yeux. Un autre collégien plus âgé, Siméon Kitunda, s’était mis à me faire du bouche-à-bouche et c’est lui qui, passant là par hasard, m’avait vu me noyer et m’avait secouru, me ramenant à la rive. Il en informa le recteur de l’école et je fus obligé de tout avouer. Le méchant condisciple fut renvoyé de l’école. Personnellement, je ne comptais en parler à personne. Hélas ! J’ai retrouvé mon « meurtrier » raté à Kinshasa plus tard. Je n’ai jamais fait allusion à l’incident. Je l’ai même aidé à se retrouver un nouvel emploi alors qu’il venait de perdre le précédent.

Voici l’autre incident, celui qui m’a marqué pour le restant de ma vie. Cela s’est passé en 1956, juste après l’histoire de José Nimy. J’étais un gardien de but célèbre pour mes plongeons à la « Vignal Kibiasi »On m’avait surnommé « Mansévo » ou encore « Nsévo » par mes bouillants et écervelés condisciples. J’adorais défier les porteurs de ballon en plongeant dans leurs pieds. Ce jour-là, pour m’éviter l’un d’entre eux, Kinavuisi, un gars fait tout en muscles, sauta et  atterrit de tout son poids sur ma jambe droite tendue qui fit …Crac ! » Le tibia et le péroné étaient brisés. Je fus d’urgence transporté à la Fomulac par le père Michel Deckers, ancien parachutiste et aumônier militaire, qui a fait la 2ème Guerre mondiale et deviendra plus tard mon professeur de 3ème gréco-latines. Je vous en ai parlé dans « Les risques du métier » Au fait, une parenthèse ! Je viens de faire connaissance avec Régis Lukoki, le frère de mon ancien condisciple Philippe Kabuiku Mafuala, celui qui avait fait peur à un curé avec son masque de mort. Je dois cependant apporter un rectificatif. Le père victime de la farce n’était pas le père Michel mais le recteur du collège en personne, celui qui avait remplacé le père Schöller. Voilà !

Pour en revenir à ma fracture, j’ai passé 5 mois à la Fomulac. Le 6ème mois,  je suis revenu au collège avec ma jambe emprisonnée dans le plâtre. C’est pendant ce séjour d’un mois dans une chambre aménagée pour moi que ma mère est venue me voir, furieuse que je ne les aie pas informés, mon père et elle, de mon accident.

J’ai aussi reçu une visite inattendue, celle de Mgr Pierre Kimbondo. Il a été très sympathique et je lui ai posé un tas de questions sur la foi chrétienne. Il avait réponse à tout. Là où il ne m’a pas convaincu, c’est lorsque je lui ai demandé pourquoi nous, qui sommes innocents, devons payer pour le péché originel. Il m’a parlé d’hérédité. Sauf que, à l’époque, je ne savais rien de la médecine ni de la biologie.  Un mois plus tard, les médecins ont remplacé mon plâtre par un autre plus petit, libérant mon pied et mon genou,  et ils m’ont donné des béquilles pour que je réapprenne à marcher. Trois semaines plus tard, j’ai été débarrassé de mes béquilles. J’ai gardé des séquelles de ma fracture mais je n’en ai cure.

Madimba

C’est à Madimba que nous descendions du train ou que nous le prenions. En sortant de la gare de chemin de fer, une route carrossable rejoignait la route Kinshasa-Matadi. Nous prenions à gauche vers Kinshasa. Cinq kilomètres plus loin, un embranchement apparaissait sur la droite et la route vers le collège montait, gravissant la colline sur 1 kilomètre. Madimba me rappelle ses magasins situés sur la route mais aussi l’École de redressement de jeunes criminels. L’Équipe du collège les a rencontrés deux fois sur le terrain attenant au centre. Je me rappelle la scène où nous encouragions les nôtres en chantant. « Bombardier, boma bango » Bombardier, c’était le surnom de Nicolas Bayonne, devenu Bayona Bamenga plus tard avec le recours à l’authenticité. Ce fut un bon avant-centre avec des tirs foudroyants à la Pierre Kalala. Je viens d’apprendre qu’il est mort. Je l’ignorais et j’offre mes condoléances à sa famille. J’y reviendrai sûrement.

Kisantu-Inkisi

À part mon séjour à l’hôpital, je suis allé quelque fois à Kisantu. L’équipe du collège y a rencontré, sur un terrain situé non loin de la cathédrale,  celle de l’École professionnelle où évoluait Jean Kembo avant qu’il n’endosse la vareuse de V. Club. J’ai aussi visité le jardin botanique. Je ne me souviens plus à quelle occasion mais j’ai assisté deux fois à de grandes messes dans la cathédrale.

Pour ce qui est d’Inkisi, je l’ai visitée deux fois dans les années 70 alors que j’œuvrais à Télé-Zaïre. Une fois, je l’ai fait  avec mon ami Jean Mateta Kanda à la demande de l’orchestre Tout-Puissant Zembe-Zembe dont nous avons filmé un concert. L’autre fois, c’était lors d’un reportage sur  des commerces, je crois.

Ah ! Voici une triste histoire. Inkisi me rappelle aussi le décès tragique de Tshibangu Njilamule. C’est lui qui animait « Place aux vedettes » avant Lukezo. En revenant avec des collègues, qui l’avaient invité,  de festoyer lors d’un mariage coutumier, il laissa son bras sorti de la carrosserie.  Or, ils arrivèrent à un dangereux virage. Le « kimalu-malu »  à bord duquel il avait pris place roulait à une vitesse d’enfer dans un tintamarre de voix chantant et hurlant sous l’effet de la boisson  « lungwila » alias « mandat d’amener » Venant en sens inverse,  un autre camion qui, lui aussi, fonçait à tout casser, manqua d’entrer en collision avec le premier. Les deux véhicules s’évitèrent de justesse, se frôlant quand même puis continuèrent chacun sa route. Le bras de l’animateur venait d’être arraché par l’autre véhicule. Sous la douleur, il perdit connaissance. Au bout de quelques kilomètres, entre Sona-Bata et Kasangulu, un des passagers se rendit compte qu’il y avait du sang répandu à ses pieds. Il alerta les autres. Le drame fut découvert. Kinshasa était trop éloigné. Le chauffeur fit demi-tour jusqu’à l’urgence à l’hôpital de Sona-Bata. Tshilambu y mourut. Il avait perdu trop de sang ! Sa femme fut inconsolable. Elle n’avait pas été d’accord qu’il acceptât cette invitation de dernière minute à cette célébration de mariage. Comme toujours, la rumeur publique pointa du doigt ses collègues de la Voix du Zaïre.

Sona-Bata

J’y suis souvent allé passer quelques jours de long congé – je ne parle pas des vacances- auprès de l’abbé Célestin Sinsi, un ami de mon père. Il a défroqué dans les années 60. Il y avait sur la route à Sona-Bata, en venant de Matadi, sur la droite, l’immeuble inachevé de Franco puis surgissait un embranchement qui menait vers la mission protestante et son hôpital. En descendant vers le chemin de fer, on aboutissait aux magasins. Nous y allions souvent en excursion nous acheter des sardines. Au collège, nous mangions presque toujours des haricots. Cependant, il n’était pas interdit de s’acheter de quoi changer un peu de régime alimentaire. Grâce à l’abbé Sinsi, j’ai pu visiter la contrée des Balemfu. J’ai ainsi connu le village natal de feu Emmanuel Bemba. Je me souviens que, à l’époque, beaucoup de villageois étaient habillés en noir. Ils étaient en deuil. Ils évitaient de croiser nos regards. Je n’avais pas compris pourquoi à l’époque. À présent, je comprends qu’ils nous en voulaient parce que nous étions des catholiques. Grâce à l’abbé Sinsi, je suis descendu jusqu’au fleuve Congo et j’ai vu de loin l’autre rive, celle de l’actuel Congo Populaire. Bien sûr, il n’y avait rien à cet endroit que la forêt et la savane. Il n’y avait rien non plus pour traverser ni accoster. C’était loin de Brazzaville !

Kimwenza

Nous sommes allés au complexe Manreza une fois avec la chorale, l’autre fois en retraite de trois jours. Je n’ai malheureusement pas pu visiter la localité.

Kasa-Ngulu

C’est là que j’ai débuté ma carrière professionnelle en août 1962. J’avais 19 ans. J’ai débuté en qualité d’agent territorial. J’habitais un quartier situé sur la route Kinshasa-Matadi avant le fameux virage de la mort où tant de véhicules se sont abîmés. Sur la gauche, une route conduisait vers des fermes où on élevait des porcs.

À Kasangulu, les bureaux territoriaux étaient situés sur une colline à gauche en venant de Matadi. Nos habitations de style colonial se trouvaient sur le plateau derrière nos bureaux. La cité était visible de loin sur le versant d’une autre colline de l’autre côté du chemin de fer et en deçà des magasins. On n’en apercevait qu’une partie, le plateau abritant la partie la plus importante de la localité étant invisible de la route. Lorsque le vieux Joseph, secrétaire de territoire, a pris sa retraite, j’ai été promu administrateur assistant, secrétaire de territoire et j’ai déménagé. Le nom de l’administrateur territorial m’échappe mais je sais que son adjoint, un Muteke, s’appelait Léon Nkene. Il y avait aussi Kwama, un agent territorial. J’ai séjourné une fois à Menkao, qui faisait partie de notre juridiction. Il n’y avait pas d’eau dans la région. Par contre, le gibier y abondait. On pouvait croiser des lièvres et des gazelles rôdant autour du gîte d’étape. Léon Nkene en  a abattu un. Je ne sais plus quelle bête c’était.

Matadi-Mayo.

Quand le siège des institutions provinciales du Kongo central a été transféré à Matadi Mayo (1964), ma façon particulière d’écrire a été remarquée. M. René Kisumuna, secrétaire général de la Fonction publique provinciale,  reçut à mon sujet une demande du ministère de l’Information qui recherchait un bon journaliste reporter. Je fus donc muté de Kasa-Ngulu à Kinshasa. Je trouvai un logement au numéro 6 de la rue Bolafa à Ngiri-Ngiri. Feu le général Donat Mahele habitait chez ses parents au numéro 1. Je faisais partie des fonctionnaires provinciaux qui habitaient la capitale et allaient travailler à Matadi Mayo, agglutinés à l’arrière de camions qu’on appelait « Bukula » (renverse) Ils n’avaient pas de toit et il arrivait, dans une courbure, qu’un des passagers soit projeté sur la route. Une fois, c’est toute la cargaison de fonctionnaires qui se renversa. Il y eut des blessés graves. Plus tard, notre direction générale fut transférée à Binza I.P.N. C’est alors que M. Georges Luemba, qui était notre secrétaire général et qui venait de se faire élire bourgmestre de N’Djili, me recruta. Je déménageai alors à N’Dlili.

Matadi

Je suis allé trois fois à Matadi. La première fois (1964), j’accompagnais le président Moanda Vital en visite à Boma, Tshela, Lukula et Moanda. La seconde fois (1964) , j’y suis allé lors de l’inauguration d’un grand bateau de la CMZ. Au cours de toutes ces deux missions, je logeai à l’hôtel Mangrove. La troisième visite s’est effectuée lorsque, en 1971, de retour de mon stage à l’O.R.T.F. à Paris, et désormais muté à Télé-Zaïre, je suis allé dédouaner ma voiture en provenance de la France. Je n’ai pas apprécié ce dernier séjour à cause des grosses pierres qui vous barraient la route et vous obligeaient de les contourner, allongeant les distances, et aussi à cause des toilettes publiques. Je n’aime pas faire la file pour aller au petit coin.

Le Bas-Fleuve

Une mission de service me permit de me rendre dans le Bas-Fleuve, faisant partie de la suite officielle du président provincial Vital Moanda. Sur la route de Lukula, je notai la poussière rouge qui s’accrochait à nos costumes, cheveux et visages. À Boma, ce qui retint mon attention, ce furent les manguiers, l’odeur des mangues mûres ainsi que les colonies de vampires (ngembo) volant à basse altitude et tournoyant au-dessus des arbres en poussant des cris, puis fonçant soudainement  sur les fruits, les piquetant et les faisant malencontreusement tomber.

Le mot de la fin.

Le  Bas-Congo de mes souvenirs n’est pas celui d’aujourd’hui. J’avais 10 ans quand j’ai quitté Mbanza-Ngungu. Je ne pouvais pas savoir ce qui s’était passé dans les années 40 et ce n’était pas suffisant pour me rappeler ceux d’avant 1951.

Les meilleurs de mes souvenirs du Bas-Congo sont ceux après Tumba, dans les années 55-60, alors que j’étudiais au Collège Notre-Dame de Mbansa-Mboma. C’est normal. Je passai désormais de l’enfance à l’adolescence puis  au commencement de l’âge adulte. Cependant, il ne faut pas oublier que, à part le collège et le pensionnat des Sœurs du Sacré-Cœur, à Mbansa-Mboma, il n’y avait rien à visiter. En plus, nous n’étions pas autorisés à sortir des murs de l’internat sauf pour quelques rares excursions. Par contre, j’aurais pu connaître davantage Kasa-Ngulu si j’y avais séjourné plus longtemps. Quant à Kimpese et les autres, c’était juste des points de passage.

En tout cas, j’espère que des chercheurs pourront aider à reconstruire l’histoire de cette province. Beaucoup d’événements s’y sont déroulés à l’époque coloniale. Pourtant, lorsque je consulte les quelques sites qui décrivent cette province, je tombe sur des événements actuels. Qu’en est-il de notre passé colonial et de celui après l’accession du pays à l’indépendance ? Si j’avais su que j’allais un jour me retrouver dans ma situation actuelle, je vous jure que j’aurais tout tenté pour faire parler des personnes qui m’en auraient appris plus. Mais, Il n’est jamais trop tard. Les contemporains de mes défunts parents ne sont pas tous morts. C’est du côté des pensionnés et des archives du building Onatra qu’il faut aller chercher. Je le répète : l’OTRACO et les autorités politico -administratives de l’époque coloniale

étaient très liés.

« Bas-Zaïre à la mer » ? Non ! Il ne faut absolument pas que notre passé historique soit noyé dans les flots impétueux de Mbengo-Mbengo, le Chaudron d’enfer,

ni dans les eaux profondes de l’Océan atlantique ! Je l’espère fermement.

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E
J'ai beaucoup aimé ce que vous avez écrit. Je ne vous vois pas comme tel. J'ai une autre considération de votre personne à partir de la Voix du Zaire à l'époque de mon stage au Sevoza pour le<br /> compte de la premiere promotion. C'est Faustin Assissakio qui me parlait beaucoup de vous. Merci. J'ai vu maintenant à Matadi à la RTNC
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