RD Congo: le dilemme de Kabila

Publié le par Vieuxvan

RD Congo : Le dilemme de Kabila

 

 SACHA DISTEL & DALDA " SCANDALE DANS LA FAMILLE

 

Je viens de visionner l’entrevue qu’a accordée l’historien  Anicet Mobe à TV5 sous le titre « Hier Congo Belge, aujourd’hui RDC » et de lire également l’article intitulé « Les pâles lueurs de Kabila », publié en 1998. (Voir L'Express du 25 juin 1998). Je me rends compte à quel dilemme l’actuel président de la République Démocratique du Congo doit faire face.

La seule question qui me vient à l’esprit est celle-ci : pourquoi notre pays, malgré ses bobos et la crise humanitaire à ses frontières orientales, fait-il encore courir tant de pays ?  La réponse est aussi claire que l’eau de roche : c’est à cause de ses ressources naturelles.

En écoutant bien l’exposé d’Anicet Mobe, on se rend bien vite compte que la Belgique, ancien pays colonisateur, 80 fois plus petit que le Congo, n’aurait jamais eu les reins solides, à lui tout seul,  pour garder l’exclusivité de la coopération dite bilatérale avec un si grand pays d’autant que, avec le temps, on a découvert de nouvelles ressources naturelles outre mesure, notamment le cobalt, le pétrole, l’uranium  le coltan et tant d’autres, qui n’avaient presque pas été identifiées à l’époque coloniale.

Force a donc été à la Belgique de s’allier avec d’autres partenaires dont la France et les Etats-Unis, mais ce ménage à trois la défavorisait parce que les deux autres sont plus grands et disposaient du nerf de la guerre, un atout majeur dont malheureusement elle n’était pas bien pourvue.  La défection de Mobutu pour les Etats-Unis d’Amérique ne doit donc pas nous surprendre outre mesure. Tout au long des deux régimes précédents l’actuel, la Belgique s’est donc contentée de jouer son troisième rôle. Les trois « moustiquaires » s’en sont donné à cœur joie avec un Mobutu qui exécutait tous les ordres, même les plus basses besognes, pour tenir ses engagements envers eux. Le seul hic, c’est que, au niveau du développement de son pays qu’il était supposé assurer, l’homme fort du Zaïre des dernières années n’a rien fait. Pire, lui et son oligarchie ont tout emporté, laissant un pays exsangue et donnant une mauvaise image de la coopération occidentale. En effet, le peuple congolais n’était dupe. Il savait pertinemment que les Etats-Unis, la France, la Belgique et leurs alliés s’appropriaient nos richesses naturelles à coûts de milliards pendant que, lui, il croupissait dans la misère.

C’est cette mauvaise image qu’il donnait de ses sponsors qui occasionna sa chute. La grogne se lisait sur les lèvres du peuple congolais qui avait une image erronée de la contribution des coopérants occidentaux au développement du pays. Dès lors, Mobutu devenait un sérieux handicap et il fallait qu’il cédât sa place, une alternative qui ne figurait aucunement dans les plans du Grand Léopard qui s’était donné cent ans de règne pour ne pas dire un pouvoir éternel. Vu de cet angle, on comprend facilement pourquoi les Etats-Unis, qui étaient le plus gros des trois coalisés se sont tournés vers les pays limitrophes pour créer une brèche et forcer le passage que l’on sait. L’appétit venant en mangeant, nos voisins, sous-traitants pour l’occasion  des Américains, ont profité de cette bonne aubaine pour lorgner de plus en plus nos richesses naturelles. Malheureusement, les groupes armés incontrôlables ont tiré profit de la situation, d’où l’intervention du président Barak Obama et celle de l’O.N.U. faites dernièrement. Nous lisons entre autres : :

- dans Barack Obama barre la route aux factions armées

"Les Congolais ont trop longtemps été des pions dans la lutte sanglante entre groupes armés, qui ont financé leurs violentes campagnes de terreur avec le produit d'une activité minière illicite", a déclaré jeudi le représentant démocrate Howard Berman, président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants.

 

- dans Sanctions reconduites par le Conseil de Sécurité de l'ONU

Le Conseil de sécurité de l'ONU a prorogé d'un an lundi le régime de sanctions qu'il a mis en place pour protéger les fragiles institutions de la République démocratique du Congo (RDC) contre les milices armées.

Les FDLR et LRA visés

L'embargo sur les armes, qui date de 2003, vise les multiples milices armées qui sévissent dans l'est du pays, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et Sud-Kivu et dans le district de l'Ituri, et "perpétuent un climat d'insécurité dans l'ensemble de la région".

 

Chose qui était quasiment impensable au temps du mobutisme malgré deux visites du président Mobutu au président Mao-Tsé-Toung et quelques ballons d’essai non négligeables (Cité de la Nsele, Palais du Peuple et Stade des Martyrs à Kinshasa; Pont Maréchal Mobutu à Matadi) , la Chine populaire n’avait jusque-là jamais été conviée au grand festin. Avec le jeune et nouveau président,  qui a lui-même reçu une partie de sa formation militaire en Chine avant la prise de pouvoir par son père, la donne a considérablement changé. Nous avons découvert une Chine qui veut étendre son hégémonie à travers le monde à l’instar des Occidentaux.  Ces derniers ne pouvaient pas demeurer impassibles devant cette intrusion des nouveaux venus sur leurs plates-bandes.

Or, pendant les 32 ans de règne du temps, les nouveaux chantiers de travaux étaient plutôt mitigés, alors que, avec Kabila, la coopération Chine-RDC prend de plus en plus de l’ampleur avec les cinq chantiers initiés par le jeune président et l’implication des Chinois qui n’est plus à démontrer. La République Démocratique du Congo est en train de se construire et de se développer. Les preuves concrètes et les  réalisations tangibles crèvent les yeux!

Connaissant bien nos anciens exclusifs partenaires, je me demande si l’intrusion de ce quatrième larron recevra l’aval des autres. N’oublions pas que la Chine mène présentement la vie dure aux  Occidentaux au plan tant  économique que financier. Il n’y a qu’à penser à la main d’œuvre chinoise bon marché, à la copie de marques de mode célèbres ainsi qu’à la dette des USA envers la Chine. Eh oui ! Les USA doivent à la Chine !

Les pays du Sud financent la dette des Etats-Unis

La moitié des réserves de ces pays, soit 775 milliards de dollars à la fin de 2004, sont détenues par l’Asie orientale, et approximativement les quatre-cinquièmes par la Chine.

Le président Kabila pourra-t-il éviter un conflit entre les deux campas ? Quel conflit ? Personnellement, je crois qu’il ne devrait pas y en avoir. Nous n’avons qu’à traiter avec chacun de nos partenaires selon ses champs d’intervention. Cependant, il va demeurer des zones grises, si je me réfère à ces extraits du Journal « L’Express » du 25 juin 1998.

Président par intérim et par accident, Joseph Kabila hérite d'un pays démembré et saccagé. Les deux tiers du territoire lui échappent. L'effort de guerre y engloutit les quatre cinquièmes des ressources…

A l'est, les Rwandais raflent l'or du Kivu, et lorgnent sur les diamants du Kasaï ou les minerais précieux du Katanga. Quant aux Ougandais, ils écument les richesses du Nord, de Kisangani à Gbadolite. En échange de leur soutien militaire, Kinshasa cède mines d'or et concessions diamantifères au Zimbabwe, à l'Angola, voire à la Namibie.

En effet, d’une part, avec les contrats dernièrement signés avec la Chine, dorénavant, l’accord de Lusaka risque de battre de l’aile,  et d’autre pat, grâce au  soutien militaire des Etats-Unis, si jamais on y a recours de façon exclusive, la RDC n’aura plus besoin de celui du Zimbabwe et de l’Angola.

Au risque de pécher par redondance, je répète qu’il est aberrant de confier la sécurité à nos frontières à un pays comme le Rwanda qui nous a déjà envahis. Les Chinois le feraient-ils avec les Japonais, les Koweïtiens avec les Irakiens ? Avons-nous oublié l’Iliade d’Homère et le fameux Cheval de Troie ? Qui plus est, que peut nous offrir un pays sous-développé en terme d’armement, d’instruction de nos troupes et d’expertise ? « Niet !» ; « Kima ve » « Apana » « Mpavalas ! »

Le grand dilemme du président Kabila, selon moi,  consistera, d’un côté à s’assurer que nos anciens partenaires traditionnels ne lui tiendront pas rigueur - on prétend que le rapprochement soudain entre Kabila et Albert II n’est pas le fruit du hasard - de leur avoir imposé un quatrième larron qui, avouons-le, a le vent dans les voiles - une image vaut mille mots et on ne change pas une combinaison gagnante -, et d’un autre, de contenir la frustration des pays voisins dont la coopération en matière de sécurité serait désormais reléguée aux calendes grecques.

Un vrai casse-tête chinois ! « Leo ndjo leo ! » Historiens, politologues et chroniqueurs politiques, sortez  vos plumes ! Bloguistes, à vos claviers !

À demain !

 

Sacha Distel - Monsieur Cannibal

 

 

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